Forum ELLE active : l'ambition a-t-elle un genre ?

Pour la 3e année consécutive, Ipsos s’associe au Forum Elle Active pour promouvoir le travail des femmes. Les premiers résultats de l’enquête exclusive, réalisée sur l’ambition au féminin, ont été présentés le 4 avril matin par Dominique Lévy-Saragossi, Directrice Générale Ipsos France.

Forum ELLE active : l'ambition a-t-elle un genre ?

L’ambition professionnelle des Français et des Françaises

Une ambition modérée et en baisse

Dans un contexte économique et social critique, les Français sont non seulement modérément ambitieux mais aussi moins ambitieux qu’avant : seuls 60% des actifs se disent « ambitieux » et plus de 4 sur 10 affirment que leur ambition professionnelle s’est affaiblie ces cinq dernières années (42%). Par ailleurs, si près d’un Français sur deux estime qu’hommes et femmes ont autant d’ambition, 37% d’entre eux pensent tout de même que les hommes en ont plus que les femmes.

 

La qualité de vie est le fil conducteur

Mais qu’entendent les Français par « ambition professionnelle » ? L’ambition, pour les hommes comme pour les femmes, ne se résume plus à la recherche d’une réussite hiérarchique ou matérielle. Ce qui compte avant tout, c’est de travailler sur des sujets qui les passionnent (53%) et dont ils ont le sentiment qu’ils sont « utiles », qu’ils ont du sens (53%), le tout dans un contexte apaisé et équilibré : la première ambition des Françaises et des Français, c’est de ne pas être angoissé(e)s par leur travail (citée par 55% des hommes et 61% des femmes). L’épanouissement au travail importe donc plus que la prise de responsabilités hiérarchiques, les responsabilités ou le salaire : plus qu’une réussite sociale au sens classique du terme.

 

Le contexte économique n’aide pas

Le fait est que 6 ans après le début de la crise économique et financière, le moral des salariés n’en finit pas de dévisser. Chaque année, Ipsos Loyalty et Edenred réalisent une enquête auprès de plus de 7 000 salariés dans 6 pays emblématiques de l’Union Européenne.

En France, comme en Italie et en Espagne d’ailleurs, on observe désormais un déséquilibre de plus en plus marqué entre le sentiment d’implication des salariés et celui d’être, en parallèle, reconnu : seuls 43% des salariés Français se déclarent satisfaits de la reconnaissance de leur implication. Le potentiel de « frustration » est aujourd’hui maximal en France, où seuls 23% des salariés attribuent une note de 8 à 10 à leur qualité de vie au travail (vs. 42% des salariés allemands, 40% des britanniques, 39% des belges, 31% des espagnols et 29% des italiens) et 38% affirment que leur motivation diminue – soit un taux record parmi les six pays du baromètre. Enfin et surtout, 55% des salariés Français jugent insuffisante l’action de leur employeur dans le domaine du bien-être au travail (vs. 31% en Allemagne, 28% en Belgique, 28% au Royaume-Uni, 31% en Espagne et 34% en Italie). Ils sont aussi ceux qui sont les moins satisfaits de leurs possibilités d’évolution.

Si les salariés Français se montrent fidèles à leur entreprise, c’est le plus souvent par défaut car en parallèle, ils sont de moins en moins satisfaits de leur situation professionnelle et de leur pouvoir d’achat. S’ils restent, c’est d’abord et avant tout parce que leur préoccupation à l’égard de l’emploi s’est encore accentuée entre 2012 et 2013.

Dans un contexte de crise qui perdure et dans lequel beaucoup estiment qu’ils ont peu à gagner en termes de reconnaissance salariale et de progression hiérarchique, l’ambition professionnelle des Français se focalise en priorité sur le bien-être et la recherche de sens. C’est la nature même de l’ambition professionnelle qui change et cette « métamorphose » n’est pas sans conséquences sur la façon dont les femmes perçoivent l’ambition. (Retrouvez tous les résultats du baromètre Ipsos/Edenred 2013)

L’ambition au féminin, mieux perçue que l’ambition au masculin ? Le prix à payer reste fort

L’ambition féminine, que 38% des femmes elles-mêmes jugent moindre que celles des hommes, renvoie pourtant à des valeurs très positives : les femmes auraient-elles peu d’ambition, alors même qu’on prête aux femmes ambitieuses de nombreuses qualités ? En effet, elles sont avant tout jugées dynamiques par 94% des Français, efficaces et courageuses par 92%, tandis qu’une minorité seulement les juge égoïstes (47%). Ces valeurs sont d’autant plus positives pour les femmes qu’a contrario, les hommes ambitieux se voient attribuer de tous les défauts : prêts à tout pour 90%, autoritaires pour 86%, égoïstes pour 79% et arrivistes pour 77%.

Les Françaises comme les Français ont donc, a priori, une meilleure image de l’ambition féminine que de l’ambition masculine. Pourtant, le prix à payer de l’ambition féminine reste fort…

Les freins à l’ambition professionnelle des femmes sont nombreux

 

Ils trouvent leur origine dans une éducation différente des petites filles

Ces freins à l’égalité trouvent leur origine très tôt, dès l’enfance, dans l’éducation des filles et des garçons. Ils sont déjà connus mais là où les résultats de l’enquête sont stupéfiants, c’est que l’on découvre non seulement à quel point ces freins perdurent mais aussi qu’ils sont aujourd’hui fortement incrémentés chez les femmes les plus jeunes.

Interrogés sur les valeurs transmises par leurs parents, les Françaises et les Français donnent une image très sexuée de l’éducation qu’ils ont reçue. Un certain nombre de valeurs font l’objet d’une différenciation très forte dans la transmission en fonction du sexe : la confiance en soi (61% des femmes pensent l’avoir reçue, contre 73% des hommes), l’envie de se dépasser (49% contre 62%) ou encore le goût pour la compétition (32% contre 48%). Le goût pour les études, en revanche, semble être une valeur partagée (59% contre 60%), tout comme la nécessité d’être financièrement indépendant (82% contre 87%). Ainsi donc, moins d’une femme sur deux déclarent avoir reçu les valeurs essentielles de l’ambition professionnelle que sont l’envie de se surpasser et de gagner. 

Encore plus grave, alors qu’on aurait pu penser d’instinct que ces différences s’estompent chez les générations les plus jeunes, elles sont au contraire encore plus marquées : 27% des femmes de 18-29 ans se sont vues inculquer le goût pour la compétition (59% des hommes de 18-29 ans), 47% l’envie de se dépasser (contre 78%) et 64% la confiance en soi (contre 80%).

Une différence entretenue plus tard, dans la stimulation de l’ambition professionnelle par l’entourage : le père, la mère… mais aussi conjoint

Cette éducation différentielle des petites filles par rapport aux petits garçons se poursuit à l’âge adulte par une attitude différente des parents quand il s’agit de pousser leur fille ou leur fils à avoir de l’ambition professionnelle : 35% des hommes déclarent que leur père les pousse à avoir de l’ambition professionnelle, contre 30% des femmes. Les mères ne poussent pas davantage leurs filles à avoir de l’ambition : 37% des femmes seulement déclarent que c’est le cas, contre 42% des hommes.

 

Plus que les hommes, les femmes pâtissent professionnellement des contraintes liées à leur vie de mère

Contraintes à jongler entre travail, maison et enfants, les femmes rencontrent, plus que les hommes, des difficultés à mener de front leur vie professionnelle et leur vie de mère : 33% d’entre elles estiment que des horaires de crèche ou de garderie inadaptés à leurs horaires de travail ont eu des conséquences négatives sur leur carrière et leur évolution professionnelle, contre 19% des hommes. Le fait de devoir rester à la maison lorsqu’un enfant était malade a joué en leur défaveur pour 29%, contre 19% des hommes, tout comme le fait de prendre un congé parental, pour 26% contre 13% des hommes. Enfin, 1 femme sur 4 juge qu’annoncer à son supérieur qu’elle était enceinte a eu des conséquences négatives sur sa carrière.

Malgré une attitude d’écoute et de conseil, le conjoint entretiendrait une moindre implication dans la vie quotidienne : seules 68% des femmes affirment en effet que leur conjoint partage suffisamment avec elles les tâches domestiques pour leur permettre d’avoir les moyens de leurs ambitions professionnelles, contre 90% des hommes.

 

La mise entre parenthèses de la carrière : un frein important à l’ambition des femmes

 

Avoir un enfant est perçu comme un frein puissant à la carrière et à l’ambition professionnelle des femmes, et ce quel que soit l’âge. En effet, 27% des femmes ont déjà été amenées à mettre leur carrière entre parenthèses durant une ou plusieurs années, contre 12% des hommes, et 39% pensent qu’elles seront amenées à le faire au cours de leur vie, contre 31% des hommes. Les mères d’un enfant de moins de 10 ans sont d’autant plus nombreuses à l’avoir fait : 34% d’entre elles, contre 13% des femmes sans enfant. En revanche, la proportion des hommes, avec ou sans enfant, reste très faible : 7% des hommes sans enfant et seulement 9% des pères d’un enfant de moins de 10 ans ont déjà mis leur carrière entre parenthèses.

Fait inquiétant, 60% des plus jeunes femmes, de 18 à 29 ans, ont déjà intégré le fait qu’elles devront mettre leur carrière entre parenthèses dans les années à venir (contre 37% des hommes du même âge). Il est donc probable que bon nombre d’entre elles affichent une ambition professionnelle plus modérée dans l’attente justement de cette phase de mise entre parenthèses.

Élément encore plus différenciant, mettre sa carrière entre parenthèses n’a pas le même sens pour les hommes et les femmes : les femmes à qui il est déjà arrivé de mettre leur carrière professionnelle entre parenthèses l’ont fait avant tout pour partager plus de temps avec leurs enfants (63%) et parce qu’elles estimaient que leurs enfants avaient besoin d’elles (63%). En revanche, les hommes à qui cela est arrivé l’ont fait avant tout parce que leur travail ne les intéressait plus ou pas assez (54%) et parce qu’aucun poste correspondant à leurs ambitions ne leur avait été proposé (45%).

Néanmoins, les femmes regrettent-elles vraiment la situation ?

Autant que les hommes, les ¾ d’entre elles se disent satisfaites de l’équilibre entre leur vie privée et leur vie professionnelle, 69% de l’intérêt de leur travail et 67% de leur niveau de responsabilités. Seule une différence persiste : 34% des femmes seulement sont satisfaites de l’évolution de leur rémunération, contre 40% des hommes.

Une différence avérée et mesurable dont elles auraient plus conscience que des différences intégrées depuis l’enfance ?

Retrouvez ici la suite de l’enquête.

Ipsos France