Politique : un "ras-le-bol" croissant
Phénomène sans précédent, la dernière vague du baromètre de l'action politique Ipsos-Le Point, réalisée en pleine campagne électorale, est marquée par la baisse de popularité de l'ensemble de la classe politique. La chute des avis favorables est généralisée, sans que pourtant les mauvaises opinions augmentent : ce sont les non-réponses qui progressent pour toutes les personnalités testées. L'exécutif est également touché : pour la première fois depuis sa réélection, Jacques Chirac rejoint Jean-Pierre Raffarin dans l'impopularité.
La chute est nette et régulière depuis janvier. Ce mois-ci encore, la popularité de l'exécutif est en baisse. Avec 46% de jugements favorables (-5 points), contre 48% d'avis contraires, le Président de la République bascule même dans l'impopularité. Les jugements quant à son action restent toutefois plus équilibrés que pour son Premier ministre. Encaissant une nouvelle chute de 6 points des bonnes opinions, Jean-Pierre Raffarin n'est plus soutenu que par 37% des Français (contre 57% de mauvaises opinions).
Habituellement, en période de campagne électorale, on enregistre autour des leaders politiques une certaine cristallisation de l'électorat, caractérisée par une augmentation du soutien chez les sympathisants, une détérioration chez les opposants, et une baisse des sans réponse liée à une plus grande exposition médiatique. Aujourd'hui, rien de tout cela. Au contraire, l'augmentation des taux de "NSP" (ne se prononce pas), pour toutes les personnalités testées, est peut-être à rapprocher d'un désaveu croissant de l'opinion pour la classe politique. L'augmentation des sans réponse puise dans le réservoir des avis favorables, d'où la dégradation générale des cotes de popularité. Bernard Kouchner et Nicolas Sarkozy se disputent toujours la première place du palmarès, mais en perdant chacun 6 points de bonnes opinions. Alain Juppé en perd 9 points, passant de 40 à 31% d'avis favorables. Si tout le gouvernement est touché, la plus grosse chute concerne Jean-Louis Borloo, ministre délégué à la Ville, qui perd 10 points de jugements positifs. Dominique de Villepin et Jean-François Mattei chutent de 9 points, François Fillon et Francis Mer de 8.
L'opposition n'est pas en reste. Bertrand Delanoë reste dans le top 5 des personnalités préférées des Français, mais perd 10 points de bonnes opinions (52%). Dominique Strauss-Kahn en perd 5, Laurent Fabius 4. Les avis favorables concernant l'action de François Hollande ne baissent que de deux points. Le premier secrétaire du Parti Socialiste n'est toutefois soutenu que par un Français sur trois, et 62% des sympathisants de gauche (25 de jugements défavorables dans cette catégorie). La mauvaise humeur des Français n'épargne pas les personnalités en première ligne dans la campagne pour les Régionales. Ainsi, le retour sur le devant de la scène médiatique de Dominique Voynet n'est pas payant : -7 points de bonnes opinions sur l'ensemble de l'échantillon, -22 points si l'on ne retient que les jugements des proches des Verts (de 69 à 47% d'avis favorables). François Bayrou perd 7 points de bonnes opinions, tout comme Olivier Besancenot. Marie-Georges Buffet limite les dégâts, avec une baisse de 4 points (31% d'avis favorables, 49% chez les sympathisants de gauche). Finalement, seule Arlette Laguiller semble tirer son épingle du jeu : 38% d'avis favorables ce mois-ci soit la plus petite baisse du palmarès (-1 point). Sans garantie toutefois d'une bonne performance électorale, comme l'expérience l'a déjà prouvé.