Nouvelle dégradation de la popularité de l’exécutif
Le baromètre Ipsos-le Point de mars révèle une nouvelle baisse de la cote de popularité de Lionel Jospin et, surtout, de Jacques Chirac. Par ailleurs, Philippe Séguin n’est plus la personnalité de droite la plus populaire.
La dégradation de popularité du président de la République et du Premier ministre, entamée le mois dernier, se confirme selon le baromètre politique Ipsos-Le Point de mars. Les baisses de six points pour Jacques Chirac et de trois points pour Lionel Jospin montrent qu'ils ne sont pas totalement épargnés par l'approche de la période électorale des européennes, moins propice au consensus politique.
Les dissensions au sein de la droite semblent avoir plus de répercussions auprès de l'électorat UDF que le message du Président aux deux chambres : la cote de Jacques Chirac accuse ainsi une baisse de 10 points parmi les sympathisants UDF. La cote de Lionel Jospin connaît, elle aussi, une forte baisse au sein de l'électorat RPR, mais aussi parmi les sympathisants écologistes.
L'observation de l'évolution d'opinion sur les douze derniers mois indique que le couple exécutif ne peut plus prétendre profiter désormais du fameux effet "Coupe du monde". L'embellie économique, illustrée notamment par les enquêtes de l'INSEE, ne suffit pas à stabiliser ces niveaux de popularité qui restent néanmoins élevés.
L'examen détaillé de la popularité de Jacques Chirac et de Lionel Jospin indique qu'ils sont tous deux victimes d'une montée de scepticisme parmi les classes d'âge actives de la population française et dans les milieux populaires. Ils conservent en revanche le soutien des Français les plus âgés. La montée des "sans opinion", qui atteint 10 % dans les deux cas, constitue un indicateur non négligeable du risque de distanciation de l'opinion à l'égard de l'Exécutif, et plus généralement à l'égard de la crédibilité des responsables politiques.
La période de pré-campagne du scrutin européen, malgré l'indifférence qu'elle rencontre dans l'opinion, n'est pas sans conséquences sur l'image des principaux protagonistes de la campagne.
A gauche, Arlette Laguiller et Robert Hue en tirent les bénéfices : leur cote progresse, notamment auprès de l'électorat de gauche. Daniel Cohn-Bendit voit une nouvelle fois son niveau de popularité se dégrader. Le soutien dont il est crédité dans l'opinion est aujourd'hui équivalent à celui de Charles Millon. L'officialisation de la candidature de François Hollande n'entraîne, pour l'instant, aucune dynamique favorable au leader du PS. La progression des "sans réponse" apparaît une fois de plus comme un indice d'indifférence révélateur.
A droite, Philippe Séguin n'est plus la personnalité d'opposition la plus populaire dans l'opinion, même s'il conserve ce leadership symbolique auprès de l'ensemble de l'électorat RPR-UDF. Le président de l'Alliance est victime d'une double détérioration, au sein de l'électorat UDF et de celui du RPR. Les cotes de popularité de Charles Pasqua et François Bayrou restent stables auprès de l'ensemble des Français, en léger retrait dans leur électorat.
La stabilité des tendances de popularité relatives au Front national est trompeuse : Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret n'ont pas retrouvé, depuis la crise au sein de leur parti, leur haut niveau de popularité auprès de l'électorat frontiste. En revanche, il est frappant de constater que la cote du "parti" a complètement retrouvé le niveau de soutien unanime dont il bénéficiait auprès de ses sympathisants avant la rupture de cet automne. La solidité de l'étiquette "Front National" auprès de ses supporters confirme l'incertitude qui prévaut quant à l'évaluation des performances électorales des deux listes frontistes lors du scrutin européen du 13 juin.