Regain de popularité pour l’exécutif

La cote de Jacques Chirac et de Lionel Jospin progresse dans les dernières enquêtes d’opinion grâce à un climat d’ ' union nationale '.

Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs
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En cette fin février 1998, le couple cohabitant à la tête de l’Etat jouit d’une embellie dans l’opinion. La cohérence des positions de Jacques Chirac et de Lionel Jospin face à la crise irakienne ou aux violences corses est génératrice d’une sorte de climat d’ " union nationale " profitable aux deux chefs de l’exécutif. Chacun y trouve son compte. Le président de la République s’affirme à la fois comme le leader de la droite et comme un chef d’Etat doté à nouveau d’une large popularité. Quant au premier ministre, il échappe à la spirale de l’impopularité dans laquelle le mouvement des chômeurs aurait pu l’entraîner.

Les dernières enquêtes convergent vers une forte hausse de la popularité des deux principaux personnages de l’Etat après la période difficile du mois de janvier. Le dernier baromètre BVA-Paris Match (1) montre que Chirac gagne sept points en un mois : avec 54% de " bonnes opinions " et 35% de " mauvaises ", il retrouve ses sommets de popularité des deux premiers mois de son septennat. Chirac enthousiasme désormais les sympathisants du RPR (91% d’opinions favorables) et, dans le même temps, parvient à s’attirer les bonnes grâces d’une majorité (51%) des sympathisants socialistes. L’enquête Ifop-Journal du Dimanche (2) révèle une forte hausse - de neuf points - de la cote de satisfaction du chef de l’Etat. Là aussi, avec 54% des " satisfaits " contre 33% de " mécontents ", Chirac renoue avec ses meilleurs jours comme président. Selon le sondage CSA-la Vie-France Info (3), le taux de confiance de l’hôte de l’Elysée bondit de onze points : 53% contre seulement 34% de " défiance ".

La meilleure santé des deux chefs de l’exécutif n’est pas tout à fait symétrique. La dernière enquête du baromètre IPSOS-le Point indique significativement que Jacques Chirac double Lionel Jospin. Pour la première fois dans cette troisième cohabitation, la cote de popularité du président de la République dépasse celle du Premier ministre. En un mois, le chef de l’Etat gagne sept points d’opinions favorables et en perd autant de défavorables. Son solde positif atteint désormais dix-huit points alors que le chef du gouvernement doit se contenter d’un solde positif de seulement cinq points.

Le président de la République, qui n’avait pas été favorablement apprécié par une majorité absolue (54%) de Français depuis belle lurette, profite à la fois des difficultés rencontrées par le gouvernement et de son rôle réaffirmé de chef de file de la droite. La position de donneur de leçon, qui est devenue celle de l’hôte de l’Elysée en situation cohabitationniste, est particulièrement rentable lorsque Matignon se trouve aux prises avec une situation délicate, comme ce fut le cas lors de la mobilisation des chômeurs. Par ailleurs, les récentes assises du RPR ont manifesté, de manière éclatante, l’emprise persistante de Chirac sur le mouvement qu’il a créé en 1976 et qui continue à dominer la droite française. La cote du président progresse ainsi particulièrement chez les sympathisants UDF et RPR, mais aussi dans une fraction de l’électorat socialiste déboussolée par les choix gouvernementaux. C’est, au demeurant, dans les catégories sociales traditionnellement conservatrices, comme les artisans, commerçants, chefs d’entreprise et cadres supérieurs, que Chirac renforce le plus nettement ses positions. Les enquêtes BVA et Ifop, plus récentes, ajoutent que le président de la République a reconquis une image consensuelle.

La situation de Jospin est moins brillante, mais le Premier ministre a finalement su limiter les dégâts après la période difficile qu’il a vécu pendant le mouvement des chômeurs. L’enquête du baromètre IFOP-Journal du Dimanche (4) réalisée en pleine crise, au moment où le chef du gouvernement tentait de s’expliquer à la télévision, lui avait, pour la première fois, attribué une popularité négative : 42% de " satisfaits de Lionel Jospin comme Premier ministre " contre 46% de " mécontents ".

La crise passée, les Français sont moins sévères. Jospin regagne cinq points selon BVA, avec 54% de " bonnes opinions " et 36% de " mauvaises ". Selon l’Ifop, le premier ministre progresse de huit points : 50% de " satisfaits " désormais contre 38% de " mécontents ". D’après CSA, il gagne huit points : 52% de " confiance " et 38% qui la lui refusent.

Le chef du gouvernement ne perd que trois points d’opinions favorables au dernier baromètre Ipsos-le Point. La gêne éprouvée par le gouvernement de gauche à répondre à ce mouvement social n’a que temporairement écorné son image. La chute de popularité de Jospin fut marquée chez les sympathisants communistes et écologistes, mais aussi dans la mouvance UDF. Le Premier ministre céda à la fois sur sa gauche et sur sa droite. C’est également vrai au plan sociologique avec des reculs qui touchent fortement tant les employés que les travailleurs indépendants. Le débat parlementaire sur les 35 heures a pu mécontenter une fraction de l’électorat modéré enclin, jusqu'à présent, à une certaine indulgence à l’égard du chef du gouvernement. Huit mois après son arrivée au pouvoir, Jospin a vu fondre son matelas de popularité, sans connaître toutefois les affres du désaveu public.

Mais les évolutions de ces dernières semaines lui ont permis de rétablir sa popularité grâce à une conjoncture plus favorable. Après coup, une certaine fermeté dans le traitement du mouvement de chômeurs a pu, comme le note Jean-Luc Parodi, conseiller pour les études politiques de l’Ifop, être mis au crédit de Jospin. Contrairement à ce qu’espéraient ses adversaires, le premier ministre n’a pas été durablement déstabilisé par cette crise sociale qui touchait pourtant au problème le plus aigu de la société française, le sous-emploi chronique.

(1) 947 personnes interrogées du 19 au 21 février.
(2) 1832 personnes interrogées du 12 au 20 février.
(3) 1003 personnes interrogées les 20 et 21 février.
(4) 1863 personnes interrogées du 15 au 23 janvier.

Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs

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