Manque de sommeil des adolescents

Forte du succès de l’appel à projets « Prévention ados, tout un scénario ! » initié en 2014 sur les comportements à risques, en partenariat avec le Ministère de l’Education nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche, la Fondation Pfizer lance en 2015 la deuxième édition de cette démarche. Cette année, l’appel à projet met l’accent sur la prévention santé des adolescents sur le thème « Bien dans sa tête, bien dans son corps ». Le sommeil fait partie des sujets de prévention explorés.

Auteur(s)

  • Luc Barthélémy Directeur de Clientèle, Public affairs
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Dévoilés à l’occasion de la 15ème Journée du Sommeil le 27 mars, les résultats d’une enquête réalisée par Ipsos Santé pour la Fondation Pfizer auprès de 801 jeunes âgés de 15 à 18 ans révèlent que plus d’1 adolescent sur 2 (58%) affirme se réveiller rarement voire jamais la nuit. Pourtant, 53% des adolescents déclarent avoir des difficultés à aller se coucher le soir, réduisant leur durée moyenne de sommeil à 7h51, loin des 9 heures préconisées par les médecins pour leur santé et leur développement.

« Afin que les adolescents améliorent leur temps de sommeil, il faut que leurs parents passent un ‘contrat’ avec eux : qu’ils calculent ensemble le temps de sommeil nécessaire pour être en forme en expliquant que cela peut avoir des conséquences sur la vie privée et sociale, en plus des règles d’hygiène de sommeil de base. » affirme le Dr Olivier Pallanca, psychiatre neurophysiologiste, Hôpital la Pitié-Salpêtrière.
Outre le sommeil, les relations amoureuses et le rapport au corps sont les deux autres thématiques abordées cette année et sur lesquelles les élèves des 15 lycées volontaires de 8 académies2 sont amenés à réfléchir et échanger pour écrire un scénario de prévention qui sera soumis à un jury d’experts en mai.

AVANT LE COUCHER

Des adolescents très actifs avant de s’endormir

Les résultats de l’enquête Fondation Pfizer/Ipsos Santé révèlent que les adolescents ont du mal à aller se coucher tôt. Plus d’1 jeune sur 2 (53%) déclare avoir des difficultés à aller se coucher le soir et particulièrement ceux qui ont un niveau de bien-être faible* (73%) ; 43% ont tendance à se coucher de plus en plus tard.

Les activités des jeunes avant le coucher pourraient en être  responsables et plus particulièrement l’utilisation des écrans : 

  • 92% vont sur Internet
  • 91% échangent des textos, mails, snapshat, whatsapp…
  • 89% regardent la télévision
  • 84% échangent sur les réseaux sociaux 
  • 63% jouent à des jeux vidéo

«  Les écrans sont néfastes : la première raison, c’est la luminosité de l’écran. Elle est suffisante pour modifier la sécrétion de mélatonine, la perception même de la somnolence. La seconde est que cela maintient un degré de veille et d’excitation qui n’est pas compatible avec l’endormissement. L’adolescent ne va pas écouter ses signaux internes, il va les forcer et ainsi rater ses cycles propices à l’endormissement, ce qui va le décaler de 1 heure et demie » explique le Dr Olivier Pallanca psychiatre neurophysiologiste, Hôpital la Pitié-Salpêtrière.

Les résultats de l’enquête  attirent l’attention sur des pratiques préoccupantes pour  des adolescents avant de s’endormir. 1 sur 5 déclare fumer une cigarette avant d’aller se coucher (19%), 15% boivent de l’alcool et 7% fument un joint. Cette proportion est plus importante chez les jeunes avec un niveau de bien-être faible* que chez ceux qui se sentent bien dans leur peau. 25% des ados allant mal fument une cigarette contre 12% chez ceux qui vont bien, 16% boivent de l’alcool contre 11% qui vont bien. 

« Ce type de pratiques traduit soit un problème primaire de sommeil, soit un niveau d’anxiété élevé. Ces chiffres sont d’autant plus préoccupants si la personne est seule dans sa chambre » estime le Dr Olivier Pallanca.
Chantal Marie, infirmière au Lycée Voltaire à Wingles (Académie de Lille) ajoute : « Ces pratiques ne se limitent pas aux jeunes qui sont en difficulté scolaire. Quand nous les questionnons, ils disent que c’est pour se sentir bien, pour calmer des angoisses, par rapport à une vie familiale, un cercle social difficile, où on a plus de mal à se construire ».

Malgré cette forte sollicitation des écrans, et le recours à des produits addictifs avant de s’endormir, le tableau n’est pas tout noir et une frange non négligeable des adolescents a aussi recours à des activités moins excitatrices :

  • 94% des ados affirment écouter de la musique 
  • 84% font leurs devoirs
  • 75% lisent un livre juste avant de se mettre au lit

A noter que les adultes accentuent voire dramatisent les activités pré-coucher des adolescents : 96% des adultes pensent ainsi que les adolescents jouent à des jeux vidéo avant de se coucher (alors que 63% des jeunes le déclarent effectivement). Cette vision erronée étonne d’autant plus que les adultes sont eux-mêmes actifs avant de se coucher et sur les écrans notamment : 81% d’entre eux affirment aller sur Internet avant le coucher.

Les règles d’hygiène de sommeil à appliquer avant le coucher

Pour bien dormir, il est essentiel de respecter quelques conseils pratiques faciles à mettre en place, valables tant pour les adolescents que pour les adultes :

  1. Eviter les stimulants comme le café, le thé, les boissons énergisantes ou autres sodas à base de caféine. La cigarette et l’alcool sont également déconseillés. « Ces consommations peuvent mettre dans un état d’excitation le soir et ainsi provoquer un sommeil de mauvaise qualité et peu réparateur » explique le Dr Pallanca ;
  2. Manger léger et en petites quantités ;
  3. Limiter l’activité physique car en augmentant la chaleur corporelle, elle retarde l’endormissement ;
  4. Créer de bonnes conditions d’environnement : sans appareils électroniques dans la chambre, tempérée avec une température allant de 18 à 20 degrés et, si possible, fermer les volets pour limiter le bruit et la lumière ;
  5. Pour les adolescents, ne pas réviser des leçons difficiles et stressantes devant un spot lumineux incompatible avec le sommeil, au risque de provoquer anxiété et tensions.

« Tout ce qui favorise l’excitation, que ce soit un apprentissage, des devoirs, des révisions, mettre son cerveau en activité, juste avant de ce coucher n’est pas bon : dans la soirée oui, mais pas avant de dormir. Il faut se relaxer avant de se coucher : il vaut mieux écouter de la musique, à condition qu’elle soit programmée avec un arrêt, ou prendre un livre et d’attendre ainsi la somnolence avant d’éteindre » ajoute le Dr Olivier Pallanca. Chantal Marie ajoute : « Il est également important d’avoir un endroit intime, où on est seul, un confort de vie, ce qui n’est pas toujours possible. »

PENDANT LE SOMMEIL

Un sommeil réduit chez les adolescents mais de meilleure qualité que celui des adultes

Face à la sollicitation des écrans et d’autres activités excitatrices, les adolescents se couchent de plus en plus tard. D’après l’enquête Fondation Pfizer/Ipsos Santé, les adolescents de 15 à 18 ans déclarent se coucher  en moyenne à 22h29 alors que les médecins recommandent de ne pas aller au lit au-delà de 22 heures. Quant à la durée de l’endormissement, elle est en moyenne de 26 minutes et est corrélée à l’état de bien-être des jeunes (21 minutes chez les ados qui vont bien contre 34 minutes chez ceux qui ne vont pas bien). 

Ce coucher tardif réduit la durée du sommeil. En moyenne, un adolescent dort 7h51 minutes, bien en-dessous des 9 heures conseillées à cet âge. Malgré tout, le rythme de sommeil des adolescents semble régulier. Plus d’1 adolescent sur 2 (58%) déclare ne jamais ou rarement se réveiller la nuit contre seulement 20% des adultes. « C’est lié à la physiologie, plus on est jeune, plus on a de sommeil profond, plus la pression de sommeil est forte surtout si on est en privation de sommeil. La propension à dormir et à rester endormi est effectivement beaucoup plus importante que chez un adulte ; de plus, quand on est jeune, le risque d’avoir une pathologie qui empêche de dormir est réduit » déclare le Dr Olivier Pallanca.

La qualité du sommeil adolescent tranche avec celle des adultes puisque 80% des 25 ans et plus affirment se réveiller pendant la nuit dont 33% systématiquement contre seulement 4% des adolescents.

AU LEVER

Un sommeil qui a des conséquences sur la santé des adolescents

Coucher tardif, et période de pré-endormissement agitée entraînent chez les adolescents des complications au réveil. Plus d’1 jeune sur 2 déclare avoir des difficultés à se réveiller le matin (52%). Cette proportion est plus importante chez les adolescents ayant un niveau de bien-être faible : 69% ont du mal à s’extirper du lit contre 36% des jeunes qui vont bien.
Les répercussions de ce sommeil réduit ne se bornent pas uniquement au réveil : 

  • 45% des 15-18 ans affirment se sentir souvent fatigués (70% des jeunes qui vont mal contre 26% chez ceux qui vont bien)
  • 31% ont du mal à se concentrer la journée (67% chez ceux qui vont mal vs. 11% chez ceux qui vont bien)
  • 13% ont une envie permanente de dormir (22% chez les ados qui vont mal)

 « Il  y a cette spontanéité chez les élèves, "Monsieur je suis fatigué, j’ai joué aux jeux jusqu’à 2h du matin" » Lycée Belleau, Académie Orléans-Tours, Grégoire Mangier, Professeur.
« Il est essentiel de prendre conscience que la privation de sommeil chronique entraîne des troubles et peut générer des comportements addictifs, impulsifs, d’utilisation d’Internet…  comportements qui entrainent la privation de sommeil. On entre alors dans un cercle vicieux. » explique le Dr Olivier Pallanca.
Chantal Marie ajoute : « Il est également important d’avoir un endroit intime, où on est seul, un confort de vie, ce qui n’est pas toujours possible

« Ils ont tous des problèmes de sommeil, ils se couchent tard, se lèvent tôt et n’arrivent pas à s’endormir, ont des insomnies.  On en parle quand on est petit, les parents qui nous obligent à  faire la sieste et après  on nous oblige à se coucher tôt, mais il n’y a pas de message de prévention sur le sommeil » Lycée Sully, Académie Orléans-Tours, Frédérique Gasse, CPE.


* Par niveau de bien-être on entend le score mathématique (compris entre 0 et10) obtenu par les adolescents suite à leurs réponses aux questions du baromètre de bien-être des adolescents élaboré par Ipsos en partenariat avec l’Inserm et auquel les adolescents répondent chaque année depuis 2005. Chaque réponse donnée à chaque question du baromètre permet d’attribuer des points en positif ou en négatif puis l’addition de ces points permet d’obtenir  un score de bien-être pour chaque adolescent regroupé ensuite en tranches : faible, moyen, élevé. 

Fiche technique :
Enquête Fondation Pfizer/Ipsos Santé réalisée en regards croisés auprès de 801 adolescents âgés de 15 à 18 ans et de 802 adultes âgés de 25 ans et plus interrogés par internet du 14 octobre au 23 octobre 2014 et constituant des échantillons nationaux représentatifs des populations interrogées selon la méthode des quotas (données INSEE et de l’Education Nationale).

Auteur(s)

  • Luc Barthélémy Directeur de Clientèle, Public affairs

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