Municipales 2014 : « Le climat de défiance pèse »

« Les contraintes administratives de plus en plus lourdes et le rejet du politique peuvent expliquer les difficultés à monter des listes aux élections municipales. ». Voilà, en substance, ce que décrypte Brice Teinturier, Directeur général délégué d’Ipsos France, interviewé aujourd’hui par Le Parisien, au sujet des Municipales.

Il est compliqué dans certaines villes de boucler les listes pour les municipales. Cela traduit-il une crise des vocations ?

BRICE TEINTURIER : « On ne pourra savoir qu’après la clôture officielle du dépôt des listes, ce jeudi soir, s’il y a davantage de problèmes que lors des précédents scrutins municipaux. Mais plusieurs éléments de fond peuvent éventuellement expliquer la difficulté de constituer des listes. La première est le climat de grande défiance à l’égard de nos élus. Notre enquête Ipsos - Steria de janvier a révélé que pour 65% des Français, la plupart des politiques sont corrompus et 84% estiment qu’ils agissent principalement pour leurs intérêts personnels. Cette méfiance gagne du terrain et ne cesse de  s’accentuer. Inévitablement, ce climat pèse sur les candidats potentiels. »

Ils n’osent plus se lancer ?

« Les maires de petites communes font ça en plus de leur travail, pour de faibles indemnités. Dans ces cas, la gratification première était jusqu’à présent la reconnaissance des administrés. Or celle-ci est de plus en plus rare. De plus, les contraintes administratives s’alourdissent. Un maire peut de plus en plus être mis en cause sur le plan judiciaire et cela décourage certains élus de se représenter.

Quels autres éléments peuvent expliquer les difficultés rencontrées ?

« L’abaissement du seuil de scrutin de liste de 3 500 à 1 000 habitants. Désormais, le ministère de l’Intérieur va aussi coder dans les petites villes la nuance politique des candidats, ceci pour pouvoir mesurer les rapports de force électoraux. Or certains candidats potentiels qui se veulent « sans étiquette » sont gênés d’être ainsi estampillés.

Ces villes sont aussi désormais soumises à la parité des listes… C’est effectivement une contrainte  supplémentaire. Trouver suffisamment de femmes peut générer des difficultés. Lorsque la parité a été exigée pour les communes de plus de 3 500 habitants (NDLR : pour la première fois lors des municipales de 2001), il y a eu aussi des difficultés. Mais avec le temps, cela poussera de plus en plus de femmes à se présenter. »

Propos recueillis par ROSALIE LUCAS, jeudi 6 mars 2014, pour Le Parisien

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