Tourisme : la crédibilité des compagnies charters ébranlée

Plus de deux ans après les attentats du 11 septembre 2001 qui avaient provoqué la crise la plus importante qu’ait connu le tourisme et le transport aérien, ce secteur encore convalescent risque de traverser une nouvelle zone de turbulences. Guerre en Irak, alertes terroristes, épidémie de la grippe du poulet, crash du Boeing de Flash Airlines en Mer Rouge, renforcement drastique des mesures de sécurité quant à l’accès au territoire américain, le transport aérien mondial vient de connaître plusieurs chocs consécutifs. L'enquête réalisée par Ipsos pour le magazine Bon Voyage fait le point sur la question.

Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs
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Si une majorité de Français a aujourd'hui confiance dans les compagnies aériennes de charters, il n'en reste pas moins vrai que les compagnies régulières ont aujourd'hui leur préférence

De fait, 62% des Français affirment avoir aujourd'hui confiance dans les compagnies charters pour les faire voyager dans de bonnes conditions de sécurité. Malgré la catastrophe de Charm el-Cheikh, il semble donc que la majorité de nos concitoyens ne mettent pas toutes les compagnies de charters « dans le même sac ». Toutefois, le crédit dont elles bénéficient est aujourd'hui très modéré puisque seulement 14% d'entre eux affirment avoir « tout à fait » confiance en elles, les autres ayant « plutôt confiance » en elles (48%). A l'opposé, 30% des Français interrogés expriment leur inquiétude, en affirmant ne pas avoir confiance en elles. Les plus de 35 ans se montrant même plus inquiets que les autres (33% contre 23% pour les moins de 35 ans).

Ce niveau de confiance doit d'autant plus être relativisé que s'ils avaient le choix, la majorité des Français affirme préférer voyager à un prix un peu plus élevé mais avec une compagnie aérienne régulière (56%), plutôt que de voyager à un prix avantageux avec une compagnie aérienne de charter (37%).

Là encore, très logiquement, les plus âgés se distinguent des plus jeunes puisque 60% d'entre eux affichent leur préférence pour les compagnies régulières (contre 49% pour les plus jeunes). Nul doute, que le prix du billet est ici un critère clivant. Les femmes expriment aussi une préférence légèrement plus importante pour les compagnies régulières (58% contre 54% pour les hommes), elles affichent aussi un niveau de confiance moindre dans les compagnies de charters (60% contre 65% pour les hommes).

La création d'un label identifiant les compagnies de charter ayant un niveau de sécurité satisfaisant : une initiative qui rassurerait un peu plus de la moitié des Français

En pleine polémique sur la sécurité des vols « discount », l'initiative du ministre des transports visant à mettre un peu plus d'ordre dans la jungle des Charters rassure aujourd'hui plus d'un Français sur deux. De fait, 52% d'entre eux affirment qu'ils emprunteraient les compagnies charters bénéficiant de ce label.

Quelques semaines après la catastrophe de Charm el-Cheikh, on peut considérer que ce chiffre est plutôt bon. Il n'en reste pas moins vrai qu'une proportion importante de Français ne semble pas aujourd'hui avoir le sentiment qu'il soit possible d'avoir confiance dans la création d'un tel label. Le « gap » du programme européen SAFA explique peut-être pour une part leurs inquiétudes. 29% estiment que cette labelisation n'est pas vraiment rassurante et ne veulent voyager que sur les compagnies de charters dont ils connaissent la bonne réputation, tandis que 14% affirment même qu'il ne les rassure pas du tout et qu'ils n'emprunteront pas de compagnies de charters.

Un contexte international qui risque d'avoir des répercutions sur les destinations touristiques et les habitudes de voyage des Français

En effet, à la lecture des résultats, il semble très probable que les évènements de l'actualité internationale pourraient avoir des conséquences importantes sur les futures itinéraires touristiques des Français et sur la façon dont ils voyagent.

Ainsi, l'Asie du Sud-Est semble en passe de devenir une destination sur laquelle la grande majorité d'entre eux refuse d'aller. Avec l'épidémie de grippe du poulet, 65% des Français estiment que si demain ils devaient se rendre en Asie du Sud-Est, ils annuleraient leur voyage tandis que seulement 33% affirment qu'ils partiraient.

La situation est telle qu'il est aujourd'hui difficile de savoir si les mesures prises pour renforcer la sécurité des voyageurs et les rassurer n'auront pas des effets pervers sur les choix des destinations et sur le transport aérien. Le jeune Français incarcéré aux Etats-Unis pour avoir ironiquement répondu ne pas avoir placé de bombe à une hôtesse, résumait assez bien ce paradoxe à son arrivée à Paris lorsqu'il demandait « Quel est le plus court chemin entre les vacances et la prison ? American Airlines » . La destination Etats-Unis pourrait souffrir d'une application très stricte des mesures de sécurité d'entrée sur le territoire américain : 52% des Français estiment que ces mesures sont excessives et qu'il vaut mieux éviter d'aller aux Etats-Unis actuellement tandis que 45% considèrent qu'elles sont justifiées et que cet incident n'est qu'un dérapage.

En revanche, les risques de répercutions semblent moins importantes sur le choix des compagnies puisque 61% des Français estiment qu'à prix égal, s'ils devaient se rendre aux Etats-Unis, le choix de la compagnie, américaine ou européenne, leur serait indifférent. Ce ne sont donc pas les compagnies aériennes qui semblent être les plus mises en cause mais bien les autorités. Il n'en reste pas moins vrai que 34% affirment qu'ils éviteraient de prendre une compagnie américaine.

Les destinations dont rêvent les Français aujourd'hui

Dans le contexte actuel, nos concitoyens rêvent le plus souvent de s'envoler vers les Caraïbes (Cuba, la République Dominicaine et les Antilles). La destination est citée par 25% des interviewés. L'Océanie arrive en deuxième position et recueille 22% des suffrages.

L'Amérique du Nord arrive en troisième position, citée par 17% des interviewés. Au vu des résultats précédents, on peut se demander si la destination plébiscitée n'est pas plus le Canada que les Etats-Unis. Logiquement, l'Asie du Sud-Est recueille un score très bas (4%), tout comme l'Asie méridionale non touchée par l'épidémie (1%).
Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs

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