Ipsos bva | Sondage | Popularité | Politique | Crédit photo : Antonin Albert / Shutterstock.com
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Politique : le fossé se creuse entre François Bayrou et les Français

François Bayrou joue un coup de poker en engageant la confiance sur sa ligne budgétaire — au risque d’une démission le 8 septembre — alors que son impopularité atteint un record (19% d’avis favorables) et creuse le fossé avec les Français. La dernière vague de l'Observatoire de la politique nationale, menée par Ipsos bva-CESI École d'ingénieurs pour RTL, fait le point sur la situation.

Coup de poker de François Bayrou : le fossé se creuse avec les Français

Une impopularité record…

L’annonce surprise de François Bayrou d’engager la confiance du gouvernement sur sa ligne budgétaire, au risque d’être contraint à la démission dans 10 jours, est loin de produire l’élan qu’il espérait dans l’opinion. Au contraire, c’est à un véritable dialogue de sourds qu’on assiste, entre un Premier ministre hautement impopulaire et des Français qui ne nient pas la nécessité de diminuer les dépenses publiques, mais refusent d’en endosser les effets.

La cote de popularité de François Bayrou continue ainsi de baisser, pour atteindre un nouveau record : seuls 19% des Français ont une bonne opinion de lui (-1 point), contre 81% qui en ont une mauvaise opinion (et même 43% une très mauvaise opinion). François Bayrou demeure ainsi le Premier ministre le plus impopulaire d’Emmanuel Macron, mais il dépasse aussi certains de ses lointains prédécesseurs au plus fort des crises auxquelles ils étaient confrontés, que ce soit Jean-Pierre Raffarin en mai 2005, au moment du référendum sur la constitution européenne (21%) ou Edith Cresson en mars 1992, juste avant son éviction (23%).

… et une divergence de vue sur les catégories à mobiliser pour réduire le déficit public

Difficile dans ces conditions de susciter chez les Français l’adhésion à un programme de rigueur, quand bien même le choix opéré par François Bayrou de diminuer les dépenses publiques plutôt que d’augmenter les impôts fait écho à leurs priorités (78% considèrent qu’il vaut mieux jouer sur les dépenses pour réduire le déficit, vs 8% sur les recettes). Même si derrière, ceux qui privilégient la baisse des dépenses publiques ont un peu du mal à définir dans quel domaine il faudrait agir – 21% n’en citent aucun – et considèrent qu’il ne faut toucher ni à la justice, ni à l’éducation, ni à la police, ni à la santé, ni aux retraites, ni à la recherche… Restent l’action sociale (43%) et les aides aux entreprises (37%), avec un clivage gauche / droite classique sur le sujet.

Mais là où le bât blesse surtout, et où le fossé se creuse entre le projet du Premier ministre et les attentes des Français, c’est quand on aborde la question des catégories qui devraient selon eux être le plus mises à contribution en termes de réduction des dépenses publiques :

  • Le fait de demander des efforts à tout le monde est loin d’apparaitre comme une évidence : seuls 8% choisissent cette réponse
  • Les Français restent également très hostiles à l’idée de solliciter les retraités (4%), quand bien même on ne ciblerait que les plus aisés d’entre eux (20%)
  • L’hôpital public apparait comme un totem à préserver (2%), tout comme les petites et moyennes entreprises qu’il convient de préserver (3%)
  • Comme souvent dans ce type d’enquête, ce sont les Français les plus fortunés (57%) et les grandes entreprises (46%) qui apparaissent de loin comme les catégories à mobiliser en priorité. A noter que les sympathisants Renaissance et LR ne sont pas hostiles à cette idée : la contribution des citoyens les plus aisés arrive en 1e position
    chez les sympathisants Renaissance (62%) et est citée par la moitié des sympathisants LR (49%, 3e position). Et plus d’un tiers (39% des sympathisants LR et 35% des
    sympathisants Renaissance) approuve la contribution des grandes entreprises

Potentielle démission du gouvernement : les Français divisés entre inquiétude, espoir du Grand Soir et apathie

L’annonce d’une échéance précise le 8 septembre à l’issue de laquelle la probabilité que le gouvernement démissionne est élevée, ne suscite paradoxalement pas la moindre évolution dans l’état d’esprit des Français par rapport à la conférence de presse de François Bayrou de mi-juillet, comme si les Français avaient intégré cette éventualité depuis un moment maintenant.

Des réactions contrastées, parfois très éloignées de l’agitation du landerneau politique et médiatique 

Ainsi, l’inquiétude à l’égard de cette perspective domine toujours (41%), mais ni plus ni moins que mi juillet (41% également). Une part non négligeable de Français exprime toujours de la satisfaction à cette idée (35%; +1) tandis qu’un Français sur six affiche une indifférence royale sur le sujet (16%, stable) ce qui n’est pas rien si l’on agrège les 8% qui ne se prononcent pas : soit au total un Français sur quatre chez qui la situation politique ne suscite aucune réaction, notamment chez les personnes qui ne se disent proches d’aucun parti (35%). C’est dire le degré de détachement d’une part non négligeable de la population, pou r q ui le 8 septembre sonnera comme une journée comme les autres. 

Chez les sympathisants Renaissance, PS et LR, l’inquiétude domine, notamment par crainte des répercussions économiques 

Les plus inquiets sont logiquement les personnes proches de Renaissance (80%) mais c’est aussi le premier sentiment exprimé par les sympathisants Les Républicains (65%) et du Parti Socialiste (50%). En toile de fond, c’est surtout la crainte des répercussions économiques qui domine (51%) mais les personnes inquiètes redoutent également la détérioration du climat social (30%) et la hausse des tensions, de la violence (27%) qui risquent de s’ensuivre, ainsi que la paralysie des institutions (25%), les blocages (22%) et dans une moindre mesure l’impact sur l’image de la France (15%). Seuls 12% regrettent avant tout l’abandon éventuel des mesures de réduction des dépenses publiques.

La crainte de conséquences néfastes sur le plan économique fait écho à l’émergence de certains comportements de repli chez les Français, pas encore massifs mais envisagés par une part non négligeable de personnes : ainsi, la situation politique incite près d’un Français sur deux à épargner davantage (47%) ou à repousser des achats importants (44%). Les salariés se montrent également plus frileux à l’idée de changer d’emploi (69%). 

Une perspective qui à l’inverse réjouit les sympathisants LFI, EELV et RN et soulève l’espoir d’un électrochoc vecteur de changements profonds 

La satisfaction s’exprime surtout aux deux spectres de l’échiquier politique, chez les sympathisants de La France Insoumise (51%) et du Rassemblement National (51%) mais aussi chez les personnes proches d'Europe Écologie-Les Verts (56%) Chez ces Français qui se réjouissent de l’éventuelle démission du gouvernement, ce n’est pas tant le changement de Premier ministre (22%) qui les motive que la perspective plus large d’un changement de gouvernement - et donc probablement à leurs yeux l’espoir d’un renouvellement potentiellement associé à une nouvelle dissolution (41%, 53% chez les sympathisants RN) - et au-delà l’espoir d’un électrochoc plus profond, vecteur de changements significatifs (40%). Un réel soulagement s’exprime aussi à l’idée d’abandonner les mesures d’économie envisagées (41%).

Rapport complet


A propos de ce sondage

Enquête Ipsos bva-CESI École d'ingénieurs pour RTL menée les 27 et 28 août 2025 auprès de 1 001 personnes constituant un échantillon national représentatif de la population âgée de 18 ans et plus. Méthodologie complète disponible dans le rapport d'étude.

Crédit photo : Antonin Albert / Shutterstock.com

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