Vivendi : popularité en chute libre
Dans la dernière vague du baromètre des grandes entreprises françaises réalisé par Ipsos pour Le Nouvel Economiste, Vivendi enregistrait une dégradation de son indice d'image de 46 points. En six mois, le groupe de Jean-Marie Messier est passé du milieu de classement à la dernière place du palmarès, loin derrière les habituels mauvais élèves, Total-Elf Fina et le Crédit Lyonnais.
Les grandes entreprises françaises sont aujourd’hui devenues, dans l’espace public, de véritables institutions. Au sens strict du terme, elles ne sont plus seulement des organisations destinées à produire des biens et des services. Elles emploient un nombre considérable de salariés (près de 3,5 millions et demi au total), sont régulièrement exposées aux soubresauts de toutes "les actualités", politique, économique et sociale. Elles consacrent toujours plus de moyens et d’énergie à communiquer. Leurs dirigeants sont devenus des acteurs majeurs de la scène médiatique. La résonance croissante de la sphère boursière a contribué à accélérer la fréquence de leur citation dans les médias. Après les précédents Total-Elf-Fina, Michelin, Danone, c'est aujourd'hui au tour de Vivendi d'être sur le devant de l'actualité. Le baromètre Ipsos-Le Nouvel Economiste suit régulièrement les évolutions d’image de ces grands groupes, mesure l’impact des événements qui rythment leur existence, pour mieux comprendre ce qui contribue à modifier la place qu‘elles occupent dans l’opinion des consommateurs, des citoyens et aussi des salariés qui la vivent de l’intérieur. Dans la dernière vague de ce baromètre d'image des grandes entreprises françaises, réalisée en mai dernier, Vivendi a atteint son plus mauvais classement pour figurer en 30ième et dernière position. Avec un indice d’image(*) de –35 points, Vivendi est devancée par Total Fina Elf (indice –29) et le Crédit Lyonnais (indice +1). Cette dégringolade du groupe faisait suite à une première érosion d'image relevée entre novembre 2001 et février 2002 (- 15 points, pour un indice d'image qui se situait alors à +11).
Entre février et mai dernier, la chute s'est fortement intensifié auprès du grand public (-46 points). Le groupe dirigé par Jean-Marie Messier rejoignait de ce fait les rares entreprises s’étant vu attribuées des indices d’images négatifs. Parmi celles-ci figurent le Crédit Lyonnais, toujours parmi les 4 dernières entreprises du classement, mais également Total-Fina-Elf, qui a connu la plus forte baisse d’image enregistrée depuis l’établissement de ce baromètre en 1999 (-72 points entre octobre 1999 et janvier 2000) ou encore Danone qui a perdu 60 points entre janvier et avril 2001.
Aujourd'hui, l’indice d’image de Vivendi est négatif auprès de l’ensemble des catégories étudiées. Le capital de sympathie à l’égard du Groupe s’est particulièrement auprès des cadres supérieurs (indice d’image –69, soit -76 points par rapport à février dernier), des foyers les plus aisés (indice –58, soit -63 points), des actionnaires individuels (indice –51, soit -65 points) ainsi que des jeunes adultes (indice –46 auprès des 25-34 ans, soit une baisse de 59 points). L’image de Vivendi s’est en fait d’avantage dégradée auprès des leaders socio-économiques.
Même si Vivendi a atteint, lors de la dernière vague d’enquête la dernière place du classement, la crise d’image vécu par le Groupe n'est "que" la troisième plus forte baisse depuis l’établissement de ce baromètre, derrière celles enregistrées par Danone et Total-Fina-Elf. Ainsi, la crise d’image touche aujourd’hui l’ensemble des catégories de la population, mais a été d'abord véhiculée et enregistrée par une catégorie de leaders socio-économiques, surinformée et traditionnellement plus critique et réactive, à la baisse comme à la hausse, en fonction de l’actualité : une cible qui pourrait peut être également anticiper le rétablissement de l’image du Groupe.
(*) Indice d'image : différence entre les pourcentages de bonnes et de mauvaises opininons