Le coronavirus va-t-il sauver le système de santé français ?

Nos hôpitaux sont exsangues. L’épidémie du Covid-19 a révélé la fragilité extrême d'un système de santé sous pression qui affronte une demande de soins à l’ampleur inégalée. Préserver sa mission, sauver des vies, implique une véritable mutation.

Auteur(s)

  • Yves Morvan Directeur Healthcare
  • Yves Bardon Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Centre
Get in touch

Access the English version

Comment résister au flux de malades annoncés ?

Il est question de guerre, de mobilisation générale. Les professionnels de santé sauront y répondre, sans aucun doute, avec un engagement indéfectible. Les contraintes personnelles sont oubliées, les risques sont assumés, toutes les énergies sont rassemblées au service des patients.

Au-delà de leur dévouement, l’équation ne tient pas : avec des centaines de milliers de patients annoncés en quelques semaines, les besoins en matériel et en ressources humaines vont être décuplés.

L’efficacité dans la gestion de l’épidémie va consister à réduire au maximum le nombre de patients adressés aux services hospitaliers pour qu’ils puissent continuer à soigner les patients dans des conditions raisonnables. Parmi les nombreux moyens mobilisables pour soulager les hôpitaux, la plupart a été largement sous-exploitée jusqu’à maintenant, notamment les services digitaux. Toutes ces solutions qui peuvent aider à lutter contre l’épidémie aujourd'hui sont structurantes pour le système de santé demain.

Quelles innovations pour mieux anticiper & soigner en période de crise sanitaire ?

Le DMP (Dossier Médical Partagé) est très précieux pour évaluer en quelques clics et à distance le niveau de vulnérabilité d’un patient et décider de son parcours de soins. Or, le DMP ne compte que huit millions de comptes, seule 12% de la population étant couverte sur les 40 millions de dossiers potentiels.

La téléconsultation rentre dans les mœurs. Dans le contexte actuel, où nous savons que limiter les déplacements permet d’endiguer la propagation du virus, elle est utilisée massivement.

Les plateformes de prises de rendez-vous en ligne se développent très rapidement, le leader français équipe déjà l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris.

Plusieurs opérateurs agréés HDS (Hébergeurs de Données de Santé) proposent des services de Cloud sécurisés. Sauvegarder ces infos permet de centraliser les données, donc d’anticiper les besoins.

Les données de ces opérateurs traitées par l’Intelligence Artificielle sont capables de donner aux autorités de santé des moyens de comprendre les évolutions de la maladie et, donc, de mettre en place des procédures adaptées pour lutter contre le virus. Tout cela rend possible une anticipation des ressources nécessaires et une meilleure diffusion des moyens.

L’hospitalisation à domicile (HAD) recèle d’autres leviers pour juguler l’épidémie. La capacité de soigner les cas les moins préoccupants chez eux permet de soulager les Urgences hospitalières et de limiter le taux de contamination du virus. Les applications mobiles dédiées à la santé sont des outils également très utiles pour assurer le suivi des patients à distance.

L’hôpital va-t-il retrouver sa fonction historique ?

Ces changements de pratiques vont transformer le système de soins pour retrouver la vocation historique de l’hôpital : accueillir des cas graves et de vraies urgences. Les Français doivent aussi arrêter de considérer l’hôpital avec un regard de consommateurs exigeants ; les urgences ne sont pas un service comme les autres. Les patients doivent participer à cette mutation globale en adoptant d'autres habitudes pour simplifier la vie des professionnels.

En 2021, même si nous ne connaissons pas les contours du nouveau système dont le Covid-19 aura précipité la mutation, nous savons que le virus aura été terrassé, que la plupart des solutions balbutiantes aujourd’hui seront bien installées dans le paysage de la santé, que la médecine sera reconnue pour ce qu’elle est parce que la santé n’a pas de prix. 

Auteur(s)

  • Yves Morvan Directeur Healthcare
  • Yves Bardon Directeur du programme Flair, Ipsos Knowledge Centre

Plus de contenus sur Santé

Société