Soutien sans "état de grâce" pour le nouvel exécutif
Avec 53% de jugements favorables contre 27% d’avis critiques (20% ne se prononcent pas), on ne peut pas véritablement parler "d'état de grâce" pour l'arrivée de François Hollande à l'Elysée. A titre de comparaison, Nicolas Sarkozy recueillait 64% de bonnes opinions en mai 2007 contre 24% de mauvaises, avec à la fois un soutien plus massif dans son camp (96% d'opinions favorables à droite en 2007 contre 86% pour F. Hollande chez les sympathisants PS aujourd'hui), et une bienveillance supérieure dans l'opposition (33% d'avis favorables chez les proches du PS pour N. Sarkozy en 2007, contre actuellement 21% de bonnes opinions à droite pour F. Hollande).
Pour autant, le nouveau président de la République bénéficie tout de même d'un a priori largement positif, avec un solde d'opinion (différence entre avis favorables et défavorables) de 26 points, quand Chirac en 2002 était par exemple à 0 (autant de bonnes que de mauvaises opinions). Hormis la catégorie traditionnellement très à droite des "artisans, commerçants, chefs d'entreprise", les jugements favorables à l’égard du chef de l'Etat sont largement majoritaires dans toutes les catégories socioprofessionnelles de la population, dans toutes les catégories d'âges, de revenus, et quel que soit le niveau d'études. On mesure jusqu'à 90% de soutien chez ses électeurs de premier tour, 85% dans l'électorat de J.L. Mélenchon, 52% (contre 13% de jugements négatifs) dans l'électorat de F. Bayrou.
Pour son arrivée à Matignon, Jean-Marc Ayrault bénéficie de son côté d'une structure de popularité relativement proche de celle du Président, avec 50% de jugements favorables "sur son action en tant que Premier ministre" contre 17% d’avis critiques (un Français sur trois ne se prononce pas). Sa popularité est un peu en deçà de celle de François Fillon en mai 2007 (60% d'avis favorables contre 24% d'avis contraire), comparable à celle de Jean-Pierre Raffarin en mai 2002 (50% contre 12%), supérieure à celles de Dominique de Villepin en juin 2005 (33% contre 32%) ou de Lionel Jospin en juin 1997 (44% contre 21%). Le Premier ministre bénéficie lui aussi d'une nette majorité de bonnes opinions dans presque toutes les catégories sociodémographiques et professionnelles testées dans notre baromètre.
La tendance est donc à une relative bienveillance pour l'exécutif, mais aussi pour les membres du nouveau gouvernement : +16 points de jugements favorables pour Manuel Valls, +15 points pour Pierre Moscovici, +10 pour Laurent Fabius, +7 pour Benoît Hamon, +6 pour Arnaud Montebourg et Cécile Duflot. Michel Sapin (39% de jugements positifs, contre 19% d’avis négatifs), Vincent Peillon (35% contre 20%) et Christiane Taubira (32% contre 21%) entrent au baromètre avec une bonne image, même s'ils restent relativement peu connus : au moins 40% des Français ne se prononcent pas sur leur action politique.
Le regain de popularité des nouveaux ministres ne leur permet toutefois pas d'atteindre le haut du classement, dominé ce mois-ci par Christine Lagarde (57% de jugements favorables), Alain Juppé (57% également) et Bertrand Delanoë (56%). On constate par ailleurs dans ce peloton de tête la présence de nombreuses personnalités de droite, avec notamment le retour de François Fillon à la quatrième place (55% de bonnes opinions) et de Nicolas Sarkozy, également dans le top 10 (8ème avec 49% d'avis favorables). Toujours sévèrement critiqué à gauche (l'ancien chef de l'Etat ferme la marche du classement établi par les sympathisants socialistes, avec seulement 14% de bonnes opinions), il reste unanimement soutenu dans son camp, occupant la première place du palmarès des sympathisants UMP (95% de jugements favorables). Dernier à gauche, premier à droite, l'ancien Président reste dans l'exception, un tel clivage n'ayant jamais été observé pour aucune autre personnalité testée dans notre baromètre depuis 15 ans.
Bien qu'elle ne soit pas entrée au gouvernement, on notera encore la progression de Ségolène Royal, qui gagne 8 points d'avis favorables sur l'ensemble de l'échantillon (46%), et 11 points chez sympathisants socialistes qui la hissent à la deuxième place de leur palmarès (73% de bonnes opinions), juste derrière Bertrand Delanoë (75%). Martine Aubry fait en revanche exception à la tendance haussière du baromètre, puisqu'elle perd 1 points d'avis favorables sur l'ensemble des Français (46%), et surtout 3 points chez les sympathisants PS, pour rétrograder à la troisième place de leur classement (72% d'avis favorables). Mais c'est François Bayrou qui chute le plus lourdement : en recul de 8 points, il tombe sous les 50% de bonnes opinions (48%). Son soutien à François Hollande au second tour de l’élection présidentielle lui permet pourtant de gagner 4 points à gauche (63% d’avis favorables chez les sympathisants PS) mais lui coûte 27 points à droite, où il ne recueille plus que 30% d’opinions favorables.