Présidentielle 2022 : dynamiques de fin de campagne favorables à M. Le Pen et J-L. Mélenchon

La neuvième vague de l'Enquête Électorale 2022 réalisée du 2 au 4 avril par Ipsos et Sopra Steria pour le Cevipof, la Fondation Jean Jaurès et Le Monde présente un rapport de force électoral toujours favorable à Emmanuel Macron, même si Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon se rapprochent dans la dernière ligne droite. On connaît le tiercé mais pas encore l'ordre d'arrivée, d'un premier tour qui sera marqué par une forte abstention, supérieure à 2017, voire proche du record de 2002.

Auteur(s)

  • Brice Teinturier Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs
  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion - Public Affairs
Get in touch
Ipsos-Sopra Steria | Intentions de vote
 

 

A 26,5% d'intentions de vote, Emmanuel Macron reste le mieux placé pour se qualifier au second tour de l'élection Présidentielle. Son avance sur Marine Le Pen a néanmoins diminué, passant de 16 points début mars à 5 points aujourd'hui : en même temps que les intentions de vote faveur du Président sortant fléchissaient pour revenir au niveau que nous enregistrions au tout début de la guerre en Ukraine, celles de Marine Le Pen progressaient, pour atteindre 21,5% sur cette dernière mesure. L'analyse des "changeurs" - les panélistes qui ont modifié leur intention de vote en faveur de la candidate RN, montre que son gain de quatre points dans les deux dernières semaines de campagne provient pour l'essentiel de transferts de vote en provenance d'Éric Zemmour (+1), de Valérie Pécresse (+1), d'Emmanuel Macron (+0,5), et d'une meilleure mobilisation de son électorat (+1). A noter que Marine Le Pen s'est également rapprochée dans les intentions de vote second tour : on est aujourd'hui à 54% / 46% en faveur d'Emmanuel Macron, mais nous étions encore à 59% / 41% il y a trois semaines.

A une semaine du scrutin, Marine Le Pen n'est toutefois pas à l'abri d'un retour de Jean-Luc Mélenchon. Même s'il reste en retrait à 16% d'intentions de vote, le candidat de la France Insoumise est lui aussi sur une dynamique de campagne particulièrement favorable. En hausse constante depuis début février, il gagne encore deux points sur cette vague, bénéficiant d'un vote utile au sein de l'électorat de gauche et d'une mobilisation croissante de son électorat. Jean-Luc Mélenchon dispose aussi d'une marge de progression peut-être un peu plus forte que ses principaux adversaires, avec à ce stade "seulement" 58% de ses électeurs de 2017 qui se déclarent certains de revoter pour lui cette année, quand pour Marine Le Pen ou Emmanuel Macron, on est à 69% des électeurs 2017 qui se déclarent certains de réitérer leur choix.

Derrière ces trois candidats, l'écart s'est creusé. Longtemps autour des 15%, Éric Zemmour est retombé à 10% d'intentions de vote, avec une courbe mal orientée depuis l'invasion russe. C'est tout de même le candidat qui bénéficie le plus d'un vote "d'adhésion" (à 85%, pour seulement 15% de ses électeurs qui le choisissent "par défaut"). Valérie Pécresse est quant à elle tombée à 8,5% d'intentions de vote, victime d'une fuite régulière d'électeurs vers Emmanuel macron. A 6% d'intentions de vote, Yannick Jadot n'a pas réussi à capitaliser sur la forte préoccupation des Français pour l'environnement, passée sur cette fin de campagne au deuxième rang des déterminants du vote (26% de citations), mais toujours assez loin du pouvoir d'achat (56% de citations). Tous les autres candidats sont sous les 5%.

En marge des intentions de vote, on retiendra encore de cette enquête le faible niveau d'intérêt des Français pour l'élection. Sur une échelle de 0 à 10, 0 signifiant aucun intérêt et 10 un énorme intérêt, 75% des électeurs proposent pour cette présidentielle une note entre 7 et 10 : c'est 7 points de moins que ce que nous enregistrions à même échéance en 2017. Par ailleurs, si le taux d'électeurs "certains d'aller voter" progresse de deux points en deux semaines, on reste, à 69%, 4 points en dessous de ce que nous mesurions à une semaine du scrutin en 2017 (73%). Il y a donc de fortes chances que nous enregistrions dimanche une abstention plus élevée que celle déjà forte de 2017 (22,2%), voire même proche du record de la Vème République pour un premier tour d'élection présidentielle, de 28,4% enregistré le 21 avril 2002. Selon notre enquête, plus de 40% des moins de 35 ans ne sont pas sûrs d'aller voter, soit un taux deux fois supérieur à celui mesuré chez les plus de 70 ans. L'écart est moins net mais tout de même sensible en ce qui concerne la proximité politique, avec une abstention potentielle - la proportion d'électeurs qui à une semaine du scrutin ne sont pas certains d'aller voter - de 28% chez les proches de la France Insoumise, de 23% chez les proches du Rassemblement National, de 20% chez les sympathisants de LREM-Modem. Si l'écart entre les trois premiers se resserrait encore, cela pourrait s'avérer décisif.

Retrouvez notre dossier spécial Présidentielle 2022

Présidentielle 2022 - séparateur

Fiche technique : sondage mené par Ipsos et son partenaire Sopra Steria pour le Cevipof, Le Monde et la Fondation Jean Jaurès menée du 2 au 4 avril 2022 auprès de 12600 personnes, constituant un échantillon national représentatif de la population française, inscrite sur les listes électorales, âgée de 18 ans et plus.

 

 

Ipsos | Sopra Steria | Élection Présidentielle 2022

 

Auteur(s)

  • Brice Teinturier Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs
  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion - Public Affairs