Intimes étrangers
John Thackwray, jeune réalisateur et photographe parisien, a sillonné la planète ces trois dernières années, couvrant 65 000 kilomètres à travers 31 pays, y captant l’intimité de 500 personnes prises en photo dans leur chambre. Un projet baptisé « MyRoom » sur lequel Sylvie Gassmann, d’Ipsos Marketing, est véritablement tombée en arrêt lors des dernières Rencontres d’Arles, le festival français de référence en matière de photographie.
Tout est alors allé très vite. Alertés par Sylvie, nous avons rencontré John dans les quelques jours qui ont suivi. L’auteur et son œuvre nous ont séduits. Nous avons été si sensibles au talent et à la démarche de ce jeune photographe - visiblement nous sommes loin d’être les seuls puisqu’il a été désigné lauréat du concours SFR Jeunes talents Arles 2012, que nous lui avons offert de le parrainer et de financer la poursuite de son projet en Afrique et en Amérique du sud . L’idée peut surprendre. Elle nous a semblé évidente tant la vision de John s’est avérée faire écho à la nôtre.
Nous partageons avec ce globe-trotter 100% connecté, l’art – et le besoin – de la proximité. Comme lui, nous essayons d’entrer dans l’intimité des gens où qu’ils soient à travers le monde. Comme lui, nous bénéficions de leur désir (narcissique ?) de se raconter, de se montrer, de « se » communiquer. Comme lui, nous voulons proposer une vision globale et mosaïque de notre planète en transformation. Comme lui, nous avons le devoir de nous adapter, aux géographies, aux cultures, aux individus pour saisir leur vérité. Comme lui, nous avons nos « techniques », et notre « art » consiste à les faire oublier, dans l’évidence d’un résultat.
Nous avons les mêmes valeurs : l’écoute, l’empathie et la compréhension. Et nous sommes, lui comme nous, dans la nécessité d’engager avec tous une relation vraie pour être autorisés à pénétrer dans l’intimité de chacun. John ne paie pas ses « sujets ». Il leur offre la possibilité de dire leur identité, d’exposer leur fierté et d’entrer par son intermédiaire dans une communauté mondiale de « photographiés », témoins de leur temps et de leur culture.
John Thackwray a ainsi créé, presque incidemment, un réseau digitalisé d’individus ayant en commun leur âge et le fait d’avoir été photographié par lui. Du fin fond de la Chine aux confins de l’Europe ou des Etats-Unis, ils échangent des informations, partagent des avis, des émotions, des musiques. Une illustration parfaite de la façon d’appréhender le monde, désormais, de cette génération « Y » à laquelle nous sommes particulièrement attentifs.
Le travail de John nous rappelle aussi une des vérités de notre métier : observer ne suffit pas. Regarder est facile, voir, avoir un point de vue, là est notre mission et là doit être notre talent. C’est aussi celui de John. L’évidente pertinence de notre association est là.