What Worries The World ? - Le monde d’après ? « It’s the economy, stupid »

Notre baromètre international Ipsos / Sopra Steria What Worries the World mesure tous les mois l'optimisme des citoyens à travers le monde et leurs sujets de préoccupations. Dans cette vague de juin 2020, le chômage repasse en tête des préoccupations des Français pour la première fois depuis mars 2018, dans un contexte mondial où les inquiétudes économiques prennent le pas sur les craintes sanitaires alors que l’épidémie de coronavirus est en recul dans la plupart des pays.

Auteur(s)
  • Benjamin Fishman Chargé d'études, département Public Affairs
  • Mathieu Gallard Directeur d'Études, Public Affairs
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La crise sanitaire reste en tête des préoccupations des citoyens du monde mais recule fortement

Alors que l’épidémie de Covid-19 a été au cours des derniers mois la principale source de préoccupation des citoyens de la plupart des 27 pays du baromètre, la vague de juin montre un recul marqué dans la plupart des pays : 47% des personnes interrogées citent l’épidémie parmi leurs principaux sujets de crainte, contre 55% en mai et 63% en avril. Par rapport au mois dernier, les reculs les plus marqués de l’inquiétude vis-à-vis du Covid-19 sont intervenus en France (-15 points), en Israël (-16 points), en Italie (-18 points) et en Belgique (-21 points). Parmi les pays les plus inquiets, on compte notamment le Royaume-Uni (69% citent l’épidémie parmi leurs principales préoccupations), le Chili (65%), pays qui en proportion à sa population a été parmi les plus touchés par l’épidémie, le Japon (63%) et la Corée du Sud (60%), un des seuls pays où les craintes repartent significativement à la hausse en juin (+16 points).

Conséquence logique de ces vives inquiétudes sanitaires, les citoyens des différents pays interrogés sont fortement préoccupés par la situation de leurs systèmes de santé : le sujet est cité par en moyenne 23% des répondants et arrive en 5ème position parmi les 18 enjeux testés. Les Français et les Italiens, qui ont pourtant été parmi les plus touchés par la crise sanitaire liée au virus, semblent relativement plus serein que la moyenne quant à leur système de santé : respectivement 19% et 14% se disent préoccupés à ce sujet. En revanche, au Brésil où l’épidémie se répand rapidement dans un contexte très tendu sur le plan politique, 42% des citoyens se disent inquiets, soit près du double de la moyenne mondiale. Quant aux Etats-Unis, le sujet reste important et se situe en 3ème place des préoccupations des Etatsuniens (29%), dans un contexte où le Président Donald Trump affiche son ambition de revenir sur la réforme du système de santé mise en place par Barack Obama en 2010.

Si les craintes envers le coronavirus reculent, les opinions publiques sont en revanche de plus en plus anxieuses quant à l’impact économique et social de l’épidémie

Le pic de la crise sanitaire étant passé dans la plupart des pays, les citoyens s’alarment désormais de plus en plus au sujet des conséquences économiques et sociales de l’épidémie et du confinement : au niveau mondial, 31% se disent préoccupés par « la pauvreté et les inégalités » qui arrive en 3ème place, et surtout 42% s’inquiètent pour « le chômage », en 2ème position. Les pertes d’emplois préoccupent tout particulièrement les pays européens économiquement plus fragiles et qui ont été très éprouvés par la crise sanitaire, notamment ceux du sud comme l’Italie (66%) et l’Espagne (65%). Aux Etats-Unis, où le chômage était une préoccupation très mineure depuis plusieurs années, la progression historique du nombre de demandeurs d’emplois en avril et mai a conduit à son surgissement en tant que deuxième sujet d’inquiétude des Américains (34%), le sujet s’inscrivant désormais à l’agenda de la campagne électorale. En revanche, la question des inégalités sociales reste relativement secondaire aux yeux des Etasuniens : seuls 19% citent cet enjeu, en 6ème position.

En France, où les inquiétudes sociales structurellement fortes depuis de longues années ont été mises en lumière par le mouvement des Gilets Jaunes, 41% (+9 points, en première position) se disent préoccupés par le chômage et 34% (+1 point, en troisième position) par la pauvreté et les inégalités : une situation qui est probablement amenée à s’aggraver si les dernières prévisions de l’OCDE – qui annoncent une récession d’entre 11% et 14% - se concrétisent. Sans surprise, ce sont les sympathisants de gauche (FI, PS et EELV) qui sont les plus préoccupés par ces enjeux sociaux.

Reprise économique ou protection de l'environnement ?  Dans les pays développés où la crise économique risque d’être plus forte, l’écologie passe au second plan

Face à cette crise majeure qui se profile, les dirigeants de la plupart des pays ont mis en place des mesures visant à stimuler l’économie et à aider les entreprises à amorcer une reprise rapide. Selon une étude récente Ipsos pour le World Economic Forum, 38% des citoyens des 27 pays interrogés estiment que ces aides publiques ne doivent être accordées qu'aux entreprises faisant des efforts pour réduire leur impact environnemental, contre 36% qui estiment qu'elles doivent toucher toutes les entreprises, quelle que soit leur politique environnementale. Les citoyens des pays en voie de développement comme la Chine, l’Inde ou le Mexique sont les plus enclins à souhaiter que les aides soient accordées en fonction des efforts des entreprises en matière écologique. En revanche, dans les pays développés (Europe, Etats-Unis, Japon, Australie...), c’est la reprise économique qui est jugée prioritaire par les opinions publiques.

Ces résultats peuvent a priori sembler étonnants quand on sait que les opinions publiques des pays les plus développés sont aussi les plus préoccupées par la crise environnementale. Mais ils s'expliquent sans doute par le fait que les citoyens européens, américains ou japonais sont particulièrement anxieux à propos de la reprise du fait des économies structurellement moins dynamiques de leurs pays. En revanche, les habitants de la plupart des pays en développement sont généralement plus confiants dans la capacité de leurs pays à absorber le choc de l’épidémie et du confinement ; c’est toutefois moins le cas dans les pays économiquement fragiles comme le Brésil ou la Russie.


Fiche technique : enquête Ipsos / Sopra Steria menée du 2 mai au 5 juin auprès de 19 505 personnes dans 27 pays dont 1 000 Français âgés de 16 à 74 ans.
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Auteur(s)
  • Benjamin Fishman Chargé d'études, département Public Affairs
  • Mathieu Gallard Directeur d'Études, Public Affairs

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