Enquête électorale française - Vague 5 : Primaire à droite, une mobilisation déterminante

L’enquête électorale française du Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), réalisée par Ipsos / Sopra Steria en partenariat avec Le Monde, est un dispositif sans précédent. Jusqu’en juin 2017, elle interrogera une fois par mois un échantillon de plus de 20 000 personnes inscrites sur les listes électorales sur leurs intentions de vote à la primaire de la droite de novembre, puis à l’élection présidentielle du printemps 2017 et enfin aux législatives qui suivront. Voici les principaux enseignements de cette 5e vague de juin 2016.

Enquête électorale française - Vague 5 : Primaire à droite, une mobilisation déterminante

Auteur(s)

  • Brice Teinturier Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)
  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs
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ACTUELLEMENT, QUI SONT LES ÉLECTEURS CERTAINS D’ALLER VOTER À LA PRIMAIRE DE LA DROITE ET DU CENTRE ?

Il y a actuellement 6 à 7% de Français qui se déclarent absolument certains d’aller voter à la primaire des 20 et 27 novembre organisée par Les Républicains (note 10 sur une échelle de 0 à 10). Ce chiffre de 7% est extrait d’un échantillon national représentatif de 19 100 personnes à qui la question a été posée. Il faut le prendre avec prudence mais 7%, cela correspond à un peu plus de 3 millions d’électeurs, ce qui est proche et donc cohérent avec la mobilisation observée lors des primaires de la gauche en 2011.

Le premier intérêt de telles enquêtes est également de pouvoir dresser le profil sociopolitique de ces électeurs et de mesurer combien ils diffèrent de l’ensemble de la population générale. Ainsi, sur 100 électeurs certains d’aller voter à la primaire, 67% ont plus de 50 ans (contre 49% dans l’ensemble de la population) et 41% ont même plus de 65 ans (contre 23% chez les Français). Ce sont donc des électeurs particulièrement âgés dont près de la moitié est à la retraite.  On y trouve aussi plus de cadres, plus d’indépendants et moins d’ouvriers. Ils sont également plus aisés (pour 38% d’entre eux, les revenus mensuels nets du foyer sont supérieurs à 3.500 euros contre 26% chez les Français), moins exposés au chômage et se déclarent à 72% catholiques (contre 57% dans l’ensemble de la population). Politiquement, c’est un électorat qui se situe nettement à droite (77%), avec une prédominance de sympathisants LR (56%) mais aussi FN (13%), UDI (7%), Modem (5%) et DLF (4%). Environ 9% se déclarent sympathisants d’un parti de gauche (contre 30% dans l’échantillon global) et 6% d’aucun parti (contre 23%). Bref, ils sont âgés, aisés, de droite.

CE POTENTIEL EST-IL STABLE DEPUIS 6 MOIS ?

Non et ce point est essentiel. Derrière des chiffres apparemment stable – 6 ou 7% de votants potentiels à la primaire suivant les vagues d’enquête –, on observe des variations importantes dans la mobilisation, qui peuvent conditionner le résultat final. Ainsi, sur les 7% d’électeurs se déclarant certains d’aller voter en juin, 4% l’étaient déjà en mai. En revanche, 2% déclaraient en mai être certains d’aller voter… et ne le sont plus en juin ! Enfin, ce déficit est compensé par 3% de nouveaux électeurs, qui n’étaient pas certains en mai de vouloir participer mais qui le sont en juin. Derrière une évolution d’ensemble d’1 point seulement – 6% d’électeurs certains d’aller voter en mai, 7% en juin –, il y a donc en réalité des évolutions considérables, des fidèles (4%), des sortants (2%) et des nouveaux entrants (3%). Or, tous ne votent pas de la même manière. Quand un candidat baisse, ce n’est donc pas toujours parce que ses électeurs le quittent au profit d’un autre candidat. Il peut baisser parce que ses électeurs… sont moins certains d’aller voter aujourd’hui qu’hier. Si c’est le cas, le candidat en question a plus de chance de les reconquérir que s’ils étaient partis vers un autre leader. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé pour Nicolas Sarkozy de janvier en mars et qui laissait augurer de sa possible remontée ensuite, ce qui s’est effectivement produit.

Pour identifier ce type de mouvement, il faut avoir un panel, c’est-à-dire un échantillon de personnes interrogées qui sont les mêmes dans le temps. C’est l’unique façon de suivre les changeurs et c’est l’énorme avantage du panel réalisé par Ipsos / Sopra Steria pour le CEVIPOF et Le Monde.

À QUI PROFITENT CES ÉVOLUTIONS ?

Sur les 6 derniers mois, nous avons identifiés 2,5% d’électeurs « systématiques », c’est-à-dire déclarant être certains d’aller voter lors de chacune des 4 vagues d’interrogation (janvier, mars, mai et juin). À ce socle s’ajoute 1,5% d’électeurs « réguliers », ceux qui ont déclaré être certains d’aller voter lors de 3 vagues d’enquête sur 4. Enfin, 3% sont des électeurs « intermittents », qui déclarent n’être certains d’aller voter qu’1 ou 2 fois sur 4. Très clairement, les « systématiques » sont davantage des sympathisants LR. 69% d’entre eux sont des sympathisants LR, contre 59% chez les « réguliers » et 42% chez les intermittents. Les systématiques sont également plus âgés : 52% ont plus de 65 ans, contre 46% chez les réguliers et 33% chez les intermittents. Chez les réguliers, les sympathisants FN sont un peu plus présents que chez les systématiques. Chez les intermittents enfin, ce sont les sympathisants FN et les sympathisants de gauche qui sont plus nombreux. Partout, la sensibilité LR domine mais à des degrés très différents.

En l’état actuel, Alain Juppé l’emporte dans les 3 catégories. Il obtient 40% chez les systématiques, qui sont plus âgés, contre 30% pour Nicolas Sarkozy, 14% pour Bruno Le Maire et 11% pour François Fillon. Il l’emporte également, mais de justesse, chez les réguliers (34% contre 33% à Nicolas Sarkozy) et plus nettement chez les intermittents (39% contre 29%), ces derniers étant cependant beaucoup plus fragiles. On comprend donc que les réguliers sont « la réserve naturelle » de Nicolas Sarkozy. Son score y est de 3 points supérieurs à celui qu’il obtient chez les « systématiques ». Si l’on ne prenait en compte que les systématiques et les réguliers, l’écart entre les deux rivaux serait déjà plus réduit. Et si Nicolas Sarkozy crée l’avantage chez les réguliers, un peu moins âgés et un peu plus FN, cet écart serait encore plus serré. Plus que jamais, il faut donc comprendre que cette primaire est très ouverte et que la mobilisation y sera déterminante. 

LES ÉLECTEURS DE GAUCHE PEUVENT-IL PESER SIGNIFICATIVEMENT SUR LE RÉSULTAT FINAL ?

Ces électeurs sont peu nombreux. 9% environ des certains d’aller voter. Ils sont par ailleurs moins mobilisés que les autres et leur nombre devrait donc décroitre. Clairement, la bataille ne se situe donc pas prioritairement là. Mais il est vrai qu’ils sont beaucoup plus attirés par Alain Juppé et que sans eux, le résultat serait beaucoup plus serré. Ils ne sont donc pas quantité négligeable.

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  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion, Ipsos Public Affairs

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