Réforme des retraites et emploi des seniors : l’impossible alchimie?

Repousser l’âge légal de départ à la retraite à plus de 60 ans ? Près d’un salarié sur deux accepte cette perspective et la majorité des chefs d’entreprise y est favorable. Travailler dans de bonnes conditions après 60 ans ? Chefs d’entreprises et salariés n’y croient pourtant pas et jugent difficile de maintenir en activité les seniors dans leur entreprise.Ce pessimisme commun sur l’évolution de l’emploi des seniors ne doit pas néanmoins être interprété comme le signe d’une convergence de vue plus générale quant au diagnostic de la situation économique et sociale. La deuxième vague de l’Observatoire Social de l’Entreprise Ipsos – Cesi – Liaisons Sociales – BFM montre au contraire que salariés et dirigeants n’ont plus la même perception de la crise et de ses effets, et leurs avis divergent quant à l’imminence de la reprise. Les salariés ont le sentiment que le gros de la crise est passé, mais les chefs d’entreprise ne partagent pas leur optimisme. Le climat social se tend et les désaccords pourraient se cristalliser autour de la question des salaires.

Auteur(s)
  • Etienne Mercier Directeur Opinion et Santé - Public Affairs
  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Public Affairs
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Observatoire Social de l’Entreprise 2010 – principaux enseignements

Si la majorité des chefs d’entreprise (59%) considère qu’il faut fixer l’âge légal de départ à la retraite à plus de 60 ans pour assurer l’avenir du régime, ils estiment pourtant majoritairement (61%) qu’un salarié ne peut rester en activité dans de bonnes conditions (pour lui et l’entreprise) au delà de 60 ans.

Près d’un salarié sur deux accepte que l’on repousse l’âge légal de départ à la retraite au delà de 60 ans.
Près de la moitié des salariés juge qu’il est indispensable d’augmenter l’âge légal de la retraite (44%) et d’allonger le nombre d’années de cotisations des salariés (45%).
D’ailleurs, 48% situent l’âge légal nécessaire pour assurer l’avenir du régime au delà de 60 ans. Chez les cadres, cette proportion s’élève même à 72%, alors que seule une minorité d’ouvriers est prête à envisager cette perspective (35%).
Pourtant, les salariés, eux aussi (et toutes CSP confondues), sont une large majorité (77%) à penser qu’ils ne pourront rester en activité dans de bonnes conditions pour eux et l’entreprise après 60 ans.

La majorité des chefs d’entreprise comme des salariés estime que le maintien en activité des salariés au-delà de 60 ans est difficile (respectivement 57% et 68%). Plus d’un chef d’entreprise sur 4 l’estime même « très difficile » (26%). C’est dans le secteur de la construction que le maintien à l’emploi des seniors est perçu comme le plus ardu par les chefs d’entreprise : 72% le jugent difficile (contre 45% dans les services). Ces disparités entre secteurs, qui renvoient à la pénibilité et au caractère physique du travail, se retrouvent chez les salariés : ce sont les ouvriers qui considèrent le maintien à l’emploi des plus de 60 ans le plus difficile (80%, contre 47% des cadres).

Par conséquent, près de deux salariés sur trois considèrent qu’il faut attendre que les entreprises aient mis en place des dispositifs permettant de favoriser le maintien de l’emploi des seniors avant de réformer le système des retraites (66%). Pourtant, à l’heure actuelle, seuls 13% des employeurs disent avoir mis en place un dispositif de transmission de compétences des seniors (54% des entreprises de 50 salariés et plus), 14% à avoir mis en place un dispositif d’aménagement des fins de carrières (41% des 50 salariés et plus) et seulement 8% à avoir appliqué un plan d’action unilatéral, un accord de branche ou d’entreprise (55% des 50 salariés et plus).

Les salariés sont peu confiants dans des éventuels progrès en matière d’emploi des seniors : 61% d’entre eux ne pensent pas que le taux d’emploi des seniors au sein de leur entreprise va augmenter au cours des 5 prochaines années.

La conjoncture quant à elle reste peu propice à une embellie sur le front de l’emploi en général. Certes les chefs d’entreprise se montrent légèrement moins pessimistes sur la santé de leur entreprise pour les 6 prochains mois (23% anticipent une baisse d’activité, contre 34% en août dernier), mais ils tablent avant tout sur la stabilité de la situation actuelle (52%) et peu sur la croissance (18%).

D’ailleurs les chefs d’entreprise reportent encore le moment de la reprise : en moyenne, ils ne la voient pas intervenir avant 14 mois (ils anticipaient une reprise sous 13 mois en moyenne en août dernier). Les industriels sont particulièrement pessimistes : ils ne l’envisagent que dans 19 mois en moyenne. Les salariés se montrent plus optimistes et confirment plutôt leur prédiction d’août 2009 : ils la situent dans 8 mois en moyenne (contre 11 mois précédemment).

Sur la majorité des indicateurs économiques et sociaux, les entrepreneurs ne prévoient aucune amélioration dans les 6 prochains mois : 24% d’entre eux restent pessimistes quant au maintien de l’emploi dans leur entreprise. Leur optimisme recule même par rapport au mois d’août dernier en ce qui concerne le développement économique de leur secteur d’activité (46% ; -4 points), l’augmentation des salaires ou du pouvoir d’achat des salariés (32% ; -4 points) et la capacité à embaucher (23% ; -4 points).

Le moral des salariés est quant à lui en très légère progression : 78% sont désormais optimistes quant au maintien de l’emploi dans leur entreprise (+1 point) ; 58% quant au développement économique de leur secteur d’activité (+2 points) ; 34% quant à la capacité à embaucher de leur entreprise (+4 points). L’unique point sur lequel l’optimisme des salariés se dégrade est l’augmentation des salaires ou du pouvoir d’achat (20% d’optimistes soit -2 points).

Les divergences entre salariés et chefs d’entreprise quant au diagnostic de la situation économique et sociale commencent à apparaître.
La question du stress apparaît notamment comme un sujet sur lequel chacun a un point de vue opposé :
elle suscite le pessimisme de 59% des salariés mais l’optimisme de 64% des chefs d’entreprise.
Par ailleurs, le pacte social conclu autour du maintien de l’emploi semble se lézarder alors que les salariés ont le sentiment que le gros de la crise est passé. Les désaccords pourraient se cristalliser autour de la question des salaires, désormais principale préoccupation des salariés avec le maintien de l’emploi. La majorité d’entre eux considère en effet qu’en matière de rémunérations, la situation est mauvaise dans leur entreprise (53%). Dans ce contexte, la perception du climat social se dégrade selon les salariés comme les entrepreneurs (-8 points). D’ailleurs, si un mouvement social se développait au sein de leur entreprise, plus d’un salarié sur deux aurait envie d’y participer (51% ; +3 points).


Fiche technique :

SONDAGE EFFECTUE POUR : CESI en partenariat avec Liaisons sociales et BFM

DATES DU TERRAIN : Du 4 au 16 mars 2010

ECHANTILLONS :

Les salariés

1 000 salariés du secteur privé:
Echantillon représentatif de la population des salariés du secteur privé en termes de sexe, d’âge, de catégorie de commune et de région.
L’échantillon a été raisonné en fonction de la catégorie socioprofessionnelle (250 cadres, 250 professions intermédiaires, 250 employés, 250 ouvriers).
Lors du traitement des résultats, chaque catégorie a été remise à son poids réel afin d’assurer la représentativité des résultats.

Echantillon interrogé par internet

Les chefs d'entreprise

400 chefs d'entreprise :
L’échantillon a été raisonné pour disposer non seulement de dirigeants de petites structures mais aussi de structures plus importantes (150 chefs d’entreprise de 1 à 9 salariés; 50 de 10 à 49 salariés; 50 de 50 à 99 salariés; 50 de 100 à 249 salariés; 50 de 250 à 499 salariés; 50 de 500 salariés et plus).
L’échantillon a également été raisonné en fonction du secteur (100 chefs d’entreprise par secteur).
Lors du traitement des résultats, chaque catégorie a été remise à son poids réel afin d’assurer la représentativité des résultats.

Echantillon interrogé par téléphone

Auteur(s)
  • Etienne Mercier Directeur Opinion et Santé - Public Affairs
  • Amandine Lama Directrice de Clientèle, Département Politique et Opinion, Public Affairs

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