Quatrième forum de Canalipsos : "dans six mois, l'élection présidentielle"
Le quatrième forum, consacré à la prochaine élection présidentielle, a eu lieu le 11 octobre 2001. Pierre Giacometti, directeur général d'Ipsos, et Éric Dupin, éditorialiste à Libération, ont invité Alain Juppé, député-maire de Bordeaux et ancien Premier ministre, à débattre des enjeux de campagne et des déterminants du vote.
L'analyse rétrospective des enquêtes pré-électorales réalisées avant les élections de 1981, 1988 et 1995 montre qu'il est très difficile d'extrapoler les résultats des élections sur la base d'études réalisées à l'automne. Les très fortes popularités de Valéry Giscard d'Estaing et de Raymond Barre fin 1980, de Chirac fin 1987, de Balladur fin 1994 montre qu'à chaque fois la campagne électorale a joué son rôle.
Cote de confiance de Valéry Giscard d'Estaing entre janvier 1979 et mai 1981 (source Sofres-Figaro Magazine)
Cote de confiance de Raymond Barre entre novembre 1978 et mai 1981 (source Sofres-Figaro Magazine)
Cote de confiance de François Mitterrand entre février 1986 et avril 1988 (source Sofres-Figaro Magazine)
Cote de confiance de Jacques Chirac entre avril 1986 et mai 1988 (source Sofres-Figaro Magazine)
Cote de confiance de Edouard Balladur entre avril 1993 et mai 1995 (source Sofres-Figaro Magazine)
Les pronostics pour la présidentielle sont aujourd'hui d'autant plus difficiles que le rapport de force entre les différents protagonistes est nettement moins stable que lors des précédentes élections. Jacques Chirac et Lionel Jospin sont au coude à coude dans les intentions de vote publiées par les différents instituts. A part pour la Sofres, où Jospin a toujours devancé Chirac depuis février 2001, mais dans des proportions si faibles que l'on reste dans les marges d'erreurs relatives à ce type d'enquête, les courbes des deux candidats se croisent régulièrement.
Intentions de vote Ipsos entre mars 2000 et juin 2001
Intentions de vote CSA entre janvier 2000 et septembre 2001
Intentions de vote BVA entre juillet 1999 et octobre 2001
Intentions de vote Sofres entre février et juin 2001
Pour l'heure donc, comme le soulignait Alain Juppé, 'rien n'est joué, on ne peut rien dire'. Notons toutefois que ce constat est un soi une information, la perception positive pour la majorité des Français du bilan gouvernemental, la médiatisation des affaires mettant en cause Jacques Chirac auraient pu laisser supposer à une nette avance de la gauche. Les intentions de vote enregistrées depuis 1999 montre que cela n'a jamais été le cas.
Si les Français font aujourd'hui majoritairement confiance au gouvernement Jospin (la situation était plus difficile pour les gouvernements précédents), qu'ils ont toujours majoritairement confiance dans l'évolution de leur niveau de vie, ils marquent à présent une certaine défiance face aux problèmes de l'emploi et plus encore de la sécurité. Ces deux derniers thèmes constitueront sans nul doute les enjeux majeurs de la campagne électorale à venir. Les réponses proposées par les candidats sur ces points seront déterminantes au moment du vote
Neuf indicateurs, neuf niveaux de confiance
Aux précédents scrutins présidentiels, l'offre de candidats proposés aux Français était à l'automne nettement plus large. En septembre-octobre 1980, Giscard d'Estaing, Chirac, Mitterrand et Marchais passaient tous la barre des 10% dans les intentions de vote publiées par les différents instituts. A l'automne 1987, Barre, Chirac, Mitterrand et Jean-Marie Le Pen dépassaient régulièrement ce seuil. En 1994, c'était aussi le cas pour Delors, Chirac, Balladur et Le Pen. La situation actuelle est très différente. Le Pen ne franchit pas pour l'instant les 10% d'intentions de vote, mais le choc consécutif aux attentats du 11 septembre pourraient faire progresser son score. Parmi les challengers déclarés aux deux têtes de l'exécutif, c'est aujourd'hui Jean-Pierre Chevènement qui semble le mieux placé. Le député-maire de Belfort fait parti des leaders politiques les plus appréciés des Français. Les préoccupations d'ordre et de sécurité, ravivés par les attentats aux Etats-Unis, soutiennent la popularité de l'ancien ministre de l'intérieur. Chevènement a d'ailleurs progressé de dix-huit points en terme de jugements favorables au sein de l'électorat de gauche entre les deux dernières vagues du baromètre politique Ipsos-Le Point.
La popularité de Jean-Pierre Chevènement depuis 1997 (source: Ipsos - Le Point)
La popularité de Jean-Pierre Chevènement depuis 1997 au sein de l’électorat de gauche (source: Ipsos - Le Point)
La popularité de Jean-Pierre Chevènement depuis 1997 au sein de l’électorat RPR-UDF-DL (source: Ipsos - Le Point)
Pour autant, les enquêtes d'opinions semblent indiquer que l'on se dirige inéluctablement vers un affrontement Chirac-Jospin au second tour. Le charisme de Chirac, la stature relative à sa fonction de Président en exercice lui confère un avantage sur le plan de la personnalité. Jacques Chirac a aujourd'hui retrouvé de très hauts niveaux de popularité. Très largement soutenu dans son propre camp; il obtient à nouveau une majorité de jugements favorables auprès des électeurs de gauche.
La popularité de Jacques Chirac depuis 1997 (source: Ipsos - Le Point)
La popularité de Jacques Chirac depuis 1997 au sein de l’électorat RPR-UDF-DL (source: Ipsos - Le Point)
La popularité de Jacques Chirac depuis 1997 au sein de l’électorat de gauche (source: Ipsos - Le Point)
Si le jour du scrutin, les Français privilégient le terrain du bilan politique, les choses sont plus incertaines. Même si le bilan du gouvernement est toujours majoritairement apprécié, le dernier baromètre politique Ipsos-Le Point montre que la position de Lionel Jospin est aujourd'hui fragilisée. Au sein de la gauche plurielle, d'une part, il recueille pour la première fois une majorité d'avis défavorables chez les sympathisants communistes ; sa popularité a aussi baissé ces derniers mois au sein de l'électorat écologiste. D'autres part, les mauvais chiffres du chômage publiés dernièrement, les fortes préoccupations des Français concernant la sécurité pourraient également ternir son bilan dans l'opinion.
La popularité de Lionel Jospin depuis 1997 (source: Ipsos - Le Point)
La popularité de Lionel Jospin depuis 1997 au sein de l’électorat de gauche (source: Ipsos - Le Point)
La popularité de Lionel Jospin depuis 1997 au sein de l’électorat communiste (source: Ipsos - Le Point)
La popularité de Lionel Jospin depuis 1997 au sein de l’électorat écologiste (source: Ipsos - Le Point)
La popularité de Lionel Jospin depuis 1997 au sein de l’électorat RPR-UDF-DL (source: Ipsos - Le Point)
On assiste enfin depuis deux ans à une assez nette détérioration de l'image du parti socialiste dans l'opinion. Aujourd'hui, le PS, l'UDF et le RPR sont jugés favorablement par une proportion similaire de Français, ce qui était loin d'être le cas il y a quelques mois. Le PS est même actuellement moins populaire que le RPR chez les Français aux revenus les plus modestes.
L’image du PS, de l’UDF et du RPR (source: Ipsos - Le Point)
L’image du PS, de l’UDF et du RPR parmi les Français de niveau revenus modestes (source: Ipsos - Le Point)
Pour incertaine qu'elle soit actuellement, l'issue du scrutin dépendra donc pour beaucoup du discours électoral tenu par les candidats, et des réponses apportées pendant la campagne aux questions de sécurité et d'emplois, devenues aujourd'hui les préoccupations principales des Français.
Les préoccupations des Français 1997 vs 2001 (Source : Ipsos-Tendances des Opinions Publiques Européennes)