Toulouse, ou la vie en rose

La quasi-totalité des habitants de la ville rose jouit d'une enviable "qualité de vie", selon une enquête Ipsos-Libération. Le maire sortant, Dominique Baudis, bénéficie d'une popularité exceptionnelle qu'il ne transmettra pas aisément à son dauphin Philippe Douste-Blazy.

Il est plus doux d'habiter Toulouse que Lille. On le sentait confusément, mais l'enquête Ipsos-Libération le confirme par d'implacables données chiffrées. Le parfum de la "qualité de vie", à laquelle chacun aspire en ce tournant de millénaire, flotte agréablement dans la ville rose. La quasi-totalité de ses habitants la jugent "satisfaisante" avec 93%, soit dix points de plus que dans la métropole nordique. La "confiance" dans la situation économique - variable théoriquement moins dépendante des conditions climatiques - tourne également à l'avantage de Toulouse (80% contre 62%).

En cohérence avec ces opinions, rarissimes sont les Toulousains prêts à déguerpir "au plus vite" tandis qu'un bon tiers d'entre eux s'affirment irrémédiablement enracinés dans leur cité. Notons tout de même qu'à Toulouse comme à Lille, une majorité absolue de sondés n'exclut pas de quitter la ville qu'ils habitent présentement. Mais si les déserteurs potentiels lillois lorgnent, à une large majorité, vers ""une autre région" - qui ne peut être que plus méridionale - leurs homologues toulousains sont plus fréquemment attirés par l'étranger - non point les brumes londoniennes, comme Laetitia Casta, mais plus vraisemblablement le vibrant dynamisme de la proche Catalogne.

Qui a le rare privilège d'incarner une ville à l'image aussi flamboyante que Toulouse ? Son très consensuel maire, Dominique Baudis, arrive largement en tête des "ambassadeurs" proposés aux sondés. Il est suivi par le chanteur Claude Nougaro qui n'est pas seulement célèbre dans la Grosse Pomme ("Nougayork") mais aussi et d'abord là où il habite ("Oh Toulouse !"). La troisième position est décrochée par le célèbre Michel Plasson, directeur de l'Orchestre National du Capitole de Toulouse. Maire de la ville depuis 1983, l'UDF Baudis aura fortement marqué l'histoire d'une cité dont le coeur penche pourtant traditionnellement à gauche. Une écrasante majorité de Toulousains se déclarent satisfaits du "travail accompli" par lui. L'appréciation du bilan du maire sortant est positive même chez les électeurs proches du Parti communiste ou de l'extrême droite ! L'impression que les choses se sont améliorées au cours des cinq dernières années est majorité dans tous les domaines, à l'exception de celui de la "sécurité des biens et des personnes", où l'on est même plus sévère à Toulouse qu'à Lille.

La hiérarchie des préoccupations diffère sensiblement dans les deux villes. Les "dossiers prioritaires" du futur maire tournent, à Toulouse, autour du triptyque quartiers défavorisés-sécurité-pollution. Pour leur part, les Lillois sont d'abord sensibles, dans l'ordre, à la sécurité, aux impôts et aux quartiers dit défavorisés. La pollution, qui n'arrive qu'au huitième rang des soucis dans la ville de Pierre Mauroy, décroche la troisième place dans celle de Dominique Baudis. Les électeurs de gauche s'inquiètent surtout des "quartiers défavorisés" tandis que ceux de droite redoutent l'insécurité...

Qui sera le prochain maire en charge de ces dossiers ? Baudis a déjà désigné son successeur en la personne de Philippe Douste-Blazy, ancien maire UDF de Lourdes. Le moins qu'on puisse dire est que ce choix n'enthousiasme pas la population toulousaine : 46% l'approuvent tandis que 44% le désapprouvent. Une résistance importante si l'on prend en compte l'exceptionnelle popularité du maire sortant. Cette réserve n'empêche pas une majorité absolue de sondés de souhaiter "la victoire de la majorité municipale actuelle" plutôt que celle d'une opposition au demeurant privée de leader crédible. Mais c'est bien grâce au soutien personnel de Baudis, et vraisemblablement en reprenant la ligne consensuelle qui fut la sienne, que Douste-Blazy est favori pour la conquête de Toulouse. Peut-être deviendra-t-il alors un "ambassadeur" reconnu de cette belle ville ? Pour l'heure, il incarne Toulouse pour seulement 16% de ses habitants, soit à peu près deux fois moins que le joueur de rubgy Emile Ntamak.

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