Une majorité de régions sera gouvernée par la droite

Dans cinq régions, la droite l’a emporté sur la gauche grâce au renfort du FN. Cette stratégie permettra à l’opposition de continuer à diriger la majorité des régions.

Auteur(s)
  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs
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Entre le vote des électeurs et la désignation des présidents de régions, il y a toute la distance des tractations entre élus pour former une majorité. Ces négociations ont déjà permis, hier, à la droite d’être assurée de gouverner une majorité de régions alors même que la gauche l’avait devancée au soir du 15 mars.

Cette alchimie s’explique par les accords passés, dans au moins cinq régions, entre la droite et le Front national, contrairement aux instructions des directions nationales de l’UDF et du RPR. Vendredi, cinq présidents UDF ont été élus grâce aux voix des conseillers régionaux de la formation d’extrême-droite. Le cas le plus symbolique de cette stratégie est celui de Charles Millon (DL). Cet ancien ministre a été réélu président de la région Rhône-Alpes, au second tour par 93 voix sur 154, après que Bruno Gollnisch, leader local du FN, a demandé à son parti de voter en faveur de Millon. Il est vrai que celui-ci avait publiquement et explicitement accepté les six points du " programme minimal " énoncé par le parti d’extrême-droite.

En Languedoc-Roussillon, Jacques Blanc (DL) a été réélu président de région dés le premier tour avec une majorité absolue de suffrages droite-FN de 35 voix contre 31 au socialiste Georges Frêche. Blanc s’est " félicité " de ce résultat qui correspond à la position qu’il a toujours exprimée. " Cette région est plus intelligente qu’ailleurs ", a réagi Serge Martinez, le leader local du FN. Alain Madelin, président de Démocratie Libérale (DL) a " félicité " Blanc pour son élection.

Dans le Centre, c’est Bernard Harang (DL) qui a été élu président au troisième tour de scrutin avec l’apport des voix du FN. D’autres responsables de la droite, hostiles à un accord avec l’extrême-droite, avaient renoncé à leur candidature. En Picardie, Charles Baur (Force démocrate) a conservé sa présidence au deuxième tour grâce au retraite du candidat du FN. Il a obtenu 30 voix contre 23 au candidat communiste. Enfin, en Bourgogne, Jean-Pierre Soisson (apparenté UDF), ancien ministre sous la présidence de François Mitterrand, a été élu président au troisième tour de scrutin avec l’appui des conseillers régionaux du FN.

Dans ces cinq régions, l’électorat avait accordé une majorité relative à la gauche par rapport à la droite parlementaire dimanche dernier. François Léotard, président de l’UDF, a immédiatement réagi en " suspendant " les quatre présidents de cette formation élus avec le soutien du FN au motif que cette stratégie est " contraire aux principes arrêtés " lundi par le bureau politique de l’UDF. François Fillon, porte-parole du RPR, a annoncé une " explication sévère " avec ceux qui ne respectent pas les consignes nationales. Le RPR risque d’être, lui aussi, touché par ces dissidences, notamment en Haute-Normandie ou en Ile-de-France, où le vote pour l’élection des présidents de région a été reporté à lundi. Bruno Mégret, délégué général du FN, a déclaré vendredi sur France 2 que le FN était " maintenant un parti de gouvernement " et que cela était " très positif ". Ces événements ont toutes les chances de déclencher une profonde crise au sein de la droite.

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  • Jean-François Doridot Directeur Général Public Affairs

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