Toulon : le passage du Front National à la municipalité laissera peu de traces

Après Lille et Toulouse, le citéscope Ipsos / Libération se penche ce mois-ci sur le cas de Toulon. L'enquête montre que le bilan du mandat municipal de la majorité d'extrême droite est mitigé pour les Toulonnais. La droite républicaine part favorite pour succéder à Jean-Marie Le Chevallier.

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  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs
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Au soir du 18 juin 1995, les résultats du scrutin municipal assomment la droite et la gauche toulonnaises. Avec 37,02% des suffrages, le candidat du Front National Jean-Marie Le Chevallier emporte les élections et succède au controversé Maurice Arreckx, en s'assurant de surcroît une confortable majorité (41 des 59 sièges). Un principe de précaution fit crier la France républicaine au loup. Cinq ans après, l'étude réalisée par Ipsos auprès des électeurs toulonnais montre que le bilan du mandat de la majorité d'extrême droite n'est ni glorieux ni catastrophique.La qualité de vie dans la préfecture du Var est jugée satisfaisante pour les deux-tiers des personnes interrogées, alors qu'un tiers sont d'avis contraires. On constate cependant que, comparativement aux résultats enregistrés à Lille ou à Toulouse, les précédentes villes testées, ce taux de satisfaction est plutôt faible : 83% des Lillois jugeaient en effet la qualité de vie satisfaisante dans leur ville, et 93% des Toulousains étaient de cet avis pour la ville rose.

Plusieurs causes peuvent expliquer ce moindre engouement des Toulonnais pour leur ville. En premier lieu, ils sont majoritairement inquiets de l'avenir économique de Toulon (61%, contre 38% de "confiants"). A Toulouse comme à Lille, la proportion de personnes "confiantes" était largement majoritaire.Ensuite, le mandat de Jean-Marie Le Chevallier ne les a apparemment pas convaincus. Les Toulonnais estiment que les choses se sont "plutôt améliorées depuis cinq ans" sur seulement deux des treize domaines testés, à savoir la propreté de la ville et la vie culturelle. Même pour ces deux secteurs, on est loin du plébiscite puisque le sentiment d'amélioration ne l'emporte que de peu, face à ceux qui estiment plutôt que rien n'a changé ou qui jugent même que les choses se sont détériorées. Qui plus est, il est difficile d'imputer la relative amélioration de la vie culturelle à la seule majorité municipale. En effet, la droite républicaine comme la gauche ont fait de la culture le fer de lance de la lutte contre le Front National, d'où la multiplication d'initiatives, émanant notamment du sénateur et président du conseil général Hubert Falco, ou du ministère de la culture par l'intermédiaire de Catherine Trautmann. En revanche, il est notable de constater que l'impression générale sur la vie culturelle n'est pas à la détérioration, alors même que bon nombre d'artistes ont boycotté les municipalités FN et refusé de se produire à Toulon.

En tout état de cause, le passage du Front National à la municipalité de Toulon n'aura pas bouleversé la ville. Que ce soit pour le logement, la vie associative, l'environnement, les équipements sportifs, les transports, l'emploi ou la pauvreté, à chaque fois, une majorité relative s'accorde à dire que rien n'a changé au cours des cinq dernières années. Même en ce qui concerne la sécurité des biens et des personnes, thème pourtant cher au Front National, 43% des sondés estiment que les choses n'ont pas changé, 28% pensent qu'elles se sont détériorées et 27% améliorées.

Pour autant, la majorité des Toulonnais se dit "satisfaite" du travail accompli par Jean-Marie Le Chevallier (contre 42% de "mécontents"). On retrouve dans la perception du travail du maire le traditionnel clivage gauche/droite : si les proches de la gauche plurielle sont assez largement mécontents, la forte majorité des sympathisants de droite sont en revanche satisfaits.

Pour les Toulonnais, le mandat de Jean-Marie Le Chevallier a surtout été préjudiciable à l'image de la ville, en France et à l'étranger (47%). Près de six Toulonnais sur dix ont ainsi "le sentiment que l'image de Toulon et des Toulonnais dans le reste de la France est mauvaise" (58%, contre 41% d'avis contraires). Ils doivent en souffrir tant ils sont malgré tout attachés à leur ville. Plus d'un tiers d'entre eux ne la quitteraient sous aucun prétexte, et 48% "pourquoi pas un jour", soit un attachement pour leur cité sensiblement supérieur à celui des Lillois ou des Toulousains.

L'implosion de la majorité municipale en quatre courants antagonistes et la rupture entre Le Chevallier et son ancien parti, devraient sonner le glas de la parenthèse frontiste lors des prochaines municipales de 2001. Le FN ne pouvant plus tenir lieu d'exutoire, c'est la droite républicaine qui part favorite pour emporter les élections. Près de quatre électeurs sur dix souhaitent "la victoire d'un candidat de la droite, autre que le maire sortant", alors que 28% penchent pour l'alternance et la victoire d'un candidat de gauche, et 22% seraient favorables à la réélection du maire sortant.

A droite, le sénateur Hubert Falco semble aujourd'hui le mieux placé. Il arrive en tête des personnalités désignées comme "les meilleurs ambassadeurs de la ville, sur le plan politique, économique ou culturel", choisi par 42% des personnes interrogées. Odette Casanova, investie par le PS pour postuler à la mairie, arrive en troisième position (34%) de ce classement, juste derrière l'ex-entraîneur de rugby Daniel Herrero. Par ailleurs, trois personnes sur dix ont désigné Jean-Marie Le Chevallier comme l'un des meilleurs ambassadeurs de Toulon.Jean-Charles Marchiani, autrefois proche du maire sortant et aujourd'hui candidat du Rassemblement pour La France peut faire figure d'arbitre, voire tirer son épingle du jeu dans un scrutin qui s'annonce particulièrement serré, entre une gauche minoritaire et une droite divisée. L'ancien préfet du Var (1995-1997) fait partie des meilleurs ambassadeurs de Toulon pour 19% des sondés.

Quelle que soit son identité, le futur maire aura fort à faire pour satisfaire ses administrés. Il devra prioritairement s'occuper des problèmes de la circulation et du transport (38%), de la sécurité (37%) et du développement économique, les trois dossiers désignés par les électeurs comme étant les plus urgents à régler, tout en veillant au niveau des impôts locaux (en quatrième position, 26%). Les dossiers de "la lutte contre le racisme" ou "des questions d'immigration" apparaissent enfin secondaires aux yeux des toulonnais, et recueillent chacun le même score (16%).

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  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs

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