60 ans après le traité de l’Elysée, un moteur franco-allemand toujours jugé indispensable par les citoyens des deux rives du Rhin

A l’occasion des 60 ans du Traité de l’Elysée qui, le 22 janvier 1963, avait définit le cadre d'une coopération entre la France et l’Allemagne dans de nombreux domaines (diplomatie, éducation, défense…), la Fondation Heinrich Böll et la Fondation de l’Ecologie Politique ont commandé à Ipsos une étude d’opinion auprès de la population des deux pays. L’occasion de faire le point sur la perception par les citoyens du rapport entre la France et l’Allemagne, de l’importance de ce tandem dans le cadre européen et des attentes des citoyens vis-à-vis de son action pour les années à venir.

Le moteur franco-allemand reste central aux yeux des habitants des deux pays

Le contexte de tensions politiques entre les exécutifs français et allemands n’est pas passé inaperçu aux yeux des opinions publiques : 39% des Français estiment qu’au cours des derniers mois, la relation entre les deux pays s’est « détériorée » (17% sont d’un avis inverse), et 40% des Allemands sont de même avis (contre 12%). Ces résultats montrent que si, traditionnellement, les opinions publiques portent un intérêt assez distant envers les enjeux diplomatiques et internationaux, elles ont pris la mesure des accrocs récents.

De fait, et malgré ce constat, les Français aussi bien que les Allemands jugent très majoritairement que la relation entre les deux pays est « importante » voire même « essentielle » pour l’avenir de l’Union Européenne : 81% dans les deux cas. Un sujet sur lequel il y a un consensus politique, puisque les sympathisants de l’ensemble des partis français et allemands approuvent cette idée, même si les électeurs d’extrême-droite sont un peu en retrait. Seul point d’alerte : en France, les 18-24 ans sont sensiblement moins enclins que les autres catégories de la population à juger que le moteur franco-allemand est central pour le bon fonctionnement de l’Europe.

 

Alors que le contexte de crises successives (pandémie de Covid-19, guerre en Ukraine, pouvoir d’achat…) a marqué les opinions publiques en renforçant l’image de l’Union européenne, les Français comme les Allemands estiment que la coopération entre leurs deux pays doit avoir comme axe prioritaire la question du pouvoir d’achat et de la crise énergétique ainsi que celle de la défense et de la sécurité. A noter que le besoin d’un duo franco-allemand volontariste ne se limite pas à ces deux sujets : les habitants des deux pays estiment qu’une coopération est aussi très importante pour avancer en matière de transition écologique ou de politique industrielle.

 

En matière de transition écologique, une demande de volontarisme politique

Au cours des dernières années, les préoccupations liées à la crise environnementale ont fortement augmenté dans les opinions publiques des deux côtés du Rhin. Cette étude montre néanmoins que les mesures prioritaires dans ce domaine diffèrent sensiblement dans les deux pays : les Allemands donnent la priorité au développement des énergies renouvelables alors que les Français mettent l’accent sur la rénovation énergétique des bâtiments. Dans les deux pays, le développement d’une agriculture plus responsable et la mise en place de mesures visant à favoriser la sobriété énergétique sont aussi très valorisées.

 

Dans le détail, l’acceptabilité de la plupart des mesures visant à accélérer la transition écologique est forte aussi bien en France qu’en Allemagne : 88% des Français et 74% des Allemands pensent qu’il est « acceptable » d’interdire l’éclairage des vitrines des magasins la nuit, et les chiffres sont aussi très majoritaires sur l’interdiction de l’usage des jets privés, l’interdiction des panneaux publicitaires numériques ou l’interdiction des trajets en avion quand une alternative en train existe. De même, les Français comme les Allemands sont largement favorables à la construction de nouveaux parcs éoliens dans leur pays : 72% et 84% respectivement. Interrogés sur la construction d’un parc « dans un rayon de 30 km » autour de chez eux, ils restent en faveur de cette possibilité : 66% en France et même 80% en Allemagne.

 

Les seuls sujets sur lesquels des réticences émergent concernent les aspects liés à des pratiques du quotidien pour lesquels aucune alternative n’est jugée crédible à court-terme : seuls 52% des Allemands et 44% des Français pensent ainsi qu’il est acceptable d’arrêter la commercialisation des voitures neuves à essence et diesel à partir de 2035, comme le prévoit la législation européenne. Ils se montrent néanmoins très favorables à toutes les mesures qui pourraient permettre d’accompagner cette interdiction, et notamment en termes de développement des mobilités douces : 88% des Français et des Allemands pensent que le développement de l’offre de transports en commun dans les villes serait efficace pour accélérer la transition écologique, et les chiffres sont également très élevés à propos de l’élargissement des zones piétonnes et du développement des pistes cyclables.


A propos de l'étude 
Etude Ipsos réalisée en ligne via l'Access Panel Online auprès de 2 échantillons représentatifs de la population française et allemande constitués chacun de 1 000 répondants âgés de 18 ans et plus.

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