Pour les chefs d’entreprises, l’Etat intervient trop

Une enquête Ipsos réalisée pour la magazine "Enjeux-les Echos" met en lumière l’hostilité des chefs d’entreprises à l’égard de l’interventionnisme étatique dans la France d’aujourd’hui. Les patrons n’en admettent pas moins le rôle de l’Etat dans les domaines sociaux.

Auteur(s)

  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs
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Une majorité des chefs d’entreprise interrogés estime que l’Etat en France est trop interventionniste. C’est d’abord le cas pour les deux tiers d’entre eux (67%) en ce qui concerne l’intervention dans la vie des entreprises. Les patrons d’entreprises de transport et de services (80%), et ceux de sociétés de plus de 200 salariés (85%) sont plus nombreux à soutenir cette opinion. Ensuite, 59% déclarent que l’Etat intervient trop dans l’économie en général (contre 17% qu’il n’intervient pas assez), et 49% dans le domaine de l’emploi (contre 27% qu’il n’intervient pas assez). Enfin près de la moitié (47%, contre 12%) pense que l’Etat intervient trop dans la vie des citoyens. Dans tous les cas, seule une minorité des chefs d’entreprise interrogés estime que l’intervention de l’Etat n’est pas assez importante.

Les chefs d’entreprise semblent opposer les attentes des citoyens à celles des entreprises. En effet, si une très forte majorité de chefs d’entreprise (93%, dont 70% " tout à fait d’accord ") estime que les citoyens attendent trop de l’Etat, seuls 39% (c’est surtout le cas des entreprises de plus de 50 salariés) d’entre eux estiment que les entreprises attendent trop de l’Etat, contre 59% qui ne sont pas d’accord avec cette affirmation.

Malgré le sentiment d’une trop forte intervention de l’Etat dans l’économie, les chefs d’entreprise jugent néanmoins indispensable ou nécessaire la présence de l’Etat dans des secteurs traditionnellement liés aux actions de l’Etat Providence. Ainsi, qu’il s’agisse de l’école, des hôpitaux, de la sécurité sociale et même de la culture, la présence de l’Etat est jugée indispensable ou nécessaire par la grande majorité des patrons. On note cependant qu’ils sont toujours plus nombreux à juger nécessaire plutôt qu’indispensable la présence étatique pour les hôpitaux, la sécurité sociale et la culture.

En revanche, la présence de l’Etat leur paraît moins légitime dans les secteurs plus concurrentiels que sont les transports, la poste, et moins encore, les télécommunication et la banque/assurance. Plus de la moitié d’entre eux estiment ainsi que l’intervention dans ces secteurs est facultative, voire inutile. On note que les chefs d’entreprise des secteurs des transports et des services ont plus tendance que les autres à juger négativement la présence étatique dans ces secteurs.

En ce qui concerne plus directement leur activité propre, les chefs d’entreprise ont dans l’ensemble le sentiment que l’intervention de l’Etat est plutôt néfaste, que ce soit pour le développement des entreprises (67%, contre 26%) ou pour l’emploi (58%, contre 37%). Les patrons de sociétés de transports ou de service ont à nouveau, sur cette question, plus tendance à voir dans l’Etat un frein au développement des entreprises. Ce sont les patrons de l’industrie et du bâtiment qui considèrent plus l’intervention comme une gêne pour l’emploi (63%). En outre, les chefs d’entreprise interrogés jugent facultative (48%) ou inutile (40%) l’idée de participation de l’Etat dans le capital des entreprises.

Les patrons sont plus partagés quant au rôle de l’Etat dans d’autres domaines de la vie entrepreneuriale. Le rôle de l’Etat dans l’organisation des relations entre partenaires sociaux, laisse les patrons perplexes : 46% le jugent indispensable ou nécessaire, contre 54% facultatif ou inutile. De plus, si 27% le jugent facultatif pour la distribution d’aides et de subventions, 42% le considèrent nécessaire et 16% indispensable. Les patrons des entreprises du commerce ou des transports et services le jugent plus nécessaire que ceux de l’industrie.

A propos des similitudes ou des différences entre les modes de gestion du public ou du privé, les patrons émettent des jugements assez divers en fonction du domaine de gestion. Près des deux tiers des chefs d’entreprises interrogés (60%) pensent que dans le domaine des relations avec les clients et les usagers, les modes de gestion se ressemblent de plus en plus (contre 35% qu’ils se différencient de plus en plus). Les dirigeants d’entreprises de services sont plus nombreux à voir une similitude croissante dans les modes de gestion des deux secteurs. Ils sont partagés sur la question du mode d’organisation des structures au sein de l’entreprise, 49% pensant qu’ils se ressemblent de plus en plus et 45% le contraire. En revanche, dans le domaine des ressources humaines, plus de la moitié des patrons (54%) ont le sentiment que l’écart entre les deux systèmes de gestion va en s’amplifiant, contre un peu plus d’un tiers qu’il se réduit (39%).

Auteur(s)

  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs

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