Enquête électorale française - Vague 13 : L’avance d’Emmanuel Macron et Marine Le Pen se réduit dans la dernière ligne droite

L’enquête électorale française du Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF) réalisée par Ipsos / Sopra Steria en partenariat avec Le Monde, est sans précédent. Jusqu’en juin 2017, elle interrogera une fois par mois un échantillon d’environ 12 000 personnes inscrites sur les listes électorales sur leurs intentions de vote à l’élection présidentielle du printemps 2017 et aux législatives qui suivront ainsi que sur de très nombreuses thématiques politiques, économiques et sociétales.

Avec 19,5% des intentions de vote, F. Fillon progresse de 2 points par rapport à notre enquête précédente mais se situe toujours en deça de la qualification, à 3 points de M. Le Pen et 3,5 d’E. Macron. Dans la colonne des éléments positifs, son électorat est mobilisé : 81% sont sûr de leur choix, soit un niveau presque aussi élevé que celui de Le Pen (84%) et supérieur à celui de Macron (74%) ou de Mélenchon (70%). Il est également le candidat perçu comme ayant le plus l’étoffe d’un Président, critère important à l’approche du scrutin. Enfin, s’agissant du souhait de celui que l’on veut voir gagner l’élection, il n’est qu’à 1 point de M. Le Pen. Le candidat Fillon dispose donc d’une base solide et grignote des demi-points : il prend 0,5% à Le Pen, 0,5% à Macron, 0,5% encore à Dupont-Aignan. Il regagne aussi 0,5% chez des électeurs démobilisés et qui se remobilisent en sa faveur. Enfin, sa progression est réelle dans l’électorat qui avait voté pour Nicolas Sarkozy en 2012 : ils sont maintenant 59% à se déterminer en sa faveur, soit 5 points de plus qu’il y a deux semaines, au détriment principalement de Marine Le Pen.

Sur le papier, il existe donc une possibilité pour la qualification de F.Fillon. Par exemple, si la moitié des électeurs de Macron ou de Le Pen encore hésitant se détournaient de ces candidats et si simultanément, la moitié des électeurs qui placent Fillon en second choix décidaient de voter pour lui.

C’est possible mais rien n’est moins sûr. Car F. Fillon est également lourdement entravé. D’abord, les seconds choix montrent qu’il a moins de réserves que ses deux grands concurrents, ce que confirme la question de potentiel électoral : elle donne 7 points de plus à Macron que le niveau qu’il obtient en intentions de vote et 4,5 points de plus à Le Pen. Pour Fillon, le delta n’est que d’un point. Ce dernier a donc un socle mais il peine à l’élargir. Ce que la sociologie de son électorat confirme totalement : à part chez les plus de 65 ans, où il domine largement avec 36% d’intentions de vote, il oscille entre 10% et 17% seulement dans toutes les autres classes d’âge.

Cet enclavement, il le doit aussi à la profonde rupture d’image qui s’est opérée au cours de la campagne : début janvier, 25% des Français déclaraient l’apprécier, à égalité avec Macron. Début février, après les révélations de la presse sur les emplois supposés fictifs de membres de sa famille, il s’effondre à 17% et ne s’en relève plus. Il est depuis perçu comme le moins honnête des candidats, le moins sympathique et celui qui comprend le moins les problèmes des gens.

L’électorat dont la reconquête lui échappe, c’est celui de François Bayrou et plus généralement, des sympathisants du centre droit, partis sur Macron immédiatement après ces révélations, et qui semblent s’y être fixés. Du coup, dans son propre camp, on est également moins sûr de sa possibilité de l’emporter : 86% des électeurs de Macron pensent que ce dernier pourra accéder au second tour, 81% des électeurs de Mélenchon et 72% des électeurs de Fillon.

Alors oui, rien n’est joué et la qualification reste théoriquement possible. Mais la tendance est davantage celle d’une consolidation du socle que d’un élargissement substantiel, d’un grignotage plutôt que d’une dynamique. Pour inverser la donne, François Fillon a besoin d’un sursaut fort dans les tous derniers jours. Il l’a fait lors de la primaire. Le temps est maintenant compté pour lui.  


ANALYSE DU MONDE

Auteur(s)

  • Brice Teinturier
    Brice Teinturier
    Directeur Général Délégué, Ipsos bva (@BriceTeinturier)
  • Federico Vacas
    Federico Vacas
    Directeur de département - Public Affairs

Articles liés

  • Absentéisme | Travail

    Observatoire de la performance sociale 2026 : les chiffres de l’absentéisme en entreprise

    À l’occasion de son édition 2026, l’Observatoire de la performance sociale réalisé par Ipsos bva pour Oasys I Diot-Siaci met en évidence une reprise de l’absentéisme en 2025. Le taux atteint 4,98 %, contre 4,84 % en 2024, confirmant l’absence de véritable retour à la normale depuis la crise sanitaire. Si le niveau reste inférieur au pic de 2022 (5,64 %), la tendance demeure structurellement orientée à la hausse.
  • Baromètre des droits des personnes malades | France Assos Santé

    Accès aux soins : délais, refus, pénuries… la santé des Français sous pression

    France Assos Santé et Ipsos bva dévoilent aujourd'hui les résultats de l’édition 2026 du Baromètre des droits des personnes malades. Cette nouvelle édition montre que les droits des patients sont de mieux en mieux connus par les Français, mais que des inégalités et des obstacles concrets persistent (notamment l'obtention d'un rendez-vous médical, l'impact des dépassements d'honoraires ou encore les pénuries de médicaments) et continuent de fragiliser l’effectivité des droits des personnes malades.
  • Ipsos Mobility Report | Mobilité | Conduite autonome
    Mobilité Enquête

    Ipsos Mobility Report 2026 : l’état des lieux inédit de la mobilité mondiale

    En 2026, l’Ipsos Mobility Report dresse un bilan contrasté de la mobilité à l’échelle planétaire : si la voiture reste le mode de transport préféré dans 22 pays sur 31, les véhicules autonomes peinent à convaincre, les voitures électriques suscitent des réticences en Amérique du Nord et en Europe, et les inquiétudes sur la sécurité routière s’intensifient. Entre attachement fort à l’automobile individuelle et aspirations à des solutions plus durables, cette étude révèle aussi un soutien massif aux pistes cyclables et aux lois renforcées pour une circulation plus sûre. Plongez dans les résultats clés de cette enquête mondiale.