Sexualité, amour, désir et sentiments
Ce sondage "pas comme les autres" brosse le portrait nuancé d'une population plutôt satisfaite d'une sexualité dont elle reconnaît qu'elle tient une grande place dans sa vie; une population attachée aux sentiments aussi bien qu'au plaisir, à la satisfaction du partenaire tout autant qu'à la sienne, ayant encore envie d'apprendre et vivant, semble-t-il, plutôt bien sa vie sexuelle et amoureuse.
L'enquête recèle de nombreuses richesses, telles les différences entre hommes et femmes, entre plus jeunes et plus âgés, ainsi que quelques questions inédites, comme un "palmarès des cinq sens" ou le nombre de pensées relatives au sexe qui viennent aux Français au cours d'une journée...
Répondre à des questions sur sa sexualité, c'est toujours se situer dans une tension entre le désir de montrer et le désir de cacher. Et, pour qui s'attache à analyser ces résultats, c'est une forme de jeu de piste qui s'instaure, au milieu des écueils du non-dit, des tabous, du moralement ou du sexuellement correct, pour aboutir, pourtant, à certaines vérités et parfois à certaines découvertes sur la sexualité des Français.
Quand sexe rime avec amour…
Interrogés sur les mots qui leur viennent à l'esprit quand on leur cite le mot "sexe", les sondés évoquent spontanément l'amour, le fait d'être amoureux (52%), bien avant le plaisir (21%) ou le rapport sexuel (8%). Les Français sont-ils fleur bleu, ou établissent-ils un lien intangible entre sexe et amour, eux qui sont plus de 8 sur 10 (80% des hommes et 87% des femmes) à déclarer avoir besoin d'éprouver un sentiment amoureux pour avoir une relation sexuelle ? Une majorité d'entre eux dit en tous cas privilégier, dans l'acte sexuel, les émotions plutôt que le plaisir physique (55% contre 17%).
Une affirmation du désir
Le fait que le sentiment soit jugé plus important que le plaisir physique peut relever d'un système de valeur qui ne préjuge en rien d'un rejet quelconque de la sensualité. Bien au contraire, tout concourt dans l'enquête à une reconnaissance des valeurs liées au plaisir. Le désir au quotidien se révèle, susceptible de s'exprimer en dehors du couple, à l'égard d'amis ou de proches, voire d'inconnus croisés par hasard (ce qui arrive à environ un Français sur deux, plus souvent des hommes que des femmes). Le désir au sein du couple est également affiché et sept Français sur dix nous affirment "qu'avec leur partenaire le désir est toujours aussi fort qu'avant". De cela, les hommes interrogés paraissent d'ailleurs un peu plus certains que les femmes (83% contre 64%).
La sexualité au centre de la vie de l'individu ? Oui et non… élément essentiel de la vie de 12% de nos concitoyens, la sexualité est jugée très importante par 24% et assez importante par 37%. Mais 16% la jugent peu importante et 10% pas importante du tout. Et si 23% jugent insupportable de ne pas faire l'amour pendant plusieurs mois (hommes : 33%, femmes : 14%), 46% estiment cela gênant et 28% pas du tout gênant.
Le sexe dans la tête…
Une question a été posée sur le nombre de fois où les interviewés ont songé à quelque chose ayant à voir avec le sexe au cours de la journée précédant l'enquête. Une question certes difficile, qui fait intervenir des définitions éventuellement différentes et varie sans doute avec les capacités à se souvenir, mais qui produit deux résultats tout à fait intéressants : 43% déclare n'avoir eu aucune "pensée sexuelle" au cours de la journée d'hier; par ailleurs, ce type de pensée apparaît beaucoup plus fréquent chez les hommes (2,5 en moyenne) que chez les femmes (0,9).
Une sexualité satisfaite ?
Nous dit-elle la stricte vérité, cette population qui déclare très majoritairement chercher toujours ou souvent à donner plus de plaisir à son partenaire (78%, contre 15% qui le font rarement ou jamais), qui, à 52%, nous dit chercher toujours ou souvent à surprendre son partenaire, qui semble accorder significativement plus d'importance au plaisir qu'elle donne plutôt qu'au plaisir qu'elle reçoit (44% contre 11%), ou qui préfère nettement que les préliminaires soient "les plus longs possible" plutôt que le contraire ? Toujours est-il que les modes sur lesquels la sexualité des Français s'organise conduit, à les en croire, à une satisfaction pour le moins élevée: 84% estiment que leur partenaire sait les satisfaire pleinement (un peu plus souvent les hommes que les femmes); 81% jugent qu'ils satisfont pleinement leur partenaire (91% d'hommes contre 76% des femmes). A se demander qui sont les 2% d'hommes qui admettent ne pas satisfaire suffisamment leur partenaire…
S'il s'agit de donner une note à sa vie sexuelle, 70% se situent résolument au-dessus de la moyenne, et 44% lui décernent même une note allant de 8 à 10. Difficile d'espérer davantage… Alors comment améliorer encore les choses, si elles peuvent l'être ? On exprime en premier lieu l'attente de rapports sexuels plus fréquents (29%), puis un désir plus important de la part de son partenaire (17%) et des rapports sexuels de meilleure qualité (15%) ; rares sont ceux (3%) qui optent pour davantage de partenaires sexuels.
En apparence satisfaits (d'eux-mêmes, de leur partenaires), les Français ne considèrent cependant pas leur sexualité comme une chose figée et 72% d'entre eux estiment avoir "encore des choses à apprendre".
Parlez-moi d'amour…
La famille est un lieu où le discours sur la sexualité semble avoir été exclu pour une forte proportion de Français. 40% se souviennent avoir parlé en famille des "sentiments amoureux" et 39% de la façon de faire un enfant. Maladies sexuellement transmissibles et moyens de contraceptions n'ont été évoqués que dans un tiers des cas, et "les façons de faire l'amour" par 11%. Encore faut-il souligner le véritable gouffre entre la situation des moins de 35 ans et les générations plus anciennes. Ainsi, la contraception a été évoquée en famille dans 19% des cas parmi les plus de 35 ans, mais dans 60 % des cas en dessous de 35 ans.
La génération des " années sida " a succédé à celle de la "libération sexuelle" ouvrant de plus en plus les familles à un dialogue sur la sexualité, qui ne touche cependant pas l'ensemble de la population, loin de là. Les Français sont ainsi 55% à penser qu'il est indispensable de parler de sexualité à ses enfants, 44% jugeant cela simplement souhaitable; personne ou presque n'affirme plus qu'un tel sujet de discussion n'est pas souhaitable. Des souhaits à la réalité il y a un pas, et beaucoup ne le font pas, les tabous sont toujours présents - peu entre conjoints ou amis, mais avec ses parents surtout : 53% se disent gênés à l'idée de parler de sexualité avec leurs parents.
Y compris au sein du couple, la parole sur la sexualité semble loin d'être tout à fait libérée; un tiers environ seulement de la population dit toujours ou souvent à son partenaire "ce qu'il souhaite qu'il lui fasse". Même si, pour une large majorité de 56%, les discussions avec son partenaire apparaissent le meilleur remède contre une éventuelle baisse du désir.
Les pratiques
Le domaine des pratiques: voilà bien un domaine où le problème de la sincérité des réponses se pose avec une acuité particulière. On remarquera que les pratiques citées sont beaucoup plus souvent reconnues par les hommes que par les femmes. Par ordre décroissant des fréquences, "faire l'amour dès le premier jour" aurait été fait par 30% des hommes, mais seulement 12% des femmes. Des hommes qui sont aussi beaucoup plus nombreux à reconnaître des relations extra-conjugales (24% contre 9% des femmes) ou des relations sexuelles avec des personnes pour lesquelles ils n'éprouvent aucun sentiment (24% contre 8%). Un homme sur cinq déclare avoir eu plusieurs partenaires dans la même période, ce qui est le cas de seulement 9% des femmes. Les relations homosexuelles sont déclarées par 3% des hommes et 1% des femmes.
Rares sont les individus qui déclarent que leur vigilance à l'égard du sida s'est récemment relâchée (3%); pour un quart de la population, elle se serait même renforcée tandis que pour 65% elle n'aurait pas changé.
Les cinq sens et l'amour
Quels sens sont les plus sollicités par l'amour physique, ou sont perçus comme les plus importants par la population ? Une question visait à faire le point sur cet aspect des choses - peut-être pas si anodin que cela, s'agissant de sensualité… On s'en doute, la quasi totalité de la population cite le toucher (86%) parmi les deux sens essentiels ; mais quels sens viennent ensuite ? La vue, tout d'abord, ce sens étant remarquablement plus cité par les hommes (53%) que par les femmes (29%). Celles-ci sont en revanche plus sensibles à l'odorat (19% contre 10% pour les hommes) ou à l'ouïe (16% contre 12%).