Réalisme et volontarisme : couple infernal ou salvateur
A l’occasion de la 22ème journée du livre politique, organisée par Lire la Société, Brice Teinturier, Directeur Général Délégué d’Ipsos France, donne son point de vue sur le thème de cette manifestation : « Entre contrainte et volontarisme, quel rêve français ? »
Le refus de se soumettre au réel et à ses lois - ou prétendues telles - est le moteur de l’humanité. La civilisation suppose de croire en la possibilité d’un monde différent et meilleur, d’être capable de l’imaginer en s’extrayant des contraintes du moment, et de faire de cette croyance et de cette vision un mouvement partagé. Parfois, et c’est en partie le cycle actuel, la demande de repères et de préservation de ce qui est ou a été vient écraser ou tempérer l’exigence de changement. Mais ce dernier reste malgré tout le levier essentiel de la politique et de ce qui fonde son attractivité.
La crise du politique survient quand il n’est plus possible de se projeter de manière crédible dans un avenir différent et meilleur. Quand le volontarisme devient une incantation stérile. Quand le réel semble réimposer des lois qu’on aurait voulu ignorer et que la crise du résultat est là pour le prouver.
L’enjeu central, c’est donc d’identifier ce qui est réel et intangible et ce qui relève d’un moment historique, d’une construction sociale ou d’une situation économique. Rien de plus idéologique et de plus régressif ou naïf par conséquent que cet appel au « pragmatisme », « au réel », comme si ce dernier se donnait à voir dans une sorte d’immédiateté où le sens des choses serait instantanément et naturellement révélé. Mais tout aussi magique et infantile est la pensée qui ferait de la raison spéculative et de la seule volonté le moteur de l’histoire.
Le leader crédible est donc celui qui est capable d’identifier et de faire partager cette zone qui sépare le possible et le souhaitable. Le fou la nie. Le démagogue l’instrumentalise.
Les Français, quant à eux, sont rarement dupes.