A l’approche d’une année électorale importante dans le monde, la tentation populiste reste forte

Ipsos publie les résultats d'une étude réalisée dans 28 pays, dont la France, mettant en évidence la force du populisme alors que la moitié de la population mondiale est appelée aux urnes. 2024 est une année électorale exceptionnelle avec 76 scrutins nationaux qui concerneront la moitié de la population mondiale. Alors que la France n’y échappera pas lors des élections européennes le 9 juin, l’étude Global Advisor Populism Survey pose la question suivante : comment se porte le populisme ?

Chiffres clés

  • 77% des Français considèrent que la division principale dans notre société oppose les citoyens ordinaires et les élites politiques et économiques
  • 74% des Français sont d'accord avec l'idée que les élites ne se soucient pas des gens qui travaillent dur
  • 32 % estiment que les immigrants prennent le travail des Français
  • 41% des Français pensent qu'il faut être plus ferme si l'on veut stopper l'immigration
  • 64% des Français estiment que les sujets les plus importants devraient être décidés par des référendums et non par les élus

Une fracture entre les citoyens et les élites

L’enquête mondiale d’Ipsos Populism survey montre que les indicateurs propices au populisme sont au vert en France, 77 % des Français considérant par exemple que la division n°1 dans notre société oppose citoyens ordinaires et élites politiques & économiques (+ 10 points par comparaison à la moyenne mondiale). 74 % sont d’accord avec l’idée que les élites ne se soucient pas des gens qui travaillent dur ; 71 % pensent aussi que les partis traditionnels n’ont rien à faire des gens comme eux (+ 7) et que les experts ne comprennent rien à leur vie (+ 9). 64 % assimilent les élites à un groupe de personnes étroitement liées qui partagent les mêmes points de vue et 53 % des Français croient que leurs décisions sont exclusivement dictées par leurs propres intérêts sans tenir compte des besoins du reste de la population. Seuls 7 % estiment que les élites agissent au mieux pour l’intérêt général.

Selon Yves Bardon, de l’Ipsos Knowledge Centre, « depuis 2016 et la première campagne électorale de Donald Trump, le mot populisme s’est installé pour désigner une idéologie dont les fondamentaux sont triples : 1. Le pays est coupé en deux, avec d’un côté les « élites » hors-sol et dans l’entre-soi et, de l’autre, « le peuple » dans le vrai, détenteur de la vérité et du bon sens. 2. Le pays perd son identité et ses valeurs, en particulier avec l’immigration qui importe des cultures exogènes et « remplace » la population originelle. 3. Le pays est en déclin, a perdu sa souveraineté et doit se recentrer sur ses propres intérêts. Conclusion, le système ne fonctionne plus et il faut en changer. »

D’autres indicateurs sont propices au populisme : l’impression de vivre dans une société fracturée est partagée par 63 % des Français (+ 6 points par comparaison à la moyenne mondiale) ; ils sont 70 % à affirmer que leur pays est en déclin (+ 12 points) et que l'économie est truquée pour avantager les riches et les puissants (+ 3). Alléger les taxes fait partie des promesses populistes et elles trouvent un écho favorable en France où 67 % rejettent l’idée d’augmenter les impôts pour financer de nouvelles dépenses publiques.

L'immigration, une thématique moins prégnante en France qu'à l'étranger

Le rejet de l’immigration est l’une des thématiques populistes, mais son écho est moindre en France que dans d’autres pays : 41 % des Français pensent qu’il faut être plus ferme si l’on veut stopper l’immigration vs. 77 % en Turquie, 76 % en Inde, 60 % au Chili ; 54 % jugent que, quand les emplois se font rares, les employeurs devraient privilégier les citoyens nationaux plutôt que les immigrants (à comparer avec l’Indonésie, 84 %, ou la Hongrie, 81 %) et 32 % estiment que les immigrants prennent le travail des Français (- 10 points vs. Moyenne mondiale et 75 % en Inde ou 74 % en Turquie).

Les Français attendent plus de consultations directes

Pour autant, les Français ne croient pas qu’il faille un leader fort pour reprendre le pays des mains des riches et des puissants (62 %, contre 80 % en Thaïlande, 79 % en Afrique du Sud ou 77 % en Indonésie) et encore moins pour briser les règles (43 % vs. 85 % en Thaïlande ou 73 % en Inde). En revanche, ils attendent plus de consultations directes : 64 % estiment que les sujets les plus importants devraient être décidés par des référendums et non par les élus.

Critiques et défenseurs du populisme

Pour ses détracteurs, le populisme se greffe aux idéologies racistes, nationalistes, souverainistes, anticapitalistes, traditionnalistes, climatosceptiques, etc. ; il ne réussit qu’en stigmatisant des boucs-émissaires et des ennemis qui varient selon l’histoire des pays, leur actualité sociale et économique, et l’idéologie qui les anime : globalisation, Europe, immigration, capitalisme, ou autres.

Pour ses partisans, c’est la remise à plat nécessaire de tout ce qui structure la société moderne, y compris le modèle démocratique tel que nous le connaissons depuis la fin de la seconde guerre mondiale dans de nombreux pays.

Le populisme se nourrit de thématiques diverses et complexes qu’Yves Bardon résume : « défiance dans les Autorités et envies d’alternatives antisystème, accentuation des inégalités, sentiment de déclassement et pessimisme (si on croit que la situation demain « sera pire pour mes enfants », on regrette l’Âge d’Or que vantent les populistes), rejet de l’altérité, etc. »

Le désir de protection, un facteur d'attrait fort

Le désir de protection compte aussi dans l’attrait pour le populisme (on se souvient que 71 % des Français pensent que les partis traditionnels n’ont rien à faire des gens comme eux). Il s’exprime dans le fait que, loin de les diminuer, les Français estiment que le gouvernement devrait augmenter ses dépenses, en priorité en faveur du système de santé (66 %) suivi de l’éducation et de la sécurité publique (63 %), largement devant la réduction de la pauvreté et des inégalités (54 %), la défense nationale (50 %), la création d’emplois (49 %) et les infrastructures (routes et ponts, réseaux ferroviaires et aériens, eau, électricité, etc., avec 47 %).

Découvrez les résultats internationaux


A propos de ce sondage

Enquête menée en ligne sur la plateforme Ipsos Global Advisor du 22 novembre au 6 décembre 2023 auprès de 20 630 répondants dans 28 pays à travers le monde dont 1000 répondants représentatifs de la population française âgés de 18 à 75 ans.

Auteur(s)

  • Yves Bardon
    Yves Bardon
    Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Centre

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