Etudiant | Pauvreté | Précarité | Banque alimentaire
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Précarité étudiante : des vulnérabilités extrêmes et cumulées

Quels sont les chiffres réels de la précarité étudiante en France ? Linkee dévoile les résultats d'une enquête exclusive menée auprès de plus de 25 000 étudiants précaires dont les données ont été traitées par Ipsos bva pour dresser un état des lieux de la situation économique de cette population. Du reste à vivre mensuel moyen aux taux de renoncement aux soins, ce dossier examine les mécanismes de fragilité financière et les freins administratifs rencontrés par les étudiants dans l'accès aux dispositifs d'aide.

Chiffres-clés de l'enquête

Vivre ou survivre ? La situation économique dramatique des étudiants précaires

▶ 47% des étudiants précaires disposent de moins de 400€ de ressources mensuelle (dont 24% moins de 200€). Des ressources largement insuffisantes puisque…
▶ 60% d’entre eux paient un loyer supérieur à 400€. Une fois les charges incompressibles payés…
▶ 69% ont un reste à vivre égal ou inférieur à 100€ chaque mois ! Soit 3,33€ par jour pour se nourrir, se soigner, s’habiller, se divertir. 100 € pour «vivre», ou survivre.

Manger moins, manger moins bien, et parfois ne pas manger du tout

▶ 90% des étudiants précaires limitent la qualité des aliments qu’ils consomment
▶ 76% des étudiants précaires limitent la quantité des aliments qu’ils consomment
▶ 65% d’entre eux sautent au moins un repas au cours de la semaine par faute de moyens

Étudier : à quel prix ?

▶ 22% ont envisagé ou envisagent de mettre un terme à leurs études à cause de leurs difficultés financières
▶ 47% ont peur que leur situation les empêche d’accéder à la carrière qu’ils désirent

Renoncement aux soins et mal être diffus

▶ 47% des étudiants précaires ont renoncé à un ou plusieurs soins médicaux pour des raisons financières (45% aux soins dentaires, 43% au médecin, 39% au psychiatre ou psychologue, etc.)
▶ 60% des étudiants précaires ont principalement ressenti une émotion négative au cours des derniers mois (18% de l’épuisement, 16% de l’anxiété, 13% de l’isolement, etc.)

Non-recours à l'aide alimentaire et poids de l'autocensure

▶ 43% ont déjà renoncé à avoir recours à l’aide alimentaire (15% par peur du regard des autres, 32% car ils ne se sentaient pas légitimes et pensaient que d’autres en avaient davantage besoin).

 

Précarité étudiante : des vulnérabilités extrêmes et cumulées

Près de neuf étudiants précaires sur 10 disposent de moins de 800 € de ressources mensuelles, et près de la moitié vivent avec moins de 400 €. Une fois les dépenses contraintes déduites, la situation devient encore plus critique : 69 % survivent avec moins de 100 € par mois, dont près de quatre sur 10 avec moins de 50 €. Cette tension budgétaire se traduit concrètement par des impayés ou des découverts pour près d’un étudiant sur deux au cours de l’année écoulée. 

Ces difficultés touchent l’ensemble des postes de dépenses : alimentation, habillement, hygiène, mobilité, loisirs :

 

Logement : un déséquilibre structurel 

Le décalage entre revenus étudiants et coût du logement est frappant : alors que près de la moitié des étudiants précaires disposent de moins de 400 € par mois, 60 % assument un loyer supérieur à ce montant. 

Si une majorité se déclare malgré tout satisfaite de son logement, les difficultés restent nombreuses : logements trop petits, éloignés des lieux d’étude ou insalubres. La précarité énergétique vient renforcer ces fragilités : 46 % rencontrent des difficultés pour se chauffer (partiellement ou totalement). 

Plus alarmant encore, 5 % des étudiants interrogés déclarent avoir dormi dehors ou dans un véhicule au cours de l’année, révélant des situations de grande désaffiliation résidentielle.

 

Une insécurité alimentaire massive malgré l’aide alimentaire

Bien que les étudiants interrogés bénéficient déjà d’une aide alimentaire, l’insécurité alimentaire reste massive. Trois quarts limitent les quantités consommées, neuf sur 10 la qualité, et deux tiers sautent régulièrement des repas faute de moyens. Près de la moitié(47%) cumulent restrictions qualitatives, quantitatives et repas sautés. Les renoncements touchent en priorité la viande et le poisson (81%), les fruits et légumes frais (50%), mais aussi des produits de base comme les féculents (18%).

Solidarité familiale et « travailler pour étudier »

Face aux difficultés financières, la famille demeure le premier « filet de sécurité » : 58 % des étudiants précaires déclarent être aidés par leurs proches tandis que 31 % bénéficient d’aides publiques. 

Dans le détail, 27 % sont boursiers, un niveau qui peut paraitre relativement faible au regard des 47 % dont les ressources mensuelles n’excèdent pas 400€. Pour subvenir à leurs besoins, 25 % des sondés travaillent pendant l’année universitaire. 

Mais « travailler pour étudier » a un coût : parmi ces étudiants précaires, 47 % considèrent que leur activité professionnelle est concurrente à leurs études. Une tendance nette se dégage : plus le volume horaire de travail augmente, plus la concurrence avec les études s’intensifie. Ainsi, 61% travaillant entre 19 et 25 heures par semaine déclarent que leur emploi est concurrent aux études (soit 14 points de plus que la moyenne).

Étudier sous pression : concentration, trajectoires et avenir fragilisés

La précarité pèse lourdement sur les parcours académiques. 43 % des étudiants déclarent des difficultés de concentration liées à leur situation financière, et plus d’un quart constatent une dégradation de leurs résultats. Près d’un étudiant sur cinq a envisagé d’arrêter ses études. 

C’est aussi la projection dans l’avenir qui est atteinte : près de la moitié (47 %) craignent que leur situation financière compromette l’accès à la carrière souhaitée, une inquiétude particulièrement marquée chez les étudiants dont les parents n’ont aucun diplôme d’études secondaires (58 %). 

69 % des étudiants précaires déclarent manquer de matériel pour leurs études, dont 25 % d’un ordinateur. Mais ces chiffres soulignent que la précarité ne se limite pas aux seules dimensions matérielles, elle affecte également la capacité à se projeter sereinement et altère le rapport à l’avenir.

Santé : des renoncements aux soins très préoccupants

Près d’un étudiant précaire sur deux a renoncé à des soins médicaux pour des raisons financières au cours des douze derniers mois et 47 % a plusieurs. Dans le détail, les étudiants ayant renoncé à se soigner l’ont d’abord fait pour des consultations dentaires (45 %), suivies des consultations auprès d’un médecin généraliste (43 %), puis des rendez-vous avec un psychologue ou un psychiatre (39 %).

Une santé mentale qui vacille et un malaise diffus

Le détail des expériences vécues au cours des deux dernières semaines met en lumière un mal-être tangible chez les étudiants précaires : 27 % se sont sentis « bien et de bonne humeur » moins de la moitié du temps, 31 % « calmes et tranquilles » moins de la moitié du temps, et 33 % estiment que leur quotidien a été « rempli de choses intéressantes » moins de la moitié du temps. À cela s’ajoutent 42 % qui déclarent avoir été « pleins d’énergie et vigoureux » moins de la moitié du temps. 

Les émotions ressenties au cours du dernier mois confirment ce climat psychologique fragilisé : 60 % des sondés déclarent avoir vécu majoritairement une émotion négative, dont 18 % de l’épuisement, 16 % de l’anxiété, 13 % un sentiment de solitude ou d’isolement, 8 % de la tristesse ou de la déprime et 5 % de la démotivation. En miroir, 40 % avoir ressenti principalement une émotion positive, dont 13 % de la motivation, 10 % du bonheur, 10 % le sentiment d’être entouré ou aimé et 7 % de la confiance.

Le recours aux aides alimentaires : le poids de la honte et de l’autocensure

Enfin, l’enquête met en lumière un obstacle souvent invisible mais déterminant : le non-recours aux aides alimentaires. Ainsi, 43 % des étudiants déclarent avoir déjà refusé une aide alimentaire. Parmi eux, 15 % évoquent la peur du regard des autres, tandis que 32 % ne se sentent pas légitimes, estimant que d’autres étudiants auraient «davantage besoin» de ces dispositifs.

Les enseignements relatifs au non-recours des étudiants précaires invitent ainsi à agir sur plusieurs leviers complémentaires : 

  • Mieux faire connaître les dispositifs existants (deux étudiants précaires sur dix n’ont jamais entendu parler des aides proposées par la CAF, le CROUS, la CPAM ou d’autres institutions) ;
  • Simplifier les démarches administratives (51 % des étudiants précaires ont été confrontés à des difficultés administratives, principalement avec la CAF, le CROUS, la CPAM ou l’université) ;
  • Lutter contre les représentations négatives associées à la précarité, afin de réduire les phénomènes d’autocensure qui éloignent une partie des étudiants des aides auxquelles ils peuvent légitimement prétendre.

Découvrez le dossier complet sur linkee.co


À propos de cette enquête

Enquête menée par Linkee auprès de 25487 étudiants précaires (ayant bénéficié d’au moins une aide alimentaire distribuée par Linkee), dont le traitement des données a été assuré par Ipsos bva. Méthodologie complète disponible dans le rapport d'étude.

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