Présidentielle 2022 | Pourquoi Yannick Jadot peine à s'imposer dans la campagne

Alors que Yannick Jadot plafonne à 7% dans la septième vague de l'Enquête Électorale menée par Ipsos & Sopra Steria en partenariat avec le Cevipof et la Fondation Jean Jaurès pour « Le Monde », Brice Teinturier livre son analyse des difficultés multiples du candidat écologiste.
Présidentielle 2022 - Les analyses des experts Ipsos

 

Article publié le 18/03/22 sur lemonde.fr


Il y a 11 mois, en avril 2021, la première vague de l’enquête électorale situait Yannick Jadot à 10% des intentions de vote, devant Jean-Luc Mélenchon (8%). Un résultat logique tant l’alignement des planètes s’opérait : en pleine pandémie, la Covid-19 était certes la 1ère préoccupation des Français, avec 41% de citations mais l’environnement semblait durablement installé au 3ème rang, à quasi-égalité avec le pouvoir d’achat (30% et 28% de citations). Politiquement, la dynamique électorale était également en faveur des écologistes : une 3ème place lors des européennes de 2019 avec 13,5% des suffrages, loin devant la France Insoumise (6,3%) ; des victoires inédites et prestigieuses aux municipales de 2020 (Marseille, Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Besançon, Tours…) ; une compétition avec le PS lors des régionales de 2021 tournant à l’avantage des écologistes lorsque le sortant n’était pas socialiste. Une primaire sans heurts enfin, réunissant plus de 120.000 électeurs et débouchant sur la victoire certes serrée, mais la victoire quand même de Jadot.

Un an plus tard, l’érosion quasi continue du candidat écologiste le place 5 points derrière le leader de la France Insoumise et à un niveau de 7% relativement décevant par rapport à ce qu’il pouvait espérer, même s’il reste encore au-dessus du meilleur score des écologistes lors d’une présidentielle (5,2% pour Noël Mamère en 2002) et loin devant le PS (2,5% pour Anne Hidalgo). La campagne n’est pas terminée et la situation peut encore changer mais quelles leçons peut-on déjà tirer de cette évolution ?

Le manque de crédibilité des écologistes

Tout d’abord, que les écologistes se trouvent encore et toujours confrontés à un problème de crédibilité. Ils se sont construits autour d’une dimension, l’environnement, et un peu comme le RN avec la question de l’immigration, ils peinent à élargir et à convaincre au-delà, a fortiori quand d’autres candidats intègrent cette question dans leurs programmes. Ensuite et toujours comme le RN, qu’il y a un doute sur leur capacité à disposer de personnalités compétentes pouvant exercer demain des fonctions gouvernementales. C’est tout l’enjeu de la conquête de pouvoirs locaux pour montrer aux Français l’aptitude de telles formations à épouser des responsabilités multiples et faire émerger un personnel nouveau et crédible. Or, les différentes polémiques qui ont émaillé des décisions prises par des maires écologistes ont déçu ou troublé. La 3ème difficulté des écologistes est que face à une tension forte dans l’opinion – l’environnement dans un cas, l’immigration dans l’autre -, EELV produit une réponse complexe : quel modèle de croissance ou de décroissance, quel mix énergétique, comment financer la rénovation énergétique des bâtiments, etc., là où la réponse du RN est simple : il faut stopper l’immigration. La 4ème difficulté est qu’en plus d’être complexe, cette réponse demande des efforts aux Français : des changements de comportements, une sobriété plus grande. Rien de tel avec le RN puisque ce sont les étrangers qui doivent s’adapter ou cesser d’être là. La 5ème difficulté enfin est que la réponse du RN se veut porteuse d’une espérance : sans les immigrés, nous vivrons mieux. Alors que le discours écologiste relève du moindre mal : en modifiant nos comportements, nous éviterons ou diminuerons peut-être la catastrophe. Dans un cas, le héros et le graal sont donc très simples, produisant un récit épuré, audible et attractif pour certains, dans l’autre il est complexe et peu aspirationnel.

A ces difficultés structurelles que le candidat n’est pas parvenu à surmonter s’en sont ajoutées d’autres : sur la radicalité ou des thèmes tels que le genre, l’écoféminisme ou le rapport à la République, Jadot, s’est fait dépouiller par Mélenchon d’un électorat jeune et particulièrement sensible à ces questions. Ainsi, en décembre, l’écologiste faisait encore jeu égal avec l’insoumis chez les moins de 35 ans, avec 13% d’intentions de vote. Aujourd’hui, il est à 10% et Mélenchon… à 18%. Politiquement, la glissade à gauche est également forte : en avril 2021, Jadot captait 20% du vote Mélenchon de 2017 et 32% du vote Hamon. En décembre, 16% et 28%. Aujourd’hui, 11% et 26%. Au total, un recul de 9 et de 6 points dans ces électorats, et une érosion de 3 points dans celui de Macron, passant de 10% à 7%.   

La montée en puissance de la question du pouvoir d'achat

La deuxième difficulté tient à la question énergétique, qui a pris à revers le candidat écologiste : la brutale augmentation du prix de l’essence et du gaz a remis le pouvoir d’achat en tête des priorités des Français, thème peu favorable aux écologistes : 30% de citations en avril 2021, 53% aujourd’hui. Elle a également renforcé l’attractivité du nucléaire, compliquant un argumentaire des écologistes déjà complexe.

Un déficit de présidentialité

La 3ème difficulté enfin renvoie à l’image de Yannick Jadot : alors que la guerre en Ukraine renforce plus que jamais l’idée qu’un Président doit avant tout être capable de gérer des crises graves, faisant le jeu d’Emmanuel Macron, la présidentialité de Jadot reste faible, 16% seulement de Français estimant qu’il a l’étoffe d’un Président. Parallèlement, 14% seulement pensent que s’il était élu, la situation de la France s’améliorera et 52% qu’elle se détériora, 10% et 47% s’agissant de leur situation personnelle.

 

Difficultés structurelles et conjoncturelles, faiblesses des bénéfices attendus et du candidat, en 11 mois, le réel a rattrapé ce qui s’annonçait pourtant comme la promesse d’une ère nouvelle pour les écologistes.  

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Auteur(s)

  • Brice Teinturier
    Brice Teinturier
    Directeur Général Délégué, Ipsos bva (@BriceTeinturier)