Coopératives agricoles : une bonne image, qui reste à moderniser

Ipsos a réalisé une étude auprès des Français et des agriculteurs sur leur connaissance et leur perception des coopératives agricoles. Il en ressort que si les Français sont attachés au secteur de l’agriculture, qu’ils savent fragile, ils devraient actualiser l’image qu’ils ont de la coopérative. Détails et enseignements ci-dessous. 

Auteur(s)
  • Laurent Depouilly Directeur de département, Healthcare
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L’attachement des Français pour un secteur qu’ils savent en difficulté

Les Français, toutes catégories confondues, sont une large majorité à avoir à la fois une bonne image de l’agriculture (77%) et une bonne opinion des agriculteurs (83%).  Les agriculteurs n’ont pas tous conscience de leur bonne image dans l’opinion, puisqu’ils ne sont que 64% à estimer que les Français ont une bonne image d’eux (contre 32% une mauvaise image). Les producteurs de volailles / porcs ainsi que les responsables des plus grosses exploitations sont plus nombreux que les autres à penser avoir une mauvaise image auprès des Français.

En revanche, les Français ont une moins bonne image du secteur « agro-alimentaire » (48% de bonne image contre 46% de mauvaise image), qu’ils dissocient du secteur agricole et associent généralement davantage à des grands groupes industriels et à un secteur fort et puissant économiquement.

Par ailleurs, le secteur agricole est considéré comme fragile aussi bien par les Français que par les agriculteurs eux-mêmes. Chez les agriculteurs, l’avenir est très faiblement optimiste sur le plan individuel : 54% sont optimistes pour l’avenir de leur exploitation. Cet optimisme est légèrement plus marqué chez les viticulteurs (59%) alors que le pessimisme est plus important auprès des éleveurs de volailles et porcs (55% vs 42% au global). On observe une légère différence entre adhérents (56%) et non adhérents (49%), les adhérents étant plus optimistes.

A savoir : les agriculteurs sont majoritairement pessimistes sur le plan collectif (56% sont pessimistes sur l’avenir des agriculteurs en France). Ce pessimisme est plus marqué chez les viticulteurs (67%), dans la polyculture – élevage (62%) et auprès des non adhérents (63%). Les responsables des plus grosses exploitations (plus de 150 Ha) sont les plus optimistes (50% vs 40% pour l’ensemble des agriculteurs), sans doute mieux « armés » et plus à même d’adapter leur production à l’évolution de l’agriculture.

Chez les Français, si le secteur agricole est considéré comme stratégique concernant l’aménagement du territoire, le commerce et l’emploi, il est aussi jugé économiquement en recul par près de la moitié des Français (44%), ou en stagnation pour 32% d’entre eux.

 

L’image du modèle coopératif : une notion porteuse de valeurs positives

Les coopératives agricoles bénéficient d’un a priori général positif auprès des Français et satisfont les agriculteurs qui en sont membres. La quasi-totalité des Français (93%) déclare avoir une idée de ce qu’est une coopérative agricole, même si seulement 29% en ont une idée précise. Les moins de 25 ans sont peu nombreux à connaître précisément (13%) ce qu’elles sont, contrairement aux plus de 65 ans (43%).

Surtout, 8 Français sur 10 (78%) ont une bonne image des coopératives agricoles, toutes catégories confondues. Là encore, les agriculteurs n’en ont pas conscience et portent un regard plus négatif que la réalité, puisque seuls 50% s’imaginent que les Français en ont une bonne image.

Les résultats sont également très positifs chez les agriculteurs, puisque parmi ceux qui sont membres d’une coopérative, 8 sur 10 (83%) en sont satisfaits et seuls 16% ne sont pas satisfaits. Les éleveurs de bovins/lait (23%) et les adhérents les moins impliqués (24%) sont un peu plus insatisfaits, la satisfaction étant plus forte que la moyenne chez les plus impliqués (89% de satisfaction).

Les coopératives agricoles donnent également le signe d’une dynamique économique positive (contrairement au secteur agricole dans son ensemble comme on l’a vu) : 33% des Français (36% des agriculteurs) pensent que leur poids est en expansion contre seulement 9% (13% des agriculteurs) qui les pensent en recul. Leur poids économique est également perçu comme important aussi bien par les Français que par les agriculteurs, que ce soit au niveau national (respectivement 64% et 87%) ou dans les régions (61% et 87%).

Au final, les Français font davantage confiance aux coopératives agricoles (à 34%) qu’aux entreprises agricoles classiques.

Dans le grand public, le modèle coopératif est spontanément associé à un faisceau de connotations positives (74% d’entre eux citent un «Groupement/ Association/Partenariat de personnes ») et largement associé à l’agriculture (40% de citations). Mais ceux qui parviennent à citer les bienfaits concrets de ce modèle sont en revanche moins nombreux, seulement un quart (« la mutualisation, l’aide à la distribution… »).

De même, s’ils soulignent de manière massive les avantages multiples du système coopératif, les Français semblent avoir en même temps du mal à les départager et à livrer une image précise du modèle : « mieux défendre les revenus des agriculteurs » (80%), « renforcer leurs compétences » (77%), « échanger et d'acquérir de nouveaux savoir-faire » (77%), etc.

 

Une image qui repose en partie sur la méconnaissance du système coopératif

L’étude montre en effet également que les Français ont une image quelque peu erronée des coopératives, plus proche parfois de l’image d’Epinal surannée de la coopérative du (début du) 20ème siècle que de la réalité coopérative du 21ème siècle.

Le concept de coopératives reste finalement assez flou : tout d’abord, grand public et agriculteurs méconnaissent et sous estiment la proportion d’agriculteurs coopératifs. Si, dans la réalité, les ¾ des agriculteurs sont membres d’une coopérative, plus d’un tiers des Français ne le sait pas et 51% des agriculteurs pensent qu’ils sont entre 40% et 70%.

On l’a vu, peu de Français estiment connaître précisément ce que sont les coopératives (29%), la majeure partie (64%) n’en ayant qu’une vague idée. Dans le détail (dans l’enquête qualitative), beaucoup soulignent la confusion entre les termes que sont « coopération », « mutualisme » ou encore « sociétariat », un certain nombre mélangeant même la notion de coopération avec celle de « collaboratif » (troc, échange de services, etc). Les Français interrogés, pour expliquer cette méconnaissance, mettent en avant le peu d’informations disponibles, voire l’hermétisme et le manque d’ouverture du système coopératif vers l’extérieur, qui serait « réservé aux initiés ».

 

Une perception détaillée des coopératives par les Français qui souligne le besoin d’une image à rénover

Les produits coopératifs sont associés prioritairement par les Français à un réseau de distribution local et de proximité : chez les producteurs (79%), sur les étals des marchés (74%), ou encore chez les petits commerçants (71%). Ils l’associent dans une moindre mesure aux supermarchés (66%) ou à Internet (52%) et sont peu nombreux à l’envisager à l’échelle de l’export (36%). 

En termes de performance économique également, c’est un modèle qui pour les Français nourrit davantage le local (80% estiment que les coopératives agricoles contribuent au développement des territoires ruraux) que l’international (35% seulement pensent qu’elles exportent et 39% qu’elles sont capables de faire face à la concurrence internationale), même s’il soutient l’indépendance de la France (68%). Les agriculteurs soulignent, eux, davantage le rôle économique du secteur : ‘sont un des moteurs de la croissance économique’ (77%), ‘sont une source importante d’emplois en France’ (78%), ‘exportent à l’étranger’ (76%) ; ce rôle économique est un peu moins perçu par les éleveurs de volailles et de porcs.

C’est un modèle dont la profitabilité et la compétitivité sont questionnées par le grand public puisqu’ils ne sont que 56% à considérer que les coopératives agricoles sont compétitives et 50% qu’elles ont pour objectif de faire des profits.

Les agriculteurs se montrent pour certains sceptiques sur la notion de juste prix pour les producteurs : 38% jugent que les coopératives agricoles ne vendent pas à un juste prix pour le producteur, description encore plus vraie pour les éleveurs de volailles et de porcs (57%) et pour les agricultrices (52%).

Par ailleurs, les Français soulignent davantage l’aspect « traditionnel » (73%) du système coopératif que son versant « moderne » (60%). Si le modèle est perçu comme dynamique (70% des Français), il reste quelque peu à dépoussiérer, étant peu considéré comme ‘innovant’ (seuls 54% des Français) et ‘investissant dans la recherche’ (46%). De l’intérieur, le point de vue des agriculteurs est un peu différent puisqu’ils sont 80% à considérer que les coopératives agricoles sont innovantes et 78% à penser qu’elles investissent dans la recherche.

Les coopératives agricoles sont reconnues comme ayant des valeurs humaines et traditionnelles, fortement identifiées chez les Français (‘Solidarité’ s’applique pour 77% des Français, ‘Responsabilité’ s’applique pour 75%) et les agriculteurs. Mais ces derniers sont un peu plus réservés sur les dimensions associées à la gouvernance (‘Transparence financière’ ne s’applique pas pour 30% des agriculteurs ; ‘Equité’ ne s’applique pas pour 27% ; ‘Démocratie’ ne s’applique pas pour 24%), les plus réservés étant les non adhérents (environ 4 sur 10), et pour certaines dimensions les éleveurs bovins-lait et volailles-porcs.

De même, 24% des agriculteurs estiment que les coopérative agricoles n’impliquent pas les agriculteurs dans la gestion de l’entreprise, les non adhérents (32%) et les responsables de grande exploitation (36%) étant plus nombreux. 22% jugent qu’elles ne permettent pas aux agriculteurs de prendre des responsabilités (les non adhérents sont 28%).

La gestion des Ressources Humaines reste en revanche méconnue du Grand Public et d’une partie des agriculteurs : seuls respectivement 55% et 67% estiment qu’elles investissent dans la formation et 52% et 68% qu’elles prennent soin de leurs salariés.

Sur le plan des compétences et des produits, c’est un modèle qui possède un a priori très positif sur la qualité des produits (s’applique pour 78% des Français) et la traçabilité (s’applique pour 71%). Les compétences des coopératives en termes de traçabilité, de sécurité et d’innovations sont reconnues par les agriculteurs quelle que soit leur orientation technico-économique.

 

Une incompréhension face à la réalité de la coopération agricole

Le fait que la coopération agricole concerne aussi des entreprises et des marques puissantes entre en contradiction avec l’imaginaire associé aux principes coopératifs. C’est l’étonnement – voire la déception – qui prédomine chez les participants à l’enquête qualitative lors de l’énonciation des noms de sociétés et des marques coopératives. Ces marques à forte notoriété viennent perturber et contredire leurs représentations des coopératives agricoles : alors que la coopération agricole incarne à leurs yeux une alternative économique au fonctionnement capitaliste, leur évocation les renvoie au monde des grandes entreprises et par amalgame à des logiques strictement financières, opposées aux valeurs qu’ils associent aux coopératives.

Les Français associent en effet davantage les coopératives au « petit », au « local » et à la « production » (selon l’adage « small is beautiful »), et non pas à des grandes entreprises « puissantes », qui œuvrent à « l’international » et pratiquent des activités de « transformation/distribution », davantage associées au secteur agro-alimentaire qu’agricole.


Fiche technique :

3 volets d’enquête

- Volet quantitatif Grand Public : étude réalisée online du 11 au 15 juillet 2013 auprès de 1 002 Français représentatifs de la population française. L’échantillon est construit selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille, catégorie d’agglomération et région) ;

- Volet qualitatif Grand Public : 3 réunions de groupes les 16 juillet, 17 juillet et 22 juillet 2013, groupes « typés » selon la proximité des Français vis-à-vis de la coopération agricole ;

- Volet quantitatif Agriculteurs : étude réalisée par téléphone du 30 septembre au 17 octobre 2013auprès de 504 agriculteurs représentatifs des agriculteurs français âgés de moins de 60 ans. L’échantillon a été construit selon la méthode des quotas : type d’exploitation (grandes cultures, maraichage et horticulture, viticulture, fruits, bovins lait, bovins viande, volailles – porcs, polyculture-élevage) et région. 

Auteur(s)
  • Laurent Depouilly Directeur de département, Healthcare

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