Un niveau de confiance dans les médicaments qui se maintient, une défiance vis-à-vis des vaccins qui progresse

C’est dans un climat de polémiques sur le prix des médicaments et l’accès aux traitements que s’est déroulée la 6e vague de l’Observatoire sociétal du médicament. L’enquête dresse un bilan nuancé de la perception et du rapport des Français au médicament. Si le niveau de confiance reste très élevé dans les médicaments, il se dégrade pour les vaccins qui font l’objet d’un scepticisme de plus en plus préoccupant.  

Un niveau de confiance dans les médicaments qui se maintient, une défiance vis-à-vis des vaccins qui progresse

Auteur(s)

  • Luc Barthélémy Directeur de Clientèle, Ipsos Public Affairs
Get in touch

MALGRÉ UNE LÉGÈRE ÉROSION, LE NIVEAU DE CONFIANCE ENVERS LES MÉDICAMENTS DEMEURE TRÈS ÉLEVÉ

84 % des Français ont confiance dans les médicaments. Si le niveau de confiance reste très élevé (- 1 point par rapport à 2015), il se dégrade pour la quasi-totalité des médicaments : médicaments sur ordonnance (88 %, - 5 points), médicaments remboursés (88 %, - 4 points), médicaments de marque (87 %, - 2 points), médicaments non remboursés (74 %, - 1 point) et sans ordonnance (70 %, - 3 points), et vaccins (69 %, - 2 points). Seule l’homéopathie progresse dans l’esprit des Français avec un niveau de confiance en hausse de 2 points à 73 %. Quant aux génériques, ils conservent leur niveau de confiance de 2015 (68 %).

UNE DÉFIANCE VIS-À-VIS DES VACCINS DE PLUS EN PLUS PRÉOCCUPANTE

La baisse n’est pas vertigineuse mais elle est symptomatique. Avec une perte de deux points par rapport à 2015, les vaccins enregistrent le taux de confiance le plus bas (69 %) depuis le lancement de l’Observatoire sociétal du médicament en 2012. Seul un Français sur deux considère aujourd’hui que la vaccination présente plus de bénéfices que de risques. Les perceptions varient d’une génération à l’autre : 63 % des 55 - 59 ans s’accordent pour dire que les vaccins sont plus bénéfiques que risqués. Ils ne sont en revanche que 43 % chez les 25 - 34 ans. Par ailleurs, 40 % des Français sondés déclarent ignorer si leurs vaccins sont à jour.

DES PROFESSIONNELS DE SANTÉ TOUJOURS ÉCOUTÉS MAIS LES LANCEURS D’ALERTE PROGRESSENT

Les professionnels de santé sont toujours considérés par les Français comme les sources d’informations les plus fiables concernant le médicament. Toutefois, qu’ils s’agissent des médecins traitants (93 %, - 2 points), des médecins spécialistes (92 %,  - 4 points), des infirmières (89 %, - 2 points) ou des pharmaciens (88 %, - 2 points), les niveaux de confiance diminuent légèrement par rapport à l’enquête de 2015 et, en matière d’information sur les médicaments, la confiance accordée aux lanceurs d’alerte monte en puissance (69 %, + 24 points).

A noter que les entreprises du médicament chutent de 4 points : seuls 45% des Français leur font confiance en matière d’information sur les médicaments. Elles restent toutefois devant la presse écrite (37 %), la radio (34 %), la télévision (27 %), Internet (24 %) et les hommes politiques (12 %).

RÉPUTATION : LES ENTREPRISES DU MÉDICAMENT AU-DESSUS DE LA MOYENNE

Cette nouvelle vague de l’enquête annuelle du Leem se caractérise aussi par une détérioration de l’image des entreprises en général, quel que soit le secteur au sein duquel elles évoluent. L’impact est toutefois plus violent pour certains secteurs. Encore marquée par le scandale Volkswagen, la construction automobile enregistre ainsi la plus forte baisse (55 %, - 14 points par rapport à 2015). L’agro-alimentaire et la grande distribution enregistrent également une baisse de confiance plus forte que la moyenne (respectivement - 6 et - 5 points par rapport à 2015). Aucun acteur n’est épargné, pas même l’aéronautique qui figure, pour la deuxième année consécutive, en tête du classement (72 % de confiance mais en baisse de 4 points par rapport à 2015). Si les entreprises du médicament sont également touchées (- 6 points par rapport à 2015), elles figurent néanmoins, avec un taux de confiance de 55 %, parmi les acteurs les plus fiables et se hissent pour la première fois sur la 3ème marche du podium, ex-aequo avec les entreprises du secteur automobile.

UTILITÉ, INNOVATION ET EFFICACITÉ : 3 CARACTÉRISTIQUES QUI CORRESPONDENT LE MIEUX AUX ENTREPRISES DU MÉDICAMENT

Malgré une légère baisse, les entreprises du médicament restent très majoritairement perçues comme utiles (85 %, - 2 points), à la pointe du progrès (78 %, - 2 points) et efficaces (71 %, - 5 points). Signe encourageant, elles progressent légèrement sur les items de comportement : les Français les considèrent comme un peu moins opaques même si le chiffre reste important (69 % des Français les jugent opaques, en amélioration de 4 points), plus respectueuses de l’environnement (33%, + 3 points) et de leurs salariés (54 %, + 2 points). Les entreprises du médicament progressent également sur les items d’honnêteté (30 %, + 3 points) et de transparence (19 %, + 1 point) même si les scores restent bas. Un léger regain d’image que l’on retrouve en parallèle à travers l’opinion des Français sur l’encadrement des entreprises de ce secteur : 44 % s’accordent à dire que ces entreprises sont très encadrées par les pouvoirs publics  (+ 3 points par rapport à 2015).

« Malgré un contexte général marqué par un certain nombre de polémiques liées au prix ou encore à l’accessibilité des traitements, les Français réaffirment leur confiance dans les médicaments, analyse Brice Teinturier, Directeur Général Délégué France d’Ipsos. Dans le même temps, la baisse de la confiance vis à vis des figures médicales traditionnelles que sont les médecins (traitants ou spécialistes), les infirmier(e)s ou encore les pharmaciens par rapport aux informations données sur les médicaments peut s’analyser à la lumière de la crise de confiance plus globale à l’égard des autorités et des experts que l’on voit progresser au sein de l’opinion depuis ces dernières années. Les professionnels de santé n’y échappent pas. Ce phénomène est toutefois préoccupant en ce qui concerne les vaccins et les questionnements des Français quant à leur efficacité, voire leur dangerosité. Si l’érosion de la confiance à l’égard des professionnels de santé en ce qui concerne l’information sur les médicaments se confirmait, voire s’amplifiait, qui serait demain à même de combattre efficacement ce mouvement de défiance à l’égard de la vaccination ? »

 « Le médicament reste à un niveau de confiance très élevé malgré une dégradation globale des indicateurs de confiance. Ce bon résultat est malheureusement contrarié par la défiance à l’égard des vaccins qui progresse, souligne Philippe Lamoureux, directeur général du Leem. La France, patrie de Pasteur, est aujourd’hui championne du monde du scepticisme à l’égard de la vaccination (1). La situation est préoccupante. La vaccination est aujourd’hui capable de prévenir 28 maladies infectieuses. En tant qu’acteurs clés du vaccin, les entreprises du médicament sont attachées à ce qu’il reste un outil majeur de prévention des maladies infectieuses graves souvent mortelles : pédagogie, information, concertation avec les autorités de santé, anticipation des ruptures d’approvisionnement… Ce n’est que collectivement que les acteurs de santé - industriels, professionnels de santé, patients et pouvoirs publics - parviendront à restaurer la confiance des Français dans la vaccination. »

(1) Menée, de septembre à décembre 2015, par les chercheurs du Vaccine Confidence Project (Projet confiance dans les vaccins) à la London School of Hygiene and Tropical Medicine, une étude mondiale effectuée auprès de 66 000 personnes originaires de 67 pays, fait apparaître que la France avec 41% de scepticisme (soit trois fois plus que la moyenne mondiale) est championne du monde en matière de méfiance à l’égard de la vaccination.

Fiche technique :
Étude Ipsos pour le Leem, réalisée par Internet entre le 09 et le 16 juin 2016, auprès de 1 000 personnes, âgées de 18 ans et plus.

Téléchargement

Auteur(s)

  • Luc Barthélémy Directeur de Clientèle, Ipsos Public Affairs

Plus de contenus sur Santé

Société