Baromètre Covid-19 : les Français de plus en plus méfiants à l’égard de l’information qui leur est donnée sur le coronavirus

Le baromètre COVID-19 livre les résultats de sa 5ème vague hebdomadaire. Réalisée par Ipsos pour l’association Datacovid auprès de 5 000 Français âgés de 18 ans et plus du 6 au 11 mai, cette vaste enquête a pour ambition de proposer des données anonymes et en open data aux scientifiques, aux acteurs publics et à tous les citoyens qui combattent l’épidémie. Il s’agit de leur délivrer des informations leur permettant de suivre les comportements des Français et leurs impacts sur la dynamique de l’épidémie.

Auteur(s)

  • Brice Teinturier Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)
  • Etienne Mercier Directeur Opinion et Santé - Public Affairs
  • Adeline Merceron Responsable d'activité santé - Département Public Affairs
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A l’approche du déconfinement, les Français se sont encore plus relâchés dans l’application des gestes de distanciation sociale : des tendances qui nourrissent de fortes inquiétudes

Les comportements de distanciation sociale, gestes essentiels pour faire barrière au Covid-19 ont été de moins en moins suivis en approche de déconfinement. Ils continuent de s’éroder : le maintien systématique d’une distance d’un mètre avec les personnes hors du foyer atteint son plus bas niveau (63% le font tout le temps, il perd 9 points en 5 semaines – le plus bas niveau depuis la 1ère vague). Seulement 52%, des moins de 35 ans déclarent l’appliquer systématiquement. Et dans le même temps, le nombre moyen de contacts en 24h avec des personnes situées à moins d’un mètre atteint son plus haut niveau (4,3 personnes cette semaine contre 2,3 durant la semaine du 7 au 14 avril). De façon concomitante, le temps passé dehors progresse à un niveau sans précédent depuis le lancement du baromètre (105 min en moyenne contre 66 min lors de la première vague). Les Français évitent de moins en moins les regroupements (80% « tout le temps », -5 pts depuis le 7 avril, plus bas niveau jamais atteint).

Dans la hiérarchie des inquiétudes des Français, la peur à l’égard de l’épidémie reste en première place mais connaît une baisse très importante (65%, -9 pts en une semaine, son plus bas niveau jamais atteint). A l’inverse, les craintes socio-économiques progressent, comme le pouvoir d’achat (35%, +1 pt) qui les préoccupe désormais presqu’autant que l’état du système de santé (36%, -1 pt) ou encore les inégalités sociales (27%, +4 pts). Il est probable que la diminution du niveau de crainte nourrisse aussi le phénomène de relâchement des Français dans l’application des gestes de distanciation sociale.

Dans ce contexte de relâchement inquiétant, trois chiffres apportent un peu d’espoir. D’abord, si les augmentations des contacts et des temps passés à l’extérieur tendent à accroître le risque épidémique, ce risque progresserait dans des proportions moindres que ne le laisse penser les augmentations moyennes constatées. D’après une analyse préliminaire fondée sur des modèles épidémiologiques[1], l’indicateur clé appelé “R zéro”, qui correspond au nombre moyen de personnes qui vont être contaminées par un individu infecté et dont la valeur peut être actualisée avec les données du baromètre, resterait inférieur à la valeur seuil de 1, avec par conséquent une épidémie qui demeurerait sous contrôle à la clôture du sondage. Ensuite, le port du masque progresse toujours, même s’il n’était pas encore majoritaire lorsque l’enquête a été réalisée (47% des Français le portent, + 7 points en une semaine). Enfin, la proportion de Français se disant certains d’avoir eu les symptômes du coronavirus reste stable depuis plusieurs semaines (8%), un chiffre dont il faudra suivre l’évolution dans les prochains jours au vu des relâchements observés.

Les Français sont méfiants à l’égard de l’information qui leur est donnée sur le coronavirus : celle du gouvernement, des médias mais aussi des institutions publiques de santé

Rien ne saurait freiner ce mouvement de défiance observé depuis un certain nombre d’années. Les Français doutent de l’information qui leur est donnée, d’où qu’elle vienne. L’épidémie du coronavirus et ses ratés en termes d’information et de communication, sont venus en partie aggraver le phénomène. Le gouvernement est l’acteur dans lequel les Français ont le moins confiance pour ce qui est de l’information délivrée sur le coronavirus (avec une note moyenne de 4/10), assez loin derrière les élus locaux envers lesquels les interviewés expriment un niveau de confiance relativement médiocre (5,1/10). Les médias qui subissent aussi ce mouvement de défiance depuis un certain nombre d’années ne s’en sortent pas beaucoup mieux (4,1/10) mais mieux que les réseaux sociaux (2,7/10).

Le plus grave dans l’affaire, c’est que les scientifiques ne s’en sortent pas non plus très bien dans ce domaine. Les institutions publiques de santé recueillent un niveau de confiance relativement médiocre (5,7/10 en moyenne). Il est probable que les dissensions entre les différentes entités scientifiques sur les traitements les plus efficaces ou encore sur l’évolution de l’épidémie ont nourri en partie ces doutes (comme cela a été le cas entre l’IHU Méditerranée du professeur Raoult et d’autres organismes de recherche et certains chercheurs). Les chercheurs et les scientifiques s’en tirent un peu mieux mais leur crédibilité auprès des Français n’est pas non plus très forte (avec une note moyenne de confiance de seulement 6,8/10). Les professionnels de santé arrivent en 1ère position (7,3/10), ils ont « gagné leurs galons » en se retrouvant en 1ère ligne face au virus. Et c’est bien ce que montrent ces résultats. Les Français font aujourd’hui plus confiance à l’information donnée par ceux qui « gèrent » l’épidémie au jour le jour, qui sont confrontés aux patients qu’à ceux qui cherchent une solution pour le résoudre.  La note moyenne qu’ils attribuent aux professionnels de santé n’est pas non plus très élevée.

Pour près d’un Français sur deux, si les scientifiques ne sont pas d’accord entre eux sur le coronavirus, c’est parce qu’ils défendent des intérêts financiers privés

Encore une fois, le mouvement méfiance à l’égard des scientifiques n’est pas nouveau mais il reste fort. Ainsi, 48% des Français considèrent qu’aujourd’hui, si les scientifiques ne sont pas tous d’accord sur le coronavirus, c’est parce qu’ils défendent des intérêts privés, tandis que « seulement » 50% estiment que l’explication de leur désaccord réside essentiellement dans le fait que la recherche ne permet pas encore de trancher.

Ces chiffres doivent nous alerter sur la force des peurs et les craintes complotistes qui traversent une partie de l’opinion des Français pendant l’épidémie de coronavirus. D’ailleurs, moins d’un Français sur deux dit avoir confiance dans les scientifiques pour dire la vérité sur les résultats et les conséquences de leurs travaux en ce qui concerne le coronavirus (contre 47% qui leur font confiance et 11% qui ne savent pas). Ainsi, on aurait pu penser que les thèses « antivax » allaient être en grande partie balayées par l’épidémie et l’espoir que suscitait un vaccin. Il n’en est rien, on a pu le voir sur les réseaux sociaux et mais également ailleurs qu’en France, lors des manifestations du week-end dernier en Allemagne, très critiques envers les chercheurs et la vaccination.

Après l’épidémie, les Français prévoient de modifier de nombreux aspects de leur vie : leur rapport à la famille, au travail, à l’environnement et au cadre de vie pourrait changer. Mais ils questionnent moins leur utilité pour autrui

L’épidémie et le confinement semblent avoir amené de très nombreux Français à réévaluer leur rapport à leur activité professionnelle. En moyenne, l’épidémie les a amenés à diminuer leur durée quotidienne de travail (elle a régressé de plus de 2h en moyenne, passant de 7,7 h avant le confinement à 5,3 pendant le confinement). Dans le même temps, le temps passé à s’occuper des enfants a augmenté de plus de 2h, passant de 4h en moyenne à 6,4h). La vie confinée à la maison semble les avoir le plus souvent persuadé de la nécessité de préserver plus la famille. Et d’ailleurs, parmi les sujets auxquels ils vont désormais accorder plus d’importance, il y a la vie familiale (63% vont y accorder plus d’attention mais seulement un sur trois dit « beaucoup plus ») et les conditions de travail (55% dont 22% « beaucoup plus »). Sur ce point, pas mal de choses pourraient donc changer.

L’épidémie aura des impacts forts sur l’importance que les Français vont accorder dans les prochains mois à leur santé (59%). C’est plus le cas des femmes (62% contre 56% des hommes) et des Franciliens (64% contre 55% de ceux qui habitent dans le rural)

L’environnement est aussi un sujet auquel les Français souhaitent accorder plus d’importance. D’abord, le changement climatique progresse dans la hiérarchie des inquiétudes des Français (32%, +2 pts), en 4ème position des plus fortes inquiétudes et juste derrière le pouvoir d’achat (35%) et loin devant le chômage (25%). Presqu’un Français sur deux déclare ainsi qu’il va accorder plus d’importance à sa relation à la nature (54%) et à son impact sur le climat (47%).

Autre illustration de ce plus fort intérêt pour l’environnement, les Français sont très majoritairement favorables à ce que les aides aux entreprises soient conditionnées à des engagements forts dans la transition écologique (74%). Moins d’un Français sur deux estime qu’il faut aider toutes les entreprises sans conditions environnementale car la priorité est de les redresser (45%).

En revanche, les impacts de l’épidémie sur leur altruisme sera plus restreint, moins d’un Français sur deux accordera plus d’importance à son utilité pour les autres (45%).

Pour plus d’un Français sur deux, ces évolutions dans leur vie les amèneront à se sentir plus en accord avec eux-mêmes et avec ce qu’ils souhaitent devenir (53%).

Les Français se sont plus questionnés sur les privations de liberté engendrées par le confinement et la peur de tomber malade que sur la possibilité de mourir

Si l’épidémie et le confinement ont amené les Français à se poser des questions sur des sujets graves, c’est d’abord sur la possibilité d’être privé de liberté (71%) et de vie sociale (68%). Ces questionnements sur la privation de liberté ont aussi bien été le fait des plus jeunes (71% des moins de 25 ans) que des plus âgés (71% des 65 ans et plus), expliquant rétrospectivement pourquoi de nombreuses personnes âgées ont pu se révolter à l’idée de devoir rester confiné plus longtemps que les autres.

La majorité a aussi plus pensé que d’habitude à la possibilité de perdre un être cher (63%) ou de tomber malade (55%). Cette dernière crainte concerne plus souvent les plus âgés (59%).

En revanche, seul un Français sur trois dit avoir plus pensé à la possibilité de mourir (35%). Les plus de 65 ans n’y ont pas beaucoup plus pensé que les autres (37%). L’épidémie a généré de réelles craintes de tomber malade, de perdre un être cher mais beaucoup moins de mourir.

 

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Publié en exclusivité par Le Monde :
 

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Fiche technique : enquête Ipsos pour Datacovid menée du 6 au 11 mai 2020 auprès de 5 000 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

[1] Cf. https://datacovid.org/suivre-levolution-hebdomadaire-du-risque-epidemique-avec-le-barometre-covid-19/

Auteur(s)

  • Brice Teinturier Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)
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