Perception et usages des NTIC dans la santé, en France et en Europe
Ipsos a mené pour Orange une enquête dans 5 pays européens (France, Grande-Bretagne, Suède, Espagne et Pologne), entre juillet et septembre 2007, afin de dresser un état des lieux du Grand Public comme des médecins à l'égard des enjeux de la santé, et par ailleurs d'identifier les pratiques actuelles et potentielles des technologies de l'information et de la communication dans ce domaine. Principaux enseignements.
Une inquiétude largement partagée par le Grand Public comme par les médecins concernant l'augmentation du niveau des dépenses globales dans le secteur de la santé
Largement confiants à l'égard de l'évolution de leur état de santé personnel (75%), les Européens interrogés sont en revanche nettement plus inquiets concernant l'augmentation des dépenses globales dans le secteur de la santé, qui s'avère le thème sur lequel le niveau d'inquiétude est – de loin – le plus élevé (62% se déclarent inquiets, cette proportion atteignant 76% au sein de la population française). D'autres thèmes sont également jugés préoccupants par une large partie du Grand Public, qu'il s'agisse d'éléments démographiques structurels ("le vieillissement de la population", 50%) ou d'éléments relatifs à la conception même du système ("la solidarité comme principe fondateur du système de santé", 43%) ou, à un niveau supérieur, à son évolution ("l'évolution du système de soins dans son ensemble", 53%).
Les médecins partagent, dans l'ensemble, la vision du Grand Public, mais il est à noter que leur niveau d'inquiétude est le plus souvent sensiblement plus important, s'agissant notamment de "l'évolution du système de soins dans son ensemble" (67%, contre 53% pour le Grand Public) ou de "l'évolution de la qualité des infrastructures de santé" (57% contre 45%). Cet écart de perception entre les deux populations, Grand Public d'une part et médecins d'autre part, est particulièrement important en France : les médecins français se caractérisent de fait par un niveau d'inquiétude élevé, à l'exception toutefois de l'augmentation des dépenses globales dans le domaine de la santé, où l'inquiétude des médecins français rejoint celle du Grand Public…
Les trois principaux enjeux de la santé identifiés par les personnes interrogées
La lutte contre le développement des longues maladies (54%), la pénurie de professionnels de santé (39%) et l'autonomie des personnes dépendantes (34%) constituent aujourd'hui, aux yeux des personnes interrogées, les trois enjeux prioritaires dans le domaine de la santé. On notera d'une part que cette hiérarchie est globalement commune à l'ensemble des pays et que, par ailleurs, Grand Public et médecins dressent un tableau similaire, à l'exception des médecins français, qui font de la pénurie de professionnels de santé le principal enjeu pour les années à venir dans le domaine de la santé (64%, contre 39% pour l'ensemble des médecins européens).
On notera que mis en regard d'autres enjeux de santé, la "maîtrise des dépenses globale de santé" n'arrive (à l'exception de la Pologne) qu'en quatrième position dans cette hiérarchie (29% au sein du Grand Public), ce qui semble indiquer que la priorité est d'abord, pour le Grand Public, du ressort du thérapeutique, avant les aspects comptables. Les médecins se distinguent quelque peu sur ce point (39%), en lui accordant une importance particulière.
Etat des lieux de l'utilisation d'internet par le Grand Public et potentiel de développement à court terme
L'usage d'internet par le Grand Public est encore aujourd'hui largement circonscrit à la recherche d'information, qu'il s'agisse d'informations d'ordre médical ("obtenir des informations sur une maladie ou un médicament") ou d'ordre pratique ("situer géographiquement un professionnel de santé"). La recherche d'éléments juridiques ("obtenir des renseignements sur le droit des patients") ou comptables (à l'exception de la France) sont des domaines pour l'instant peu usités. Enfin l'usage d'internet dans le cadre de la relation entre le patient et le thérapeute s'avère pour l'heure largement marginale, qu'il s'agisse de la communication à destination du médecin de données concernant la santé du patient, de prises de rendez-vous, de diagnostic à distance ou même de communication par email avec un médecin.
Paradoxalement, ces pratiques actuelles émanant du Grand Public sont très largement surévaluées par les médecins. Cette surévaluation est d'ailleurs commune à l'ensemble des thématiques abordées, et atteint des niveaux comparables d'un pays à l'autre. De manière schématique, on peut considérer qu'il y a de la part des médecins une appréciation fausse de la réalité des pratiques des patients en matière d'utilisation d'internet.
Interrogés ensuite sur leurs pratiques "d'ici à trois ans", les Européens interrogés confirment d'une part leurs pratiques actuelles, tout en y ajoutant, pour une partie importante d'entre eux, d'autres pratiques, aujourd'hui sensiblement moins répandues.
Utilisation d'internet par le Grand Public et projection à 3 ans de ses usages
Ensemble des pays |
||
Usage actuel ("très souvent" + "de temps en temps") |
Usage projeté à trois ans |
|
Obtenir des renseignements sur une maladie ou un médicament |
31% |
48% |
Situer géographiquement un professionnel de santé |
15% |
39% |
Obtenir des renseignements sur le droit des patients |
8% |
39% |
Suivre et communiquer des données concernant votre santé |
8% |
37% |
Vérifier ou gérer l'état des remboursements liés aux dépenses de santé |
6% |
34% |
Prendre rendez-vous avec un médecin |
5% |
41% |
Vous faire faire un diagnostic à distance |
3% |
27% |
Communiquer par email avec un médecin |
3% |
36% |
Un tiers des Européens estiment ainsi qu'ils utiliseront plus internet d'ici à trois ans pour "suivre et communiquer des données concernant leur santé", pour "communiquer par email avec un médecin", "vérifier l'état des remboursements liés aux dépenses de santé" ou même se "faire faire un diagnostic à distance". Les patients français se situent toutefois en retrait sur les pratiques qui concernent la relation patients/médecins. Pour exemples, 28% d'entre eux pensent qu'ils prendront plus rendez-vous par internet avec un médecin, alors que la moyenne européenne se situe à 41%. Parallèlement, seuls 16% d'entre eux pronostiquent une intensification du diagnostic à distance, contre 27% pour l'ensemble des Européens interrogés.
Etat des lieux de l'utilisation d'internet par les médecins et potentiel de développement à court terme
Les médecins font quant à eux état d'une pratique plus systématique d'internet, quelque soit le champ d'utilisation testé. Mais là encore, la pratique actuelle est très largement centrée sur la recherche d'information : 82% des médecins interrogés déclarent utiliser aujourd'hui internet pour se tenir "informés des publications et des dernières avancées ayant trait à leur spécialité", 77% des informations leur "permettant d'enrichir leur diagnostic". Par ailleurs, la moitié des médecins (56%) utilisent internet pour "alléger leurs tâches administratives" et, dans un autre registre, une proportion identique y a recours pour "communiquer avec d'autres médecins et échanger des données sous format numérique ou électronique". En revanche, seuls 16% des médecins communiquent aujourd'hui avec leurs patients via internet.
Sur l'ensemble de ces dimensions, les médecins britanniques et, dans une moindre mesure, suédois se caractérisent par un usage plus important d'internet que leurs homologues français.
Utilisation d'internet par les médecins et projection à 3 ans de leurs usages
Ensemble des pays |
||
Usage actuel ("très souvent" + "de temps en temps") |
Usage projeté à trois ans |
|
Vous tenir informés des publications et dernières avancées ayant trait à votre spécialité |
82% |
65% |
Obtenir des informations vous permettant d'enrichir votre diagnostic |
77% |
70% |
Alléger vos taches administratives |
56% |
65% |
Communiquer avec d'autres médecins et échanger des données sous format numérique ou électronique |
55% |
71% |
Obtenir des informations relatives à vos patients |
29% |
54% |
Communiquer avec vos patients |
16% |
53% |
Lorsqu'ils envisagent leur utilisation future d’internet, les médecins témoigne d'un fort intérêt quant au développement d'internet dans leurs pratiques. L'ensemble des dimensions testées devrait connaître un phénomène de développement, sans pour autant qu'il soit toutefois possible de parler de généralisation complète. Mais il est intéressant de constater que cette évolution touche l'ensemble des pratiques identifiées, y compris celles aujourd'hui peu répandues parmi les médecins, comme par exemple la communication avec les patients.
Ce qu'apporteraient, du point de vue des usagers comme des professionnels, les technologies de l'information et de la communication dans le domaine de la santé
L'apport des technologies de l'information et de la communication (et non plus uniquement d'internet) dans le domaine de la santé est évalué de manière très positive, tant par le Grand Public que par les médecins. 86% du Grand Public et 88% des médecins considèrent que leur utilisation serait un progrès important "pour l'information en cas d'alerte sanitaire", de même que pour "la prise en charge des urgences" (respectivement 84% et 76%).
Mais l'intérêt des technologies de l'information dépasse le cadre de l'urgence, et intègre d'autres dimensions, cette fois d'ordre thérapeutique : elles constitueraient un progrès important "pour le maintien à domicile des personnes âgées et handicapées" (respectivement 83% et 72%), "pour la gestion, à distance, des maladies chroniques" (82% et 78%), "pour la localisation des personnes souffrant de troubles de la mémoire" (80% et 62%, soit l'écart le plus important constaté entre les deux populations), ainsi que pour le "développement de l'hospitalisation à domicile" (79% et 71%).
Enfin la généralisation des TIC dans le domaine de santé constituerait un progrès important "pour le coaching personnalisé (68% et 65%) ou encore "pour l'établissement de diagnostic à distance" (59% et 57%). Sur ces éléments, quoi touchent de près à la relation thérapeutique, il est à noter que les médecins dans leur globalité se montrent tout aussi bienveillants à l'égard des TIC que le Grand Public. Toutefois, à l'inverse des médecins suédois, britanniques ou espagnols, les médecins français se montrent sensiblement moins convaincus de l'apport des TIC dans ces domaines précis.
Une opinion largement favorable à la mise en place du dossier médical informatisé
Enfin le principe du dossier médical informatisé est jugé favorablement par 85% des Européens interrogés, 51% s'y déclarant même "très favorables". Les Espagnols sont les plus enthousiastes (70% y sont "très favorables), devant les Polonais (54%), les Suédois (48%) et les Britanniques (47%). A l'inverse, même si l'opinion publique française semble largement acquise au principe, seuls 37% des Français se déclarent "très favorables" au dossier médical informatisé, la majorité d'entre eux (47%) se déclarant "plutôt favorables" à sa mise en place.
Les médecins partagent avec le Grand Public ce souhait de mise en place du dossier médical informatisé, et ce dans les mêmes proportions (85%, 51% s'y déclarant "très favorables"). Mais là encore les médecins français font état d'un intérêt plus mitigé : seuls 30% s'y déclarent très favorables, contre 68% des médecins suédois et 63% des médecins espagnols. Il est une nouvelle fois possible d'identifier ici une forme d'"exception française".
L'intérêt du dossier médical informatisé est, pour les deux populations, multiple. Pour une très large majorité des personnes interrogées, il permettra de disposer, en cas d'urgences, d'informations importantes (92% pour le Grand Public et 91% pour les médecins), et d'assurer par ailleurs "une meilleure coordination des différents intervenants médicaux" (respectivement 90% et 89%). Il permettra également une meilleure gestion des questions de santé publique, en améliorant la connaissance de l'état de santé de la population (86% et 82%) d'une part, une plus grande efficacité en termes de recherche médicale d'autre part (83% et 81%). Enfin, Grand Public comme médecins y voient un intérêt comptable, le dossier médical informatisé devant permettre de diminuer les dépenses de santé (71% et 66%).
Au final, 85% du Grand Public et 82% des médecins considèrent qu'il aura un impact positif en ce qui concerne la relation médecins/patients. Mais une nouvelle fois, les médecins français, sans être à l'opposé de leurs collègues européens, se situent quelque peu en retrait (66%, contre 82% pour l'ensemble).
Crédits photo : Rapho pour France Télécom
Fiche technique :
Ipsos a mené pour Orange une enquête dans 5 pays européens (France, Grande-Bretagne, Suède, Espagne et Pologne), entre juillet et septembre 2007, afin de dresser un état des lieux du Grand Public comme des médecins à l'égard des enjeux de la santé, et par ailleurs d'identifier les pratiques actuelles et potentielles des technologies de l'information et de la communication dans ce domaine.
Chaque volet national, mené par téléphone, a donné lieu à l'interrogation d'un échantillon national représentatif de 1.000 personnes âgées de 18 ans et plus concernant le Grand Public et, en parallèle, d'un échantillon représentatif de 400 médecins, sur la base d'un questionnaire commun.