Bastia : Jean Zuccarelli et Gilles Simeoni au coude à coude

L'issue de l’élection municipale à Bastia s'annonce très indécise. Selon l'enquête Ipsos/Steria réalisée à cinq semaines du scrutin pour France 3 Corse Via Stella, France Bleu RCFM et Corse-Matin, la liste PRG-PC conduite par Jean Zuccarelli est en tête des intentions de vote au premier tour, à 35%. Mais ce niveau est très en-deçà des scores obtenus par son père Emile aux premiers tours des municipales 2008 (49,7%) et 2001 (46,9%).

Ce recul n'est pas forcément imputable à la présence de la liste Divers gauche/EELV conduite par François Tatti, ancien proche collaborateur du maire sortant, qui souhaitait une primaire d'investiture. A 12% d'intentions de vote, cette liste est certes en mesure de se maintenir au second tour, mais elle ne pèse pas davantage que les listes dissidentes qu'a eu à affronter Emile Zuccarelli en 2008 (une liste divers gauche obtenait 13% des voix) ou en 2001 (une liste PS à 16%).

Le rapport de force électoral ne s'est pas non plus déporté vers la droite : à 10% d'intentions de vote, la liste UMP-UDI, qui a toujours eu du mal à trouver un espace dans les scrutins locaux à Bastia, est à son étiage. Quant au FN, il est pointé à 4% d'intentions de vote, très loin du score de Marine Le Pen au premier tour de la Présidentielle 2012 (25,3%).

En revanche, le niveau historiquement haut des nationalistes, dont les deux listes totalisent 35% d'intentions de vote, constituera - s'il se concrétise dans les urnes - le fait nouveau et marquant des municipales 2014 à Bastia. La liste Corsica Libera d'Eric Simoni n'est qu'à 5% d'intentions de vote, mais la liste Inseme per Bastia, conduite par Gilles Simeoni, talonne la liste Zuccarelli, à 30% d'intentions de vote.

Dès lors, les nationalistes peuvent-ils vraiment l'emporter et mettre un terme à la "dynastie" Zuccarelli (la famille dirige la ville sans interruption depuis 1968) ? Selon la configuration du second tour et sous certaines hypothèses d'alliances, les intentions de vote de second tour montrent que c'est possible. Dans une quadrangulaire, avec le maintien des listes divers gauche et UMP-UDI, le rapprochement des deux listes nationalistes est à 38% d'intentions de vote, au même niveau que la liste Zuccarelli. En triangulaire avec maintien de la liste UMP-UDI, l'alliance de la liste divers gauche-EELV et de la liste Inseme per Bastia de Simeoni est créditée de 44% des suffrages, devançant de très peu la liste Zuccarelli (43%).

L'écart est un peu plus important dans une configuration où la liste dissidente de gauche se maintient et que la liste Simeoni se rapproche de la liste de la droite parlementaire (44% d'intentions de vote pour la liste Simeoni-UMP-UDI contre 40% à la liste Zuccarelli). Enfin dans une configuration "tous contre Zuccarelli", l'alliance Simeoni-UMP-UDI-Divers gauche-EELV obtiendrait 52% d'intentions de vote, contre 48% pour la liste de Jean Zuccarelli.

Toutes ces configurations démontrent que la victoire des nationalistes à Bastia est possible. Dans le même temps, l'idée d'un "front anti-Zuccarelli" ne fonctionne pas de façon purement arithmétique. On est loin de pouvoir additionner les voix de premier tour des forces réunies au second tour dans le cadre d’une liste d'alliance conduite par Gilles Simeoni. Les matrices de reports de voix permettent de préciser les déperditions. L'alliance Inseme per Bastia - Divers gauche/EELV ne séduit par exemple qu'une petite moitié de l'électorat de la liste Tatti-de Gentili au premier tour, un tiers préférant dans ce cas voter Zuccarelli au second tour. Idem dans l'hypothèse d'une alliance Simeoni-UMP/UDI, l'électorat de premier tour de la liste de droite parlementaire se scinderait en 3 : un tiers choisirait l'alliance avec les nationalistes, un tiers préférerait dans ce cas s'abstenir, le dernier tiers se répartissant sur les deux listes de gauche.

Au final, si la transmission du flambeau est loin d'être assurée, ce n'est pas parce qu'il y aura des alliances contre lui que Jean Zuccarelli sera forcément battu. L'élection s'annonce en tous cas très serrée, et la victoire d'un camp ou de l'autre se jouera probablement sur la capacité des têtes de liste à mobiliser leurs électeurs. Sur ce point, la gauche semble se mobiliser un peu moins : "seulement" 70% des sympathisants socialistes et 60% des proches d'EELV manifestent aujourd'hui leur intention d'aller voter, contre 78% des sympathisants nationalistes.



 

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