Départementales 2015, L’état d’esprit des Français au second tour

Perception du haut niveau du FN enregistré au premier tour, front républicain, conséquences des élections sur l’orientation politique du gouvernement, perspective de la Présidentielle 2017… Le sondage Ipsos / Sopra Steria réalisé entre les deux tours pour France Télévisions, Radio France et LCP Public Sénat fait le point sur l’état d’esprit des Français au moment de voter pour le second tour des Départementales.

L'ANALYSE DU 1ER TOUR

L’opinion s’accorde à lire le premier tour des élections départementales comme une victoire de la droite, un bon résultat du FN et une défaite de la gauche.

Les électorats de droite et d’extrême droite sont en effet massivement satisfaits des résultats généraux de ces élections (78% à l’UMP, 70% au FN) et du score de leur formation en particulier (86%  au FN, 82% à l’UMP). A l’inverse, l’électorat de gauche est très largement déçu des résultats du premier tour (80% au sein des sympathisants Front de Gauche, 76% au sein de ceux PS, 75% au sein de ceux d’EELV) et mécontent du score de son parti (84% au sein des sympathisants Front de Gauche, 78% au sein de ceux d’EELV, 70% au sein du PS).

Marine Le Pen (69% des Français jugent qu’elle sort renforcée du scrutin) et à un degré moindre Nicolas Sarkozy (48% jugent qu’il sort renforcé du scrutin) apparaissent en conséquence comme les vainqueurs du premier tour, alors que l’exécutif est jugé comme le grand perdant. Trois quarts des Français considèrent que le président  de la République sort affaibli de l’élection, et deux tiers font un diagnostic similaire pour le Premier ministre.  Ce constat est majoritaire au sein même de l’électorat socialiste : respectivement 66% et 54% des sympathisants socialistes perçoivent un affaiblissement de François Hollande et de Manuel Valls à l’issue du premier tour des départementales.

L’IMAGE DU FN : ENTRE INQUIETUDE ET BANALISATION

Le rejet du FN persiste majoritairement dans  l’opinion. Après le premier tour des départementales, 57% des Français (58% des sympathisants UMP et 90% de ceux du PS),  une proportion en hausse de 9 points par rapport à l’après municipales 2014,  disent ainsi éprouver de l’inquiétude à l’égard de la progression du FN, 25% exprimant à l’inverse leur satisfaction et 18% se déclarant « indifférents ». En outre, plus de deux tiers des Français (73% des sympathisants UMP et 90% de ceux du PS) verraient comme une mauvaise chose (dont 46% « une très mauvais chose ») que leur département soit remporté et dirigé par le FN.

Mais dans le même temps, la banalisation se poursuit. Le fait que le FN gagne des cantons et ait des élus dans leur département n’effraie « que » 58% des Français, 42% voyant au contraire cela d’un bon œil. Et le FN ne fait pas individuellement peur : seul un tiers des Français considère que la gestion de leur département par le FN «dégraderait » leur situation personnelle, 12% estimant à l’inverse qu’elle l’améliorerait et 54% qu’elle n’aurait pas d’incidence.

FACE AU FN : « NI, NI » A DROITE, FRONT REPUBLICAIN A GAUCHE

Le « ni-ni » au second tour dans la configuration d’un duel FN/PS réunit une large majorité des sympathisants UMP (60% contre 28% préférant un appel à voter à gauche et 12% à voter FN) alors qu’il suscite des opinions bien plus partagées au sein de l’électorat UDI (51% l’approuvent, 46% préférant une consigne en faveur de la gauche).

L’électorat de gauche demeure, lui, majoritairement attaché au front républicain au second tour en cas de duel droite/FN, de manière large au sein des sympathisants PS (73%), plus ténue au sein de ceux  Front de Gauche (57%) et d’EELV (55%).

Cette non réciprocité des comportements électoraux est un atout pour la droite. Elle capte la plus large part de l’électorat de gauche quand elle est en duel avec le FN et bénéficie d’un apport de voix frontiste bien plus conséquent que son adversaire quand elle lui est opposée.

UNE MAJORITE DE FRANCAIS EN FAVEUR D'UNE GESTION DEPARTEMENTALE UMP-PS POUR FAIRE BARRAGE A L'ELECTION D'UN PRESIDENT FN

En cas d’absence de majorité dans un département, et dans la situation où il y aurait la possibilité qu’un élu FN devienne président du Conseil départemental,  57% des Français se prononcent pour une entente entre gauche et droite pour éviter cette élection alors que 43% préfèrent que gauche et droite ne s’entendent pas, « quitte à favoriser l’élection d’un président FN ». Le souhait d’une entente gauche-droite est largement dominant au sein de l’électorat de gauche (90% au PS, 82% au Front de Gauche, 79% à EELV) et l’emporte également à droite, nettement au sein de l’UDI (68%), de façon moins ample au sein de l’électorat UMP (56% contre 44%).

L'ELECTORAT DE DROITE DEMEURE NETTEMENT OPPOSE AUX ALLIANCES AVEC LE FN

83% des sympathisants UDI et 70% des sympathisants UMP sont opposés à une alliance nationale entre l’UMP et le FN ; 76% et 63% à des accords locaux entre les deux formations pour diriger des départements ou des régions.

L’électorat frontiste, lui, est très largement favorable à cette alliance avec la droite parlementaire : 76% des électeurs FN se prononcent en faveur d’alliances locales et 72% en faveur d’une alliance nationale.

Les électeurs de gauche veulent majoritairement une politique gouvernementale plus à gauche

Une majorité des électeurs de gauche souhaite que pour la suite de son quinquennat François Hollande mène une politique plus à gauche qu’aujourd’hui : c’est le cas de 90% des électeurs du Front de Gauche, de 57% de ceux du PS (contre 11% souhaitant une politique moins à gauche et 32% une politique « ni plus, ni moins » à gauche)  et de 45% des sympathisants écologistes (contre 16% souhaitant une politique moins à gauche et 39% une politique « ni plus, ni moins » à gauche).

Si le retour de ministres écologistes dans le gouvernement à l’avenir suscite des jugements très partagés au sein des Français (51% y sont favorables contre 49%), il est en revanche jugé largement positivement au sein de l’électorat de gauche : 90% des sympathisants EELV, 75% de ceux du PS et 66 de ceux du Front de Gauche y sont favorables.

PRESIDENTIELLE 2017 : TROIS QUARTS DES FRANCAIS NE CROIENT PAS ET NE SOUHAITENT PAS QUE MARINE LE PEN DEVIENNE PRESIDENTE

76% des Français ne souhaitent pas (54% « pas du tout » et 22% « plutôt pas ») que Marine Le Pen soit élue présidente de la République en 2017. 88% des sympathisants UMP partagent cette opinion.  Le scénario paraît de toutes façons peu crédible à ce stade : 56% considèrent que l’élection de Marine Le Pen en 2017 est « impossible » et 22% qu’elle a « de faibles chances » de se produire.

Avec 55% de citations, Alain Juppé arrive en tête du classement des personnalités que l’on souhaite voir candidates à l’élection de 2017, devant Manuel Valls (43%), Marine Le Pen (38%), Nicolas Sarkozy (35%) et François Hollande (20%). La hiérarchie des préférences est serrée auprès de l’électorat UMP-UDI, Nicolas Sarkozy (72%) devançant Alain Juppé (68%) d’une courte tête. Elle est en revanche plus nette au sein de l’électorat socialiste, Manuel Valls (75%) distançant nettement François Hollande (54%).

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