43% des Européens craignent de tomber dans la précarité

Pour la troisième année consécutive, le baromètre de la pauvreté et de la précarité Ipsos / Secours Populaire s'enrichit d'un volet complémentaire dressant un état des lieux de la situation des citoyens de 10 pays européens. Près d'un tiers des Européens se considèrent en situation de précarité : revenus insuffisants, dépenses imprévues et endettement excessif sont les principaux facteurs pointés du doigt. Un contexte qui engendre un pessimisme ambiant quant à l'avenir, avec la crainte de voir les générations futures confrontées à des difficultés encore plus grandes en matière d'emploi, de logement et de santé.

La précarité demeure une réalité préoccupante dans toute l’Europe

Près d’un tiers des Européens (29%) se considère actuellement en situation de précarité, une situation préoccupante à l’échelle du continent et notamment en Grèce et en Moldavie, où près de la moitié de la population se déclare en situation de précarité (46% et 45% respectivement). La majorité des Européens (56%) déclare parvenir à s’en sortir, mais doit faire attention à ses dépenses. Seuls 15% déclarent avoir une bonne situation financière.

Pour près des trois-quarts (72%) des personnes déclarant être en situation de précarité, les revenus insuffisants sont la principale raison de leur situation. Viennent ensuite les dépenses imprévues ou importantes (31%) et en quatrième position l’endettement excessif (17%). Bien que les problèmes financiers soient très clairement en tête de liste des raisons expliquant la précarité, d’autres facteurs explicatifs comme les problèmes de santé physique (19%) ou la perte d’emploi (13%) jouent également un rôle important. 

Le risque de tomber dans la précarité demeure une inquiétude partagée par de nombreux Européens : plus de 2 européens sur 5 (43%) estiment qu’il existe un risque important pour eux de basculer dans la précarité dans les prochains mois. Cependant, cette proportion est en baisse par rapport à l’année dernière (-5 points), dans un contexte de baisse de l’inflation.

Une précarité qui s’accompagne d’une perception pessimiste de l’évolution des conditions de vie

Une part importante des Européens a le sentiment que l’accès à certains éléments est plus difficile pour eux que pour la génération de leurs parents. C’est notamment le cas pour l’accès à un emploi stable (53%) et à un logement décent (46%) mais aussi pour les services de santé (42%) ou encore les vacances (41%).

La perception des Européens est encore plus pessimiste pour l’avenir des générations futures. Selon eux, la situation est amenée à se détériorer pour les générations à venir, qui auront plus de difficultés à obtenir un emploi stable (60%), un logement décent (59%), des services de santé (52%) et de bonnes conditions de travail (50%).

Ce pessimisme est marqué alors que les Européens font le constat de la précarité autour d’eux au quotidien. En effet, un nombre important de personnes interrogées déclarent avoir l’impression que beaucoup de personnes en situation de précarité se trouvent dans leur quartier (40%), sur leur lieu de travail (31%) et dans leur famille ou entourage (28%). Ce sentiment est particulièrement important dans les pays du Sud et de l’Est de l’Europe.

Travailler ne rime pas forcément avec une situation financière stable

Avoir un travail ne signifie pas forcément aujourd’hui pouvoir bénéficier d’une situation financière stable. En effet, plus d’un tiers des actifs Européens (35%) déclarent que les revenus issus de leur activité professionnelle ne sont pas suffisants pour faire face à l’ensemble de leurs dépenses.

La situation est encore plus préoccupante en Moldavie, où plus de la moitié des actifs ne parviennent pas à couvrir toutes leurs dépenses uniquement avec leur revenu professionnel (58%). Au Portugal, en Grèce et en Serbie, c’est aussi près de la moitié des actifs qui n’arrivent pas à gérer toutes leurs dépenses avec leur salaire.

La majorité des Européens a déjà dû faire des sacrifices à cause de leur situation financière difficile

Plus de la moitié des Européens (52%) ont récemment subi au moins une situation de privation, du fait de leur situation financière. Les loisirs sont les premiers à être sacrifiés : plus de 2 parents sur 3 n’ont pas pu faire de sorties ou de loisirs en famille (68%) et une proportion similaire des Européens n’a pas pu se permettre de faire des sorties (62%).

Plus d’un Européen sur deux (58%) a déjà dû restreindre ses déplacements et 51% n’ont pas pu acheter de nouveaux vêtements alors que les leurs étaient déjà usés. Une proportion proche (46%) ne peut pas toujours prendre soin de son apparence physique.

Plus inquiétant, certains Européens doivent renoncer à des éléments essentiels comme se soigner alors qu’ils ont un problème de santé (34% ont déjà vécu cette situation) ou bien sauter un repas alors qu’ils ont faim (27%).

La Grèce et la Moldavie restent les pays où l’on se prive le plus par faute de moyens financiers : 67% des Moldaves et 63% des Grecs ont connu au moins une privation au cours des 6 derniers mois.

Une situation financière compliquée et source d’angoisse pour de nombreux Européens

Près d’un Européen sur cinq (19%) déclare avoir actuellement une situation financière compliquée. Cette proportion est encore plus importante en Grèce, en Moldavie et en Serbie (34%, 29% et 21% respectivement).

Parmi les Européens ne parvenant pas à boucler leur budget, nombreux sont ceux à ressentir des sentiments difficiles du fait de leur situation. Environ 7 sur 10 ressentent de l’anxiété ou de la peur, de la tristesse ou de la déprime et de la honte (72%, 69% et 62% respectivement).

Cette anxiété se manifeste également dans une inquiétude des Européens vis-à-vis de leur situation financière et de leur capacité à surmonter certains éléments. En effet, plus de la moitié des Européens se disent inquiets par leur capacité à faire face à l’inflation sur les produits alimentaires (60%), aux dépenses imprévues (58%) ou à l’augmentation des prix du carburant (58%). Ils sont aussi plus de 4 sur 10 à être inquiets quant à leur capacité à payer leurs factures à la fin du mois.

Mais un désir de solidarité important chez les Européens

Malgré ce contexte difficile, les Européens se montrent prêts à faire preuve de solidarité. La grande majorité des Européens se déclarent ainsi prêts à aider financièrement leurs proches (75%, dont 30% qui le font déjà) mais aussi prêts à faire des dons matériels (69%) ou financiers (58%) à une association caritative.

Rapport complet

Secours Populaire
A propos du Secours Populaire
Né en 1945, le Secours populaire est une association à but non lucratif, reconnue d’utilité publique et déclarée Grande cause nationale. Celle-ci est habilitée à recevoir des dons, des legs et des donations. L’association s'est donnée pour mission d’agir contre la pauvreté et l'exclusion en France et dans le monde et de promouvoir la solidarité et ses valeurs. Elle rassemble des personnes de toutes opinions, conditions et origines qui souhaitent faire vivre la solidarité.

A propos de cette enquête

Enquête Ipsos pour le Secours Populaire Français, réalisée en ligne, du 13 juin au 3 juillet 2024, auprès de 10 000 personnes, constituant un échantillon représentatif de la population nationale âgée de 18 ans et plus de chacun des 10 pays interrogés.

Auteur(s)

  • Etienne Mercier
    Etienne Mercier
    Directeur du département Public Affairs Santé

Articles liés

  • AXA Future Risks Report 2026 | Risques émergents
    Risques Enquête

    AXA Future Risks Report 2026 : l’intelligence artificielle devient la première préoccupation des experts, devant le changement climatique

    Aujourd’hui, AXA publie la 13e édition de l’AXA Future Risks Report, réalisée en partenariat avec Ipsos. Ce rapport analyse chaque année l’évolution de la perception des risques à travers les réponses de milliers d’experts et de citoyens dans le monde. L’édition 2026 marque un tournant : pour la première fois depuis la création de l’AXA Future Risks Report, les risques liés à l’intelligence artificielle et au big data arrivent en tête du classement des experts, devant le changement climatique. L’IA était classée quatrième en 2025.
  • Confiance interpersonnelle | Vivre-ensemble
    Lien social Enquête

    Confiance : 91 % des Français jugent urgent de recréer du lien entre les individus

    Méfiance envers les institutions, polarisation des opinions, délitement du lien social : le débat public dépeint une société qui se replierait sur son cercle intime. Un constat qui ne raconte pourtant qu'une partie de l'histoire, car au même moment, des millions de personnes continuent à coopérer, à partager, et à ouvrir leur logement à des inconnus.
    De ce paradoxe est né le Baromètre de la confiance HomeExchange, le numéro un mondial de l'échange de maisons, réalisé avec l'institut Ipsos bva : la confiance recule-t-elle vraiment, ou change-t-elle de mécanismes ? Premier constat : l'envie de faire confiance est bien là. Reste à savoir à quelles conditions elle s'exerce, et ce qui se passe quand on passe de l'idée à l'acte.
  • Mouvement lycéen | Manifestations | Sondage Ipsos bva
    Politique Enquête

    Lycéens : un mouvement qui divise mais des revendications soutenues

    Depuis la mi-septembre 2026, le blocage de nombreux établissements scolaires suscite des réactions contrastées au sein de l'opinion. Si le mouvement divise les Français sur fond de clivages générationnels et partisans, la dernière vague du Baromètre politique Ipsos bva-CESI École d'ingénieurs pour La Tribune Dimanche révèle un large soutien aux revendications de fond, telles que la réduction des effectifs par classe ou la rénovation des bâtiments. Face à une crise qui menace de s'inscrire dans la durée et au rejet généralisé des prises de position politiques, une large majorité de citoyens juge que le gouvernement devrait privilégier le dialogue.