Reflux de popularité de la classe politique

Presque tous les leaders politiques voient leur cote de popularité reculer dans la vague de janvier du baromètre de l’action politique Ipsos-Le Point. Même la progression de Nicolas Sarkozy marque un coût d'arrêt, du fait de jugements plus sévères chez les ouvriers et dans les foyers modestes. Par ailleurs, plus aucun parti politique n'obtient la confiance d'au moins un Français sur deux.

Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs
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Malgré une année 2003 "de tous les dangers" (tensions internationales en Irak et en Côte d’Ivoire, reprise économique qui se fait toujours attendre, réforme des retraites) et une conjoncture difficile (critiques sur les moyens mis en oeuvre pour lutter contre la marée noire et prévenir les conséquences des chutes de neige), les Français manifestent toujours une forte confiance dans l’action du couple exécutif.
Avec 61% d’opinions favorables (stable par rapport au mois dernier), Jean-Pierre Raffarin reste très proche de son record de popularité enregistré en novembre dernier (63%).
Jacques Chirac connaît en revanche une légère érosion des bonnes opinions (58%, -2 points par rapport à décembre et –4 points depuis novembre). Celle-ci est surtout sensible auprès des bas revenus (-9 points) et des ouvriers (-7 points). Ces derniers portent désormais un jugement majoritairement négatif (48% contre 43%) sur l’action du président de la République.

Coup d’arrêt à la progression de Nicolas Sarkozy

Depuis septembre, la popularité de Nicolas Sarkozy n’avait cessé de progresser pour culminer à 67% le mois dernier (seul Bernard Kouchner, lors de sa mission au Kosovo, avait fait mieux depuis la création du baromètre).
Janvier 2003 marque un coup d’arrêt à cette évolution puisque le ministre de l’Intérieur obtient 61% de jugements favorables, soit un recul de 6 points. Tout comme pour le président de la République, c’est auprès des ouvriers et des bas revenus que l’on observe les baisses les plus spectaculaires (respectivement –12 et –17 points). Sur le plan politique, les sympathisants de gauche se déclarent à nouveau majoritairement mécontents de l’action de Nicolas Sarkozy.
Le ministre de l’Intérieur reste toutefois la personnalité politique préférée des Français devant Bernard Kouchner, Bertrand Delanoé et Jack Lang.

Trois autres ministres, directement concernés par l’actualité de ces derniers jours, subissent également une baisse notable de popularité ce mois-ci :
- François Fillon (28%, -6 points), semble victime du rejet par les salariés et les retraités d’EDF-GDF de l’accord sur la réforme de leur régime de retraite alors même que cette négociation avait été présentée comme un modèle pour la future réforme générale des retraites ;
- Roselyne Bachelot (31%, -4 points), subit le double feu de ceux qui dénoncent une dramatisation des conséquences de la marée noire et de ceux qui se plaignent du manque de moyens pour lutter contre la pollution ;
- Michèle Alliot-Marie (41%, -4 points), se voit peut être reprocher par l’opinion les risques encourus par les forces françaises en Côte d’Ivoire.
Mais, plus qu'un réel mécontentement, ces évolutions traduisent plutôt une inquiétude, une interrogation de l’opinion vis à vis de l’action future du gouvernement sur un certain nombre de dossiers (Irak, retraites, marée noire).
En effet, les baisses de popularité enregistrées ne s’accompagnent pas d’une hausse comparable des jugements défavorables, mais avant tout d’une progression importante du niveau de sans réponse (+8 points pour François Fillon, +6 points pour Michèle Alliot-Marie).

Dominique de Villepin et Dominique Perben, testés pour la première fois, souffrent comme l’ensemble des autres ministres - à l’exception de Nicolas Sarkozy et de Michèle Alliot-Marie - d’un manque de notoriété. Un Français sur deux se déclare incapable de se prononcer sur l’action du ministre des Affaires Etrangères, pourtant sur le devant de la scène médiatique avec les dossiers ivoirien et irakien ; les deux tiers des personnes interrogées n’ont pas d’avis sur le Garde des Sceaux, dont l’action apparaît complètement éclipsée par celle du ministre de l’Intérieur.

Dans ce baromètre orienté à la baisse, Dominique Strauss-Kahn est la seule personnalité dont la popularité progresse de façon notable ce mois-ci (38%, +3 points). Sa prestation lors de l’émission "100 minutes pour convaincre" lui permet de remonter de la 19ème à la 8ème place du baromètre des personnalités politiques.


François Bayrou et l’UDF ne confirment pas

La victoire de Christian Blanc lors de l’élection législative partielle dans les Yvelines s’était traduite le mois dernier par une forte progression de l’image de l’UDF et de celle de son leader. L’embellie aura été de courte durée. Avec 47% de jugements favorables, l’UDF perd 7 points tandis que François Bayrou recule de 6 points (49% de bonnes opinions).

Victime du contrecoup de cette même élection partielle, Alain Juppé (37% de jugements favorables, stable) regagne une partie du terrain perdu le mois dernier auprès des sympathisants de droite pour se hisser au même niveau de popularité que son alter ego de l’UDF (60% de jugements favorables, +6 points contre 61%, -5 points pour François Bayrou).

D’une manière générale, les partis politiques ne trouvent guère grâce aux yeux des Français en ce début d’année. Aucun d’entre eux n’obtient la confiance d’au moins un Français sur deux.
Après une baisse de 7 points en décembre, l’UMP recule encore d’un point à 46% même s’il convient de noter que les opinions négatives passent de 40% à 35%.
Avec 49% de jugements favorables (-1 point), les Verts redeviennent le parti politique préféré des Français, qui ne semblent pas trop leur tenir rigueur du spectacle donné lors de leur congrès. Depuis juillet 1999 et l’entrée des Verts dans notre baromètre, ce n’est cependant que la seconde fois qu’ils n’obtiennent pas la confiance d’au moins la moitié des personnes interrogées.

Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs

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