2nd tour Régionales : comprendre le vote des Français

​​​​​​​Le premier tour des élections régionales 2021 a été marqué par un niveau d'abstention historique, le plus fort jamais enregistré sous la Ve République, hors référendum sur le passage du septennat au quinquennat en 2000. L'enquête Ipsos/Sopra Steria réalisée à la veille du second tour revient a posteriori sur cette démobilisation massive du corps électoral, interroge les Français sur les gagnants et les perdants du 1er tour, et se projette sur l'après scrutin, avec la Présidentielle 2022 en point de mire.

L'abstention au premier tour

Deux électeurs sur trois ne sont pas allés voter au premier tour des Régionales. C'est historique, mais la majorité (63%) des Français ne s'est pourtant pas déclarée surprise par un tel niveau d'abstention. D'ailleurs à peine 5% des abstentionnistes "regrettent vraiment de ne pas être allés voter" compte tenu de ce niveau record, pour 23% qui le regrettent "un peu", 29% "pas vraiment" et 43% "pas du tout". Et seuls 30% de ceux qui ne se sont pas déplacés avaient "un moment envisagé d'aller voter". Au final, la plupart des abstentionnistes l'ont fait sans état d'âme.

A choisir dans une liste trois raisons principales de bouder les urnes, ils citent le plus souvent le fait "qu'ils n'avaient pas la tête à aller voter, qu'ils avaient d'autres préoccupations, envie de faire autre chose" (32%), mais pointent également un problème d'offre politique, nationale quand il s'agissait de "manifester son mécontentement à l'égard des hommes politiques en général" (28% de citations), ou locale, "aucune liste ou aucun candidat ne me plaisait, ou je ne les connaissais pas" (22%), "ces élections ne m'intéressent pas" (22% également). En comparaison, le refus de se rendre dans un bureau de vote "par crainte du coronavirus" est moins souvent cité (15%).

La tonalité d'ensemble des raisons évoquées par les abstentionnistes ne présageait donc pas d'un véritable sursaut participatif au second tour. De fait, elle n'a baissé que d'un point pour atteindre 65,7% selon notre estimation Ipsos/Sopra Steria de 18h25, ce qui constitue un nouveau record, pour un second tour des Régionales. L'ordre de grandeur - deux tiers d'abstention - reste le même qu'au premier tour, tout comme les raisons principalement citées : mécontentement par rapport à l'offre politique nationale et régionale, méconnaissance de l'institution régionale et de ses acteurs, manque d'intérêt pour le scrutin et faiblesse des enjeux.

 

Bilan du 1er tour

Même privé des deux tiers des électeurs, le 1er tour a bien eu lieu, pour lequel les Français retiennent la performance électorale de la droite. Ainsi, parmi les candidats potentiels à la présidentielle 2022, Xavier Bertrand sortirait "renforcé" du 1er tour pour 48% des Français et 76% des sympathisants LR. A un degré moindre, le scrutin aurait aussi profité à Laurent Wauquiez (qui sort renforcé du premier tour pour 37% des Français et 64% des sympathisants LR) et Valérie Pécresse (39% / 63%). Pour toutes les autres personnalités testées, qui certes ne participaient pas directement au scrutin, les jugements sont plus sévères y compris chez leurs sympathisants : 27% des proches du RN jugent Marine Le Pen "affaiblie" au sortir du premier tour (pour 50% "renforcée"), 40% des proches de LREM sont du même avis concernant Emmanuel Macron (pour 23% "renforcé"), 32% des sympathisants FI en pensent autant de Jean-Luc Mélenchon (pour 38% "renforcé"), 31% des proches du PS jugent également Anne Hidalgo "affaiblie" (pour 18% "renforcée).

Sauf pour la droite, le bilan n'est pas non plus très enthousiaste quand on interroge les Français sur les performances de la formation politique dont ils se sentent proches. Les "bons résultats de la gauche" ne réjouissent que la moitié des sympathisants de gauche (54%), ce qui paraît assez peu comparativement aux trois quarts des sympathisants LR/UDI qui se déclarent satisfaits des "bons résultats de la droite" (74%). Quant aux sympathisants RN et LREM/Modem, deux sur trois se déclarent "déçus" des mauvais résultats de leur parti.

Une dernière question relative à l'entre deux tours, sur le retrait de la liste de gauche de Jean-Laurent Felizia en PACA pour empêcher la victoire au second tour de la liste RN portée par Thierry Mariani, nous renseigne sur la persistance et l'intensité du front républicain dans chaque camp politique. Ce retrait de liste pour faire barrage au RN ne fait pas débat chez les sympathisants LREM (77% jugent que "c'est une bonne chose"), ni chez les proches du PS (une bonne chose pour 70% d'entre eux) et d'EELV (65%), qui se privent pourtant d'élus au Conseil régional. Il est en revanche davantage contesté par les sympathisants FI (49% jugent que c'est "une bonne chose", 25% "une mauvaise chose", 26% "ni l'un ni l'autre") et les sympathisants LR ("une bonne chose" pour 41% d'entre eux, "une mauvaise chose" pour 36%, 23% "ni l'un ni l'autre").

 

L'après Régionales

La page des Régionales tournée, les Français souhaitent-ils que le président de la République et le Gouvernement mettent encore en œuvre des réformes importantes jusqu'à mai 2022 et la fin du quinquennat ? 62% des interviewés y seraient favorables, pour 38% d'avis contraires. On relève une majorité d'avis favorables chez les sympathisants LREM (86%), mais aussi dans l'opposition à la majorité présidentielle, chez les proches d'EELV (70%), du PS (66%) et de LR (57%). Les sympathisants RN (54%) et FI (48%) sont plus partagés, sans qu'on ne relève d'opposition massive. A moins que par nouvelle réforme on entende réforme des retraites, ce qui changerait la donne. "La mise en œuvre de la réforme des retraites avant la fin du quinquennat" est désirée par 73% des sympathisants LREM, mais la majorité des sympathisants LR (53%), PS (59%), EELV (63%), RN (64%) et FI (76%) ne le souhaitent pas. Sur l'ensemble des Français, le rapport de force est de 44% d'avis favorables pour 56% d'avis contraires.

On ne souhaite pas non plus majoritairement "de remaniement dans les semaines qui viennent pour aborder la fin du quinquennat". Un tiers des Français y seraient tout de même favorables, que ce remaniement "soit d'ampleur, en changeant de Premier ministre" (21%) ou "limité, en maintenant Jean Castex" (11%). Un Français sur cinq préférerait au contraire "qu'Emmanuel Macron ne remanie pas et continue avec l'équipe actuelle", mais pour la majorité, "peu importe" (48%).

Quoi qu'il en soit, la Présidentielle 2022 aura lieu dans 10 mois. La mesure d'intentions de vote qui clôt cette enquête confirme que ces Régionales n'auront pas bouleversé le rapport de force électoral. Emmanuel Macron (de 24% à 27% selon les offres électorales testées) et Marine Le Pen (de 24% à 26%) disposent toujours d'une petite avance sur le candidat de droite ; à ce stade, Xavier Bertrand (18%) semble un peu mieux placé que Valérie Pécresse (13%) ou Laurent Wauquiez (13%) pour l'investiture. De leur côté, l'ensemble des forces de la gauche parlementaire totalise 27,5% des intentions de vote, en additionnant les scores de Yannick Jadot (EELV, 10%), Anne Hidalgo (PS, 8%), Jean-Luc Mélenchon (FI, 7%) et Fabien Roussel (PC, 2,5%).


Fiche technique : enquête réalisée en ligne menée par Ipsos auprès d'un total de 1 499 inscrites sur les listes électorales, représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus entre le 25 et le 26 juin 2021.
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