Les médecins à l’ère du numérique
Ipsos et l’ASIP Santé se sont associés pour réaliser une grande enquête auprès des professionnels de santé sur leur rapport aux technologies numériques. Quelle place occupent aujourd’hui les technologies numériques dans la pratique des médecins ? Comment les utilisent-ils ? Qui sont les médecins qui utilisent le plus régulièrement ces technologies dans leur pratique ? Dans quels buts ?...
Comment les médecins se sentent-ils formés vis-à-vis des technologies numériques dans leur exercice quotidien ? Dans les relations avec leurs confrères ? Avec leurs patients ? Quel est l’impact perçu de ces technologies numériques sur le suivi des patients ? Sur le parcours de soins ? Sur la prescription médicale ? Sur la coordination ville-hôpital ? Enfin, quelles sont les principales attentes des médecins aujourd’hui vis-à-vis des technologies numériques ? Dans quels domaines ? Mais aussi quels sont les principaux risques identifiés ?
1er constat : les technologies numériques font partie de l'environnement de travail des médecins
Premier enseignement de cette enquête, les technologies numériques sont incontournables aujourd’hui dans l’exercice médical.
Si, par le passé, elles pouvaient être synonymes de méfiance ou de questionnements de la part des médecins, elles sont aujourd’hui incontournables dans l’environnement de travail des médecins généralistes et des hospitaliers.
Ainsi 92% des médecins considèrent que la place des technologies numériques a fortement augmenté ces dernières années. 96% des médecins généralistes déclarent disposer d’un logiciel informatique pour la gestion des patients et 86% des spécialistes interrogés déclarent avoir accès au dossier patient informatisé au sein de leur établissement (via tablette ou poste partagé).
2e constat : les professionnels de santé utilisent ces technologies numériques et les intègrent à leur pratique médicale
Aujourd’hui, 63% des médecins interrogés (généralistes et spécialistes) sont des utilisateurs fréquents de technologies numériques, c’est-à-dire qu’ils utilisent au moins 5 technologies numériques parmi le dossier patient informatisé, les sites d’information médicaux, les outils d’aides au diagnostic ou à la prescription, la télémédecine, les applications de services patients et les objets connectés…
84% de ces utilisateurs fréquents les utilisent pour accéder aux résultats d’analyse d’un patient. 68% pour transmettre les données d’un patient à un autre professionnel de santé.
Par ailleurs, 1 médecin sur 2 (49%) utilise des technologies numériques dans la relation avec ses confrères (de ville pour les spécialistes hospitaliers ou d’hôpital pour les médecins généralistes libéraux).
Si la bascule de l'utilisation des technologies numériques dans la pratique médicale a eu lieu, le besoin d'accompagnement et de formation des médecins reste un enjeu crucial
Aujourd’hui 2 médecins interrogés sur 3 (63%) ont le sentiment que les technologies numériques n’engagent pas davantage leur responsabilité, preuve que la bascule vers l’utilisation des technologies numériques a eu lieu dans l’esprit des médecins.
Néanmoins, seul 1 médecin sur 3 (27%) s’estiment très bien formés pour l’utilisation de leur propre système ou logiciel informatique et seuls 16% pour l’utilisation des technologies numériques dans les échanges avec leurs confrères. Des chiffres qui pointent du doigt le nécessaire besoin de formation et d’accompagnement des professionnels de santé pour leur permettre de davantage systématiser leur recours aux technologies numériques.
La grande majorité des médecins interrogés attendent d’ailleurs comme principales améliorations issues des technologies numériques une diminution de la redondance de certains actes ou examens médicaux (72%), ou plus largement une amélioration de la coopération entre la ville et l’hôpital (55% des médecins généralistes et 69% des spécialistes interrogés).
Les risques identifiés vis-à-vis des technologies numériques
La perte de confidentialité est le principal risque associé aux technologies numériques par 89% des médecins interrogés et ce loin devant l’inégalité d’accès aux soins (72%) ou encore la déshumanisation de la relation médecin-patients (71%).
En conclusion, le numérique entre désormais progressivement mais sûrement dans les pratiques, la transformation numérique de la pratique médicale est perçue comme inévitable et porteuse de bénéfices attendus. Elle ne suscite plus de craintes qui pouvaient provoquer une réaction de rejet.
En revanche, le niveau d’usage paraît encore limité et le besoin de formation réel. Ces constats appellent à intensifier et renouveler les actions d’accompagnement proposées aux acteurs.
Fiche technique :
Un dispositif inédit sur le sujet, réalisé du 11 au 23 Janvier 2017, et qui a permis d’interroger par internet un échantillon national représentatif de plus de 500 professionnels de santé composé de 250 médecins généralistes libéraux et 253 médecins spécialistes hospitaliers des spécialités suivantes : cardiologie, pneumologie, diabétologie, urgences, pneumologies, oncologie, gériatrie et pédiatrie (représentativité assurée par la méthode des quotas sur les données de sexe, âge, région d’exercice et spécialité médicale issues des données DREES, Les médecins au 1er janvier 2013, série statistique n°179 Avril 2013).