Une France politiquement partagée
Une enquête Ipsos - le Point portant sur les intentions de vote présidentielles et législatives révèle une France très partagée. La droite et la gauche s'équilibrent pour l'essentiel. Ce rapport de forces doit sans doute à la baisse conjoncturelle de popularité enregistrée par Lionel Jospin par rapport à Jacques Chirac.
La France hésite. Les bonnes popularités simultanées de Jacques Chirac et de Lionel Jospin sont déjà un indice de l'ambivalence du corps électoral en cette fin d'hiver 2000. Pour qui les Français voteraient-ils dans l'hypothèse où des élections législatives auraient lieu aujourd'hui ? L'enquête finement menée par Ipsos pour le Point dans les circonscriptions aboutit à cet enseignement riche d'incertitudes : au second tour, 50% des sondés voteraient pour le candidat de gauche et 50% pour celui de droite. C'est dire si le rapport des forces est ouvert à deux ans de l'échéance normale de renouvellement de l'Assemblée nationale. Conformément aux enseignements classiques de la sociologie électorale, la gauche l'emporte chez les hommes, les jeunes, les ouvriers et employés ainsi que dans les tranches de revenus les plus modestes.
Les intentions de vote de premier tour de cette enquête sont également révélatrices de cet équilibre de la "France profonde". L'ensemble des forces de la "gauche plurielle" rassemble 49% des suffrages potentiels. La "droite classique" recueille, quant à elle, 41% des réponses. Reste 10% pour l'extrême-droite, partagés entre 8% pour le FN et 2% pour le MN.
Une virtuelle élection présidentielle donnerait un résultat apparemment plus net. A un théorique second tour d'élection présidentielle, Jacques Chirac dominerait Lionel Jospin par 53% des intentions de vote contre 47%. Cet équilibre sondagier tient beaucoup à la situation relative des deux principaux personnages de l'Etat dans l'opinion. Notons qu'au premier tour, les deux présupposés candidats principaux, l'actuel président de la République et le présent Premier ministre, sont à égalité avec chacun 30% des intentions de vote. Dans le premier round, on observe qu'Arlette Laguiller se situe un point en-dessous de Robert Hue, que le champion des chasseurs Jean Saint-Josse égalise la candidate des écologistes Dominique Voynet ou encore que le "souverainiste" Charles Pasqua écrase le "fédéraliste" François Bayrou.
L'équilibre constaté dans ces intentions de vote n'est pas sans rapport avec une conjoncture plutôt favorable à Chirac et défavorable à Jospin. Selon le baromètre Ipsos-le Point, le chef de l'Etat voit ses jugements favorables progresser de cinq points en un mois. Le président de la République renforce singulièrement ses soutiens à droite. A l'inverse, le Premier ministre ne récupère pas du décrochage enregistré le mois précédent. Avec 56% de jugements positifs, Jospin conserve une adhésion majoritaire, mais qui s'érode d'un point. Les effets cumulés du voyage raté au Moyen-Orient et d'une gestion hésitante du surplus budgétaire ont sensiblement détérioré l'image du chef du gouvernement sans toutefois le faire basculer dans une impopularité imprudemment prédite par certains commentateurs.