« Parcours » : une grande enquête sur l’histoire de 2500 migrants d’Afrique sub-saharienne

Comprendre comment la maladie et les problèmes de santé, notamment causés par le VIH-SIDA et l’hépatite B, peuvent influencer le cours d’une vie, tel est le défi relevé par des chercheurs de divers instituts dans le cadre d’une grande enquête financée par l’ANRS (Agence Nationale de Recherche sur le Sida) qui se penche sur la trajectoire de 2500 migrants d’Afrique Sub-Saharienne recrutés dans les centres de santé en Ile-de-France.

Auteur(s)

  • Christophe David Directeur de Département, Ipsos Observer
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« Parcours » est une étude financée par l’ANRS qui retrace le parcours de vie et de santé des migrants d’origine sub-saharienne vivant en Île-de-France. Elle s’intéresse particulièrement aux patients infectés par le VIH-sida et l’hépatite B dont plus d’un tiers ont contracté le virus après leur arrivée en France. Les chercheurs ont fait appel à Ipsos pour réaliser le terrain de cette étude, dont un certain nombre de résultats sont disponibles aujourd’hui.

Quels sont les principaux enseignements de l’étude ?

Annabel Desgrées du Loû, Directrice de recherches à l'IRD : Ces résultats remettent en cause l’idée selon laquelle la prise en charge des migrants réside surtout dans le dépistage et la mise sous traitement. Il est bien sûr important de dépister et de traiter mais il faut aussi prévenir l’infection. Une étude complémentaire, réalisée au sein d’ANRS PARCOURS et dont les résultats sont publiés ce mois-ci dans la revue AIDS, montre que durant les premières années qui suivent leur arrivée en France, les migrants font face à des grandes difficultés pour obtenir des papiers ou un logement. Durant cette période très difficile, les migrants, et en particulier les femmes, ont plus de rapports sexuels à risque, souvent dans le but d’avoir un lieu où dormir, ou la protection de quelqu’un qui, lui, a des papiers. Les migrants arrivant en France font souvent face à une très grande précarité. Cette recherche attire notre attention sur la nécessité de mettre en place des mesures d’accompagnement et de prévention du VIH spécifiques pour cette population.

Yves Fradier, expert grandes enquêtes d’Ipsos, nous éclaire sur les conditions de réalisation de cette enquête.

Pourquoi Ipsos a été retenu pour mener le terrain de cette enquête ? Quels ont été nos points forts ?

Yves Fradier : Ipsos a été retenu à la fois pour ses capacités techniques, la mise en place d’un terrain de grande ampleur, impliquant une articulation inédite entre deux outils de recueil : une « grille biographique » papier, et un questionnaire CAPI, et pour son savoir-faire terrain : 2500 interviews d’une heure auprès de migrants, ce sont 2500 récits de vie d’une grande intensité, avec parfois des épisodes difficiles à raconter pour les répondants, à recevoir par les enquêteurs.

Avez-vous rencontré des difficultés particulières dans la réalisation de cette étude ? Comment ont-elles été gérées ?

Yves Fradier : Une fois les questions techniques réglées, ce qui reste de l’expérience PARCOURS, ce sont des moments inédits dans la relation d’enquête. Un enquêteur a comparé ces interviews au moment où le juge rend son verdict dans un tribunal : tout le monde est au maximum de sa concentration.  

En tant qu’expert qu’est-ce que vous avez appris / que vous a apporté cette enquête en particulier ?

Yves Fradier : Nous avons réalisé un terrain qualitatif auprès de l’équipe d’enquêteurs pour mieux comprendre cette expérience et être en mesure de proposer des dispositifs mieux adaptés à ce type d’étude. Il en ressort que les enquêteurs volontaires pour produire ce type d’enquêtes présentent un profil particulier, homogène, qu’il faut les préparer en amont, au moment de la formation, à la gestion des émotions, qu’ils réussissent à ne pas s’impliquer personnellement, et leur ménager des moments de répit. Malgré les difficultés, ils ont été unanimes à manifester leur fierté à faire partie de cette équipe au service de PARCOURS.

VISITEZ LE SITE CONSACRÉ À L’ENQUÊTE PARCOURS

Auteur(s)

  • Christophe David Directeur de Département, Ipsos Observer

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