Démission du gouvernement : l’analyse de la crise politique majeure

L’interview de Brice Teinturier, Directeur Général Adjoint d’Ipsos, pour FranceTV info.L'effet de surprise. Au lendemain des critiques d'Arnaud Montebourg sur la politique économique du pays, le Premier ministre Manuel Valls a pris tout le monde de court en présentant la démission de son gouvernement lundi 25 août. Avec seulement 147 jours d'activité, ce gouvernement aura été l'un des plus éphémères de la Ve République : les premiers gouvernements de Jean-Pierre Raffarin (41 jours), François Fillon (42) et Jean-Marc Ayrault (36) ont, certes, duré moins longtemps, mais il s'agissait de remaniements consécutifs aux législatives.A la veille de la présentation d'une nouvelle équipe gouvernementale, la quatrième en un peu plus de deux ans pour François Hollande, Brice Teinturier, directeur général délégué de l’Institut Ipsos, analyse pour francetv info les conséquences de cette crise politique inédite pour l'exécutif.

Arnaud Montebourg a joué pendant des mois le rôle de trublion du gouvernement, avant de faire les frais de son indiscipline. Que révèle cet épisode ? 

Jusqu'à l'annonce d'aujourd'hui, il y avait des ministres qui critiquaient la ligne économique appliquée par leur propre gouvernement, tout en affirmant leur souhait de rester en place. C'est un cas de figure tout à fait inédit. Sous la présidence de François Mitterrand par exemple, Jean-Pierre Chevènement avait claqué la porte du ministère de la Recherche et de la Technologie en mars 1983 en déclarant : "Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne".


L'épisode Montebourg traduit un affaiblissement du pouvoir de François Hollande et de Manuel Valls, mais aussi une montée en puissance des tiraillements internes au sein de la majorité. Il y a déjà eu des contestations fortes dans le passé, comme sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, notamment lorsque Jacques Chirac était Premier ministre entre 1974 et 1976, et une majorité turbulente, mais il n’y avait pas ce jeu de "dehors-dedans". En tout cas, il n’avait pas duré très longtemps.

 

Pour la première fois en France, un gouvernement connait une durée de vie très courte pour des raisons politiques majeures et non techniques...

C’est également une spécificité de la crise que nous vivons aujourd’hui. Elle résulte d’une incohérence dans la constitution du premier gouvernement Valls. Sa ligne très pro-business et productivité des entreprises paraissait, dès le départ, incompatible avec la nomination d’Arnaud Montebourg dans un ministère chargé d’englober toute la sphère économique. On pouvait s’attendre à un certain nombre de tensions, mais il était difficile d’imaginer une crise politique aussi rapide et la voir exploser dès la rentrée. 

 

La démission du gouvernement Valls peut-elle mettre fin à cette crise politique ?

En fait, le pouvoir en place n’avait pas d’autre solution. Ce n'est pas une décision calculée, mais plutôt la conséquence des propos tenus par Arnaud Montebourg dimanche, qui sont allés plus loin que ce qu’il avait convenu, semble-t-il, avec le président de la République et le Premier ministre. La contestation de l’autorité gouvernementale est si importante aujourd'hui que s’il n’y avait pas eu une réponse forte, elle aurait fini par s'exprimer au Parlement. Et là, tout est possible, dont la question d’un déficit de majorité au Parlement et donc du recours à l’article 49-3 de la Constitution. Et pourquoi pas, ensuite, carrément à une dissolution... On n’en est évidemment pas là. Encore une fois, cette réponse de fermeté était la seule possible.

 

Le nouveau gouvernement, qui sera proposé mardi, peut-il se retrouver sans majorité politique ?

Tout à fait. En même temps, on voit très bien dans les divers sondages (intentions de vote présidentiel ou cote de popularité) que la ligne qui se trouve plus à gauche du PS ne capitalise pas beaucoup de voix. Montebourg ou Mélenchon se trouvent à des niveaux relativement faibles. En revanche, ils représentent un mécontentement qui, lui, est profond. L’actuelle grosse difficulté pour l'exécutif est que la base politique est de plus en plus étroite, en particulier en termes de majorité, qui est mise à mal par le groupe des "frondeurs". Le mécontentement est réel, puissant. Pour autant, il n’y a pas, dans l’opinion, une croyance forte dans une politique alternative. Nous sommes donc dans le pire des schémas : un refus de ce qui est mis en place, et une défiance à l’égard d’une "autre" politique. Et du côté de l’opposition, il n'y a pas de projets particulièrement crédibles, et encore moins un leader affirmé…

 

Cette crise peut-elle déboucher sur une dissolution de l’Assemblée nationale ?

En tout cas, la question peut se poser aujourd’hui de façon réaliste. Quand on a une contestation aussi forte au sein même du gouvernement, on peut s'interroger sur la suite des événements, notamment en se demandant de quelle majorité on pourra disposer pour voter les projets de loi, et en particulier, la loi de finances. Ce ne serait pas une dissolution voulue, comme en 1997, mais une dissolution subie, par déficit de majorité au Parlement. On n’en est pas encore là, mais ce schéma devient réellement possible.

Source : www.francetvinfo.fr

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  • Brice Teinturier
    Brice Teinturier
    Directeur Général Délégué, Ipsos bva (@BriceTeinturier)

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