Obsèques : la crémation est désormais préférée à l’inhumation
À l’occasion de la Toussaint, les Services Funéraires - Ville de Paris et Ipsos présentent les résultats d’une enquête sur les perceptions et attentes des Français vis-à-vis de l’évolution du funéraire menée auprès d’un échantillon de 1 016 personnes, représentatives de la population française âgée de 15 ans et plus.
L’enquête réalisée par Ipsos et les services funéraires de la ville de Paris montre que les rapports qu’entretiennent les Français avec la mort et plus spécifiquement leurs obsèques, continuent d’enregistrer de très fortes évolutions. Il y a quelques années, Philippe Ariès avait ainsi montré que notre société se refusait de plus en plus à vivre avec la mort, il parlait alors de mort interdite. Sur certains points, l’enquête laisse à penser que le phénomène s’est peut-être encore renforcé. Désormais, les Français prônent le plus souvent la prise en charge des obsèques d’abord par le défunt lui-même, devant la famille. Ils semblent ne plus vouloir avoir à se préoccuper des funérailles des autres comme s’ils refusaient de plus en plus d’avoir avoir à faire avec ce qui a trait au mort et à son corps. Aujourd’hui près de 4 Français sur 10 affirment encore avoir déjà organisé les obsèques d’un proche mais ce chiffre est peut-être appelé à fortement diminuer dans les prochaines années, chacun étant de plus en plus amené à organiser ses propres funérailles. Cette volonté d’une plus forte prise en charge individualisée accentue certainement pour une part la très grande importance que les Français accordent aujourd’hui aux dernières volontés du défunt.
De la même façon, pour leurs propres obsèques, une majorité de Français choisit désormais la crémation, devant l’inhumation. On peut là encore se demander si au-delà des arguments écologiques ou hygiéniques, cette destruction du corps ne participe pas d’une volonté de voir rapidement disparaître le mort. Bien évidemment, sur l’ensemble de ces questions, le rapport à la religion génère de très forts clivages et l’érosion du nombre de croyants a un impact direct sur divers aspects et notamment sur le choix de la crémation.
- Quatre Français sur dix se déclarent aujourd’hui non croyants. Si la proportion d’athées (ou non croyants) est toujours minoritaire (58% des Français se disent croyants), la pratique religieuse est elle marginale : seuls 14% des Français se définissent comme pratiquants. Les femmes, les personnes les plus âgées et les personnes résidant en province sont plus nombreuses à se déclarer croyantes.
- Les croyants sont plus impliqués dans l’organisation des obsèques : 40% seulement des français ont organisé les obsèques d’un proche. Les croyants sont plus souvent dans ce cas que les non croyants : 44% contre 32% qui en ont organisées au moins une fois et 28% contre 16% qui en ont organisé plusieurs fois. Enfin, cette pratique concerne plus les femmes que les hommes (45% contre 34%) et devient plus fréquente avec l’âge (13% des 15-34 ans, 45% des 35-59 ans et 68% des 60 ans et plus)
- Les Français privilégient la crémation pour leurs propres obsèques. En effet, près d’un Français sur deux (48%) préfère la crémation (dont 60% d’athées ou non croyants et 40% des croyants) quand ils sont 42% à choisir l’inhumation. Pourtant, dans le cas d’organisation de funérailles d’un proche c’est l’inhumation qu’ils retiennent (42%, contre 33% la crémation). Il existe une profonde différence entre la représentation de sa propre mort et de celle de ses proches. Si de nombreux Français souhaitent très probablement débarrasser les autres de leurs propres corps, ils ne veulent pas participer à la destruction de celui de leur proche.
- Dans tous les cas, les dernières volontés du défunt restent « sacrées ». Neuf Français sur dix (91%) estiment qu’en matière d’obsèques, les dernières volontés sont primordiales, et ce sans distinction liée à la foi (91% des athées, 90% des croyants).
- L’organisation des obsèques semble alors appartenir au domaine de la liberté individuelle au détriment de la sphère familiale. Ainsi, pour plus de deux Français sur cinq (42%) la prise en charge des coûts doit être assurée par le défunt lui-même, notamment les plus âgés (48% des 60 ans et plus), qui y voient sans doute la garantie d’avoir des obsèques conformes à leurs attentes ou de ne pas être un poids pour leurs familles. Seul 37% pensent que le financement des obsèques relève du devoir filial.
- Le prix des obsèques reste méconnu : 44% des Français ne peuvent donner un chiffre pour le coût des obsèques : Ceux qui avancent un prix l’estiment en moyenne à un peu moins de 4 000 euros (3 829).
- 53% des Français pensent que les pompes funèbres devraient être un service public sans but lucratif : Signe sans doute de la sensibilité au pouvoir d’achat et à la très forte augmentation du prix des obsèques (l’indice Insee des services funéraires à augmenté 2.5 fois plus vite que l’inflation depuis 10 ans). 40% pensent que les contrats obsèques devraient intégrer une revalorisation égale à l’augmentation du coût des obsèques.