Municipales 2026 | Edito #1 | Adelaïde Zulfikarpasic
Municipales 2026 | Edito #1 | Adelaïde Zulfikarpasic

Municipales 2026 : la clarification n’aura (sans doute) pas lieu — Adélaïde Zulfikarpasic

Chaque semaine, un expert de l'opinion Ipsos bva décrypte la campagne et analyse les dynamiques à l’œuvre. Cette semaine, Adélaïde Zulfikarpasic, Directrice du cluster société revient sur les dernières tendances : entre test national après la dissolution de 2024, ancrage local des formations politiques et arrière-plan présidentiel de 2027, ces municipales pourraient-elles clarifier le paysage politique, ou au contraire en révéler toute l’incertitude ?

Municipales 2026 : l'antichambre de la présidentielle ?

Dans 30 jours se tiendra le premier tour des élections municipales. Il s’agit des premières élections depuis la dissolution de juin 2024 et les législatives anticipées qui devaient permettre, selon le chef de l’état, une clarification qui n’est pas advenue. Il s’agit également du dernier scrutin avant l’élection présidentielle de 2027, qui suscite déjà beaucoup d’attentes et d’interrogations. La tentation est donc grande – et légitime – de considérer ces élections municipales comme « l’antichambre » de la présidentielle lire et de vouloir en lire les résultats dans cette perspective, pour essayer de comprendre la recomposition qui est à l’œuvre.

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Ce scrutin municipal constituera un test pour de nombreuses formations politiques et un bon indicateur de l’humeur du pays.

Les enjeux pour chaque famille politique sont en effet nombreux. Le parti socialiste va essayer de conserver les grandes villes qu'il détient (Paris, Marseille, Nantes, Rennes, Le Mans, Lille notamment) et tenter de reconquérir d’autres villes comme Toulouse et Strasbourg. Mais il va se heurter dans cette quête à la concurrence de listes de LFI, qui se lance réellement pour la première fois dans la bataille municipale et la concurrence, dans certaines villes, de listes EELV, voire les deux. Fait marquant des dernières municipales, de nombreuses villes ont d’ailleurs été remportée par les écologistes (Bordeaux, Strasbourg ou Lyon par exemple). Or, après la vague verte de 2020, le risque de reflux existe et l’enjeu pour les écologistes est presque un enjeu de survie. A droite, Les Républicains sortent d'une mauvaise séquence nationale et ont besoin de victoires pour garder leur implantation locale, avec un enjeu stratégique : combien de candidats LR s'allieront au niveau local avec des RN ? Et quel sera le comportement des électeurs face à cette union des droites ? Le Rassemblement national, pour sa part, espère étendre son ancrage local, notamment dans les petites communes, mais aussi en remportant des grandes villes symboliques comme Marseille ou Toulon. Si le RN affiche de nouvelles conquêtes, ce sera indéniablement un signal fort d’ancrage et de poursuite de sa dynamique électorale ascendante.

Pour toutes ces raisons, ce scrutin municipal constituera un test pour de nombreuses formations politiques et un bon indicateur de l’humeur du pays.

Un scrutin placé sous le signe de l'incertitude

Pour autant, il convient de rappeler que les Français votent d’abord et avant tout à ces élections en fonction d’enjeux locaux (83%). Par ailleurs, beaucoup de candidats se présentent sans étiquettes pour s’affranchir des partis qui n’ont jamais suscité un tel niveau de défiance chez les Français (10% de confiance seulement selon la dernière vague de Fractures Françaises). Et surtout, il est aujourd’hui extrêmement difficile d’y voir clair sur ce qui pourra advenir au soir du 22 mars car de nombreuses incertitudes pèsent sur le scrutin.

La participation, à la fois en termes de niveau et de profil des votants, constitue un premier enjeu clé.  À ce titre, les municipales de 2020 ont constitué des élections atypiques, en pleine pandémie, avec une participation très faible (44,6% au premier tour, deux jours avant le début du confinement) et de nombreux séniors qui ne se sont pas déplacés aux urnes, ce qui a eu un impact évident sur les résultats. 
Aujourd’hui, on observe une fatigue politique inédite, accentuée par la valse des Premier ministres et le feuilleton tragi-comique du vote du budget. Néanmoins, le maire reste une figure politique identifiée et appréciée (66% des Français font confiance à leur maire contre 45% pour leur député ou 33% pour le gouvernement selon une enquête Ipsos bva de février 2026). Le scrutin des 15 et 22 mars marquera-t-il un retour à la normale, signe que les municipales restent un scrutin à part et que les enjeux locaux mobilisent ? Ou observera-t-on une participation en demi-teinte, signe d’une fatigue démocratique qui s’amplifie ? Difficile de le prévoir aujourd’hui alors que la campagne démarre seulement.

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Il apparaît extrêmement périlleux de se hasarder à esquisser des tendances. Restons prudents.

Au-delà de l’enjeu de la participation, d’autres éléments rendent le scrutin très incertain. A tel point qu’aujourd’hui, aucun maire des 10 premières villes de France (ou son « dauphin ») n’est vraiment certain de le rester. Principale raison à cela : la probable dispersion des voix alors que le RN et surtout LFI présentent beaucoup plus de listes et vont être des acteurs à part entière, beaucoup plus qu’en 2020. Or, le seuil d’accès au second tour se situant à 10% suffrages exprimés, dans de nombreuses villes, on aura au soir du 1er tour des triangulaires, des quadrangulaires voire même des pentagulaires comme cela pourrait être le cas à Paris. Selon la configuration de second tour, les résultats peuvent être très différents. Par ailleurs, les tractations d’entre-deux-tours et le jeu des alliances seront également déterminants. C’est pourquoi aujourd’hui, il apparaît extrêmement périlleux de se hasarder à esquisser des tendances. Restons prudents.

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