Cantonales 2nd tour : le climat électoral

L’enquête Ipsos/Logica Business Consulting réalisée pour France Télévisions décrit le climat électoral dans lequel s’est déroulé ce second tour des élections cantonales 2011. Pour les Français, le verdict est clair : Marine Le Pen est la grande gagnante du scrutin, Nicolas Sarkozy en est le grand perdant. Une mesure d’intentions de vote en vue de la présidentielle de 2012 confirme la performance électorale du Front National. L’analyse de Stéphane Zumsteeg, directeur du département Opinion et Recherche Sociale, Ipsos Public Affairs.

Vidéo : analyse de Brice Teinturier

1. Pour les Français, la grande gagnante de ces élections cantonales est sans conteste Marine Le Pen : elle en sort renforcée pour 82 % d'entre eux. A l'inverse, Nicolas Sarkozy en est le grand perdant : 73 % considèrent qu'il en sort affaibli. Ce sentiment est également largement partagé par les sympathisants UMP. Une précédente enquête (menée la semaine dernière, soit avant le 1er tour) avait d’ailleurs déjà mis en lumière le souhait de nombreux Français de sanctionner par leur vote le Président et le gouvernement à l'occasion de ces élections. Ils souhaitaient également que l'UMP sorte affaiblie du scrutin.

2. L'attitude que les Français ont adoptée à l'égard du FN dans les cantons où il était présent au 2nd tour a varié très sensiblement selon la sensibilité politique des électeurs. Les électeurs de gauche étaient beaucoup plus enclins à jouer le jeu du Front républicain que ceux de droite. Notre sondage montre que dans les cantons où la gauche a été éliminée au 1er tour, une majorité de sympathisants du PS (60 %) souhaitait que les électeurs de gauche votent pour le candidat UMP ou DVD (33 % privilégiant l'abstention). A l'inverse, dans les cantons où la droite a été éliminée, moins d'un tiers (31 %) des sympathisants UMP souhaite que les électeurs de droite votent au 2nd tour pour les candidats PS (42 % privilégiant l'abstention et 17 % le vote FN). Les sympathisants du PS sont donc deux fois plus nombreux que ceux de l'UMP à accepter ce principe de barrage au FN.

3. Toutefois, l'attitude des électeurs de droite tient plus de la répugnance à l'égard d'un vote en faveur de la gauche que d’une réelle bienveillance à l'égard du FN : les sympathisants de droite refusent toujours majoritairement que l'UMP et le FN constituent des majorités au niveau local, ou s'allient pour gouverner ensemble le pays.

4. L'image du FN a malgré tout évolué dans le sens d'une plus forte institutionnalisation : par rapport à 2003, il est certes toujours considéré comme « d'extrême-droite » mais moins qu'il y a 8 ans (72 %, -10 points). Il n'est plus non plus considéré comme « dangereux pour la démocratie » que par 57 % des Français (contre 68 % en 2003). Les Français sont même aujourd'hui une majorité (54 %) à considérer qu'il est un parti « utile » (+10 points).

C'est notamment auprès de ses propres sympathisants que l'évolution de l'image du FN est la plus spectaculaire : seulement un tiers d'entre eux considère aujourd'hui que c’est un parti « d'extrême-droite » (ils étaient 57 % à le penser en 2003). Le sentiment de respectabilité est renforcé par le souhait majoritaire de ces mêmes sympathisants de voir leur parti s'allier avec l'UMP (surtout au niveau local, de façon plus mesurée au niveau national). Par ailleurs, si les sympathisants de gauche soulignent toujours et globalement dans les mêmes proportions que précédemment le caractère extrémiste et dangereux du FN, son image auprès des sympathisants UMP évolue assez sensiblement : ces derniers ne sont par exemple plus que 54 % à le considérer comme dangereux pour la démocratie, alors qu’ils étaient 67 % à le penser en 2003.

5. Les élections cantonales et la performance du Front National ont légèrement modifié le rapport de force électoral dans la perspective de l’élection présidentielle 2012. La mesure d’intentions de vote réalisée dans ce sondage révèle en effet :

- un léger renforcement des intentions de vote en faveur de Marine Le Pen (de 21 à 22 % selon l’hypothèse retenue pour le candidat socialiste) ;

- un léger renforcement des intentions de vote en faveur de la gauche et du candidat socialiste ;

- un léger effritement des intentions de vote en faveur de Nicolas Sarkozy (de 17 à 21%). Dans la perspective testée d’une offre politique très éclatée pour la droite parlementaire (F. Bayrou, H. Morin, D. de Villepin, N. Dupont-Aignan), Nicolas Sarkozy est toujours devancé dans les intentions de vote 1er tour par le candidat socialiste et Marine le Pen, sauf dans l’hypothèse «  Ségolène Royal » (en retrait à 17% d’intentions de vote) ;

- une hiérarchie au sein des candidats potentiels du Parti Socialiste où Dominique Strauss-Kahn est toujours au dessus du lot (34% d’intentions de vote), et un effet Première Secrétaire qui permet à Martine Aubry (25%) de prendre un léger avantage sur François Hollande (23%).


Fiche technique :

Sondage Ipsos / Logica Business Consulting effectué pour France Télévisions
Échantillon : 965 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
Méthode : Échantillon interrogé par téléphone. Méthode des quotas : sexe, âge, profession du chef de famille, catégorie d’agglomération et région.
Dates du terrain : Du 25 au 26 mars 2011

Auteur(s)

  • Stéphane Zumsteeg - Directeur Opinion et Recherche Sociale, Public Affairs
    Stéphane Zumsteeg
    Directeur du Département Opinion et Recherche Sociale, Public Affairs

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