Régionales : le souhait d’une victoire de la gauche
La troisième enquête Ipsos-le Point met en évidence l’avance de la gauche sur l’opposition. Le FN stagne tandis que l’extrême-gauche progresse.
Le scrutin du 15 mars se présente plutôt bien pour la majorité. La troisième enquêté préélectorale Ipsos-le Point, réalisée cette fois-ci sur têtes de listes réelles, montre que la " gauche plurielle " dispose d’une avance substantielle (sept points) sur l’alliance UDF-RPR.
L’équilibre politiques des prochaines élections régionales ressemblerait ainsi beaucoup plus à celui des législatives de juin 1997 qu’à celui des régionales de mars 1992, catastrophiques pour la gauche. Avec 39% d’intentions de vote moyennes, les listes qui se réclament de la majorité actuelle frisent les 40,3% recueillies par les mêmes forces au printemps dernier. La droite parlementaire, elle, ne se relève pas de son échec d’alors. Les 32% dont est créditée la coalition UDF-RPR ressemblent singulièrement à ses 31,5% de 1997.
Les " souhaits de victoire " sont en faveur de la gauche avec un écart de six points par rapport à la droite. Un écart qui s’est quelque peu creusé depuis la dernière enquête. Des cadres supérieurs aux ouvriers, toutes les catégories salariées souhaitent majoritairement le succès de l’actuelle majorité. C’est également le cas de toutes les tranches d’âge jusqu’à 44 ans. Relevons enfin que près d’un tiers des sympathisants du FN disent espérer la victoire de la gauche aux régionales.
Un des phénomènes nouveaux que révélera le scrutin du 15 mars sera peut-être l’émergence électorale de l’extrême-gauche. La stratégie unitaire adoptée par le PCF, le PS, les Verts et le MDC ouvre, en effet, un espace pour un vote protestataire de gauche. Les listes situées à la gauche de la gauche gouvernementale sont estimées à 4% environ des intentions de vote. L’extrême-gauche mord notamment chez les 18-24 ans (10%), les ouvriers (8%) ou encore en Ile-de-France (7%). Elle détourne logiquement à son profit une part non négligeable de sympathisants communistes (13%) ou écologistes (6%), sans doute rebutés à l’idée de voter en faveur du pouvoir.
A l’autre bout du spectre politique, le Front national ne semble pas en position d’accroître sa part du gâteau électoral : avec entre 13 et 15% des intentions de vote, il navigue dans ses eaux des régionales de 1992 ou des législatives de 1997. L’extrême-droite garde toujours les mêmes secteurs de force : les ouvriers (31% d’intentions de vote) ou encore le Sud-Est (24%). Les listes CPNT (Chasse, pêche, nature et traditions) lui coûtent sans doute quelques suffrages. Celles-ci conservent leur capital des précédentes régionales et culminent tout naturellement dans le Sud-Ouest (12%).
Le taux de participation constitue une des grandes inconnues de cette élection. Il ne faut sans doute pas croire que 60% des Français sont réellement " intéressés " par ces régionales comme ils le déclarent aux enquêteurs. En tous cas, cet intérêt déclaré se conjugue avec une belle ignorance. A deux semaines du jour J, moins d’un Français sur deux connaît la date exacte des élections régionales. Comme c’était déjà le cas en 1992, une majorité de personnes interrogées pense même que cette compétition se jouera à deux tours de scrutin. La règle du jeu régional (proportionnelle à un tour dans un cadre départemental) demeure visiblement mal connue. Le 15 mars se dérouleront pourtant les troisièmes élections régionales au suffrage universel. Mais ce scrutin aux enjeux difficilement perceptibles reste désespérément le parent pauvre de nos batailles électorales.