Européennes 2019 : La concentration des intentions de vote sur les listes RN et LREM se confirme

La dernière enquête Ipsos/Sopra Steria réalisée pour France Télévisions et Radio France confirme la déception des Français vis-à-vis de la campagne des Européennes. Aucun nouvel enjeu n'a vraiment émergé, et la plupart des têtes de listes restent très largement méconnues. Dans ce contexte, c'est finalement l'incertitude sur la première place qui focalise l'attention. On retrouve la tentation du vote utile, avec les listes RN (24% d'intentions de vote) et LREM (23,5%) qui concentrent près de la moitié des intentions de vote.

Auteur(s)

  • Brice Teinturier Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)
  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion - Public Affairs
Get in touch

C'est un euphémisme, la campagne électorale des Européennes 2019 n'aura pas passionné les Français. Pour près de deux Français sur trois, elle aura d'abord inspiré "de l'indifférence" (24%), "de la déception" (22%), voire même "de la colère" (8%) ou "du dégoût" (10%). Les items positifs - "intérêt" (17%), "espoir" (17%), "passion" (2%) ne sont sélectionnés que par un Français sur trois.

Si l'indifférence et la déception l'emportent, c'est peut-être déjà parce près de neuf Français sur dix "n'ont pas appris grand-chose sur les programmes et les personnalités des têtes de listes" dans cette campagne (87%, pour 13% d'avis contraires). De fait, le renouvellement des têtes de listes n'a pas fonctionné. Hormis celles qui disposaient déjà d'une bonne notoriété avant cette séquence électorale (Benoît Hamon, Nicolas Dupont-Aignan, Florian Philippot, Francis Lalanne), elles restent pour la plupart largement méconnues à la veille du scrutin. Surtout, leur virginité ne les protège pas de la défiance des Français vis-à-vis de la classe politique : quand ils les connaissent, les mauvaises opinions l'emportent sur les bonnes pour chacune des 14 personnalités testées.

La campagne n'aura pas non plus permis de faire avancer le débat sur les enjeux de campagne. On mesure toujours un certain équilibre entre les électeurs qui comptent se prononcer "en fonction des propositions sur les questions nationales" (52%), et ceux qui privilégieront "les questions européennes" (48%). La hiérarchie des déterminants du vote a certes un peu changé par rapport au scrutin de 2014, avec le recul du sujet "chômage" (15% de citations parmi les trois sujets qui compteront le plus au moment du vote, soit deux fois moins qu'il y a cinq ans), et la progression du sujet environnement (35% de citations, deux fois plus qu'en 2014). Partagée par plusieurs listes, la préoccupation pour la protection de l'environnement n'est toutefois plus vraiment un sujet clivant. "Le pouvoir d'achat" (46% de citations), "la place de la France en Europe et dans le monde" (32%), et "l'immigration" (30%) sont les trois autres sujets qui influenceront le plus le vote de dimanche. On retrouve en creux le besoin de protectionnisme révélé par nos enquêtes précédentes.

La campagne électorale a donc déçu, et l'on ne s'étonnera pas dimanche si la participation est en berne. Les Français auront la tête ailleurs, plutôt tournée vers la fête des mères (64%) que vers les élections (29%). A cinq jours du scrutin, on ne mesure d'ailleurs toujours pas de sursaut de mobilisation. L'enquête Ipsos/Sopra Steria projette une participation qui pourrait se situer dans une fourchette de 40% à 44%, dans la lignée des Européennes 2014 (42,4%) ou 2009 (40,6%).

Campagne atone, personnalités qui ne seront pas parvenues à s'imposer, absence de sujet cristallisant le débat : il n’est pas étonnant que les électeurs voient dans la première place un enjeu primordial du scrutin. "Si dimanche prochain, la liste de la République en Marche arrivait en deuxième position, un ou deux points en dessous de la liste de du Rassemblement National", près d'un Français sur deux (48%) serait d'avis que "c'est une défaite importante, qui doit conduire Emmanuel Macron à modifier sa politique en profondeur". A l'inverse, 27% jugent que ce ne sera "pas une défaite importante" et 25% qu'il s'agira "d'une défaite importante, mais ce sont des élections européennes qui n'ont pas de lien direct avec la politique à mener en France").

 

L'importance donnée au match LREM / RN pour la première place ravive le vote utile. D'autant plus qu'on nage toujours en pleine incertitude. Au coude à coude depuis plusieurs semaines, la liste du RN recueille en effet dans cette dernière enquête 24% d'intentions de vote, pour 23,5% en faveur de la liste de LREM. Le RN domine de dix points chez les moins de 35 ans (27% pour 17% à la liste LREM), est encore largement en tête chez les 35-59 ans (27% / 21%), mais les plus de 60 ans, qui participent davantage, penchent nettement pour LREM (29% / 20%) et rééquilibrent le rapport de force. En termes de catégories socioprofessionnelles, on observe également un clivage important, avec quinze points d'écart en faveur de la liste RN chez les CSP- (42% / 16%), que contrebalance l'avance de la liste LREM chez les CSP+, là encore plus mobilisées (25% / 16%).

Décrochée des deux listes de tête, la troisième place de la liste des Républicains (13% d'intentions de vote) ne semble toutefois pas menacée. Les listes EELV (9%) et FI (7,5%) sont en effet toujours pointées sous les 10%, sans que l'on puisse prévoir qui sera dimanche la première force à gauche. A 5,5% d'intentions de vote, la liste PS-Place publique semble un peu loin pour briguer le titre, et sera d'abord attentive, au même titre que la liste Debout La France (4% d'intentions de vote), à la barre des 5% qu'il faudra atteindre pour disposer de sièges dans le futur Parlement européen. Quant aux listes PC (2,5%) et Génération.s (2,5%), l'enjeu sera déjà de franchir le seuil des 3%, nécessaire pour être remboursées des frais de campagne électorale.

Découvrez notre dossier spécial Européennes

Fiche technique : enquête Ipsos/Sopra Steria pour France Télévisions et Radio France menée les 20 et 21 mai 2019 auprès de 1 495 personnes constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus et inscrite sur les listes électorales.

Auteur(s)

  • Brice Teinturier Directeur Général Délégué France, Ipsos (@BriceTeinturier)
  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion - Public Affairs

Plus de contenus sur Fonction & Services Publics

Société