Présidentielle 2022 | La guerre s'impose dans la campagne électorale

La sixième édition de l'enquête Électorale 2022 réalisée par Ipsos / Sopra Steria pour le Cevipof, la Fondation Jean Jaurès et Le Monde révèle à quel point les Français sont inquiets de la situation en Ukraine, de l'évolution du conflit et de ses répercussions. Dans ce contexte de guerre, le chef de l'État bénéficie du réflexe légitimiste d'une partie de l'opinion.

Auteur(s)

  • Brice Teinturier Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs
  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion - Public Affairs
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Ipsos-Sopra Steria | Intentions de vote
N.B. Cette enquête a été menée en deux temps, pour tenir compte du contexte particulier et évolutif lié à la guerre en Ukraine. Une première vague de 13 651 interviews a été réalisée du 24 au 27 février, au début de l'invasion, puis une seconde de 3 599 interviews, lancée après l'allocution télévisée du président de la République du 2 mars à 20 heure.

 

L'onde de choc

L'invasion russe en Ukraine a profondément choqué les Français. L'écrasante majorité (90%) des personnes interrogées se déclare aujourd'hui "plutôt" (47%) voire "très inquiète" (43%) de la situation. L'inquiétude a même tendance à s'intensifier, la part de personnes "très inquiètes" ayant augmenté de trois points en une semaine de conflit.

Les craintes concernent en premier lieu "les conséquences économiques de la guerre" (90%, +4 points entre les deux mesures), mais une proportion presque aussi importante (84%) s'inquiète "d'une possible extension du conflit" et trois personnes sur quatre (76%) redoutent "un possible conflit nucléaire". Sur ces trois points, la proportion de personnes se déclarant "très inquiètes" est révélatrice de l'intensité du traumatisme : 44% (+7 points depuis l'entrée en guerre) de "très inquiets" des conséquences économiques, 39% de "très inquiets" d'une possible extension du conflit, et 35% de "très inquiets" d'un conflit nucléaire, soit tout de même plus d'un Français sur trois.

"La guerre en Ukraine" (50% de citations) fait aujourd'hui partie des trois enjeux jugés les plus préoccupants par rapport à la situation de la France, presque au même niveau que le pouvoir d'achat (52%). Ces deux sujets éclipsent tous les autres. A un degré moindre, il en est de même concernant la campagne électorale : "la guerre en Ukraine" est également le deuxième sujet le plus souvent sélectionné parmi ceux qui compteront le plus dans le choix de premier tour pour l'élection présidentielle (33% de citations), après "le pouvoir d'achat" (52%). L'environnement est derrière (28% de citations), le système de santé est à 26%, l'immigration à 24%, les autres sujets proposés sont sous les 20%.

L'effet drapeau

La guerre a fait progresser le niveau d'intérêt pour l'élection, qui gagne huit points en une semaine pour passer de 72% à 80%. Alors que les abstentionnistes se justifient souvent par le fait que les résultats des élections ne changent pas grand-chose, le contexte de crise militaire renforce l'importance de la désignation du chef de l'État / chef des armées. Ce regain d'intérêt ne se traduit toutefois pas (encore ?) par une progression de l'intention de participer au scrutin, avec un taux de "certains d'aller voter" qui stagne à 66%.

Le contexte géopolitique a surtout bousculé le rapport de force électoral. Au lendemain de l'allocution télévisée sur la crise ukrainienne, 30,5% des électeurs "certains d'aller voter" avaient l'intention de voter au premier tour pour le Président sortant, soit une progression de 6,5 points par rapport à la mesure de début février (24%).

A ce stade, Emmanuel Macron est en tête dans toutes les catégories d'âges et dans toutes les catégories socio-professionnelles testées, à l'exception des ouvriers où il reste devancé par Marine Le Pen. Ce bond dans les intentions de vote renvoie à l'avantage comparatif dont il bénéficie en terme de présidentialité. Nous le mesurions sur la vague précédente de l'Enquête Électorale, 60% des Français considéraient "qu'il a l'étoffe d'un Président", pour 38% de cet avis concernant Valérie Pécresse, 35% concernant Marine Le Pen, et moins de 25% pour tous les autres. Presque autant (57%) jugaient "qu'il donne une bonne image de la France à l'étranger" (41% pour Valérie Pécresse, 25% pour Marine Le Pen, moins de 25% pour les autres).

Dans ce contexte anxiogène, Emmanuel Macron est peut-être aussi le seul candidat qui rassure. En termes de motivations du vote, la majorité (55%) de ses électeurs le choisit "parce qu'ils ont confiance en lui", pour seulement 32% "parce qu'il est proche de leurs idées". Pour tous les autres candidats, la proximité idéologique est l'argument central : pour 54% des électeurs de Marine Le Pen, 57% de ceux de Valérie Pécresse, 63% dans l'électorat d'Éric Zemmour, 68% dans celui de Fabien Roussel, 70% pour Jean-Luc Mélenchon, 83% pour Yannick Jadot, 84% pour Anne Hidalgo. A noter que le vote par défaut, "je choisis ce candidat pour barrer la route à un autre candidat ou pour empêcher un autre candidat d'être qualifié au second tour", est la motivation la moins souvent évoquée, par 13% des électeurs.

La crise et le conflit en Ukraine ont en tous cas permis à Emmanuel Macron de renforcer son socle électoral. Près des trois-quarts (73%) des électeurs qui l'avaient choisi au premier tour de la Présidentielle 2017 ont l'intention de revoter pour lui cette année, en progression de neuf points par rapport à début février. Le Président de la République a également gagné du soutien dans les autres électorats, passant de 27% à 32% d'intentions de vote parmi les électeurs 2017 de François Fillon, de 6% à 13% dans l'électorat 2017 de Jean-Luc Mélenchon et de 12% à 20% dans l'électorat 2017 de Benoît Hamon. Emmanuel Macron est également passé en tête en terme de sûreté du choix, 72% de ses électeurs potentiels déclarant leur choix comme définitif, pour 70% de cet avis concernant Marine Le Pen, 67% pour Éric Zemmour, 54% pour Jean-Luc Mélenchon, et moins de 50% pour les autres.

Derrière E. Macron, les autres candidats en difficulté

A un peu plus d'un mois du scrutin, Emmanuel Macron est donc bien le mieux placé pour se qualifier pour le second tour. Stable à 14,5% d'intentions de vote (15% début février), Marine Le Pen accuse à présent un retard de seize points sur le Président sortant. A 13%, Éric Zemmour a quant à lui perdu deux points d'intentions de vote par rapport au mois dernier, du fait d'un moindre soutien dans l'électorat 2017 de Marine Le Pen, alors qu'il est plutôt en progression dans l'électorat 2017 de François Fillon. La situation est encore plus difficile pour Valérie Pécresse, qui en un mois a perdu quatre points d'intentions de vote pour passer de 15,5% début février à 11,5% aujourd'hui. Elle ne convainc plus que 38% de l'électorat de François Fillon 2017, pour encore 47% le mois dernier, avec des pertes à la fois vers Éric Zemmour et vers Emmanuel Macron. Pour elle, la dynamique défavorable se lit également dans les intentions de vote second tour, avec un écart face à Emmanuel Macron passé de huit points début février (54% / 46%), à vingt-huit points aujourd'hui (64% / 36%).

Valérie Pécresse est aujourd'hui devancée par Jean-Luc Mélenchon, qui progresse de trois points pour atteindre 12% d'intentions de vote. C'est le seul candidat avec Emmanuel Macron a bénéficié d'une dynamique électorale favorable. Il profite du retrait de Christiane Taubira et sans doute aussi d'un début de vote utile en sa faveur, avec le ralliement de certains électeurs qui se prononçaient le mois dernier pour Yannick Jadot. Bien que stable à 7,5% d'intentions de vote (7% en février), le candidat EELV est en effet en difficultés. Le dispositif spécifique de notre enquête, où nous réinterrogeons les mêmes électeurs d'une vague à l'autre, nous révèle que si Yannick Jadot est bien le principal bénéficiaire du retrait de Christiane Taubira, ce gain est annihilé par une fuite d'électeurs tant sur sa gauche vers Jean-Luc Mélenchon que sur sa droite vers Emmanuel Macron.

 

 

 

Retrouvez notre dossier spécial Présidentielle 2022

Présidentielle 2022 - séparateur
Fiche technique : deux dispositifs distincts ont été menés par Ipsos-Sopra Steria pour le Cevipof, la Fondation Jean Jaurès et Le Monde.
Enquête électorale : enquête menée auprès de 13 651 personnes inscrites sur les listes électorales, représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus, interrogées en ligne du 24 au 27 février 2022.
Éclairage sur les impacts de la guerre en Ukraine : enquête menée auprès de 3599 personnes inscrites sur les listes électorales, représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus, interrogées en ligne les 2 et 3 mars 2022

 

Ipsos-Sopra Steria | Présidentielle 2022

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  • Brice Teinturier Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)
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