Les salariés inquiets sur la dernière ligne droite vers les 35 heures
Les Français ont à nouveau le moral. Depuis quelques mois maintenant, tous les indicateurs signalent un retour de l’optimisme et de la confiance. Effet durable ? S’il est indéniable que la situation économique du pays est en nette amélioration - les Français en conviennent - quelques indices tendent néanmoins à prouver que cette situation n’est peut-être pas aussi définitive qu’elle y parait.
La confiance dans la situation économique et sociale de la France a certes atteint son meilleur niveau dans "les Tendances de l’Opinion Publique en Europe" d’Ipsos, mais le solde entre "confiants" et "inquiets" demeure négatif : - 23 points.
En revanche, le solde est positif (+12 points) en ce qui concerne le degré de confiance sur le niveau de vie. Mais 13 points ont été perdus par rapport au début de l’année. Cette érosion est moins prononcée parmi les actifs et surtout chez les salariés, qu’ils soient dans le secteur public (+ 25) ou dans le secteur privé (+18). Un écart croissant entre les salariés et le reste de la population active ou inactive semble donc se dessiner.
De fait, l’état d’esprit des salariés par rapport à leur travail apparaît nettement plus positif qu’il y a deux ans. Sur la question déterminante de l’évolution professionnelle, le pourcentage de pessimistes recule régulièrement lorsque l’on examine les différentes vagues de "l’Observatoire du Monde du Travail" depuis 1996. L’optimisme a même atteint son niveau le plus élevé le mois dernier (60%), et ce à la fois dans le secteur public et dans le secteur privé. Parallèlement, les craintes d’une éventuelle perte d'emploi ont régulièrement baissé pour passer sous la barre des 20%.
On assiste du coup à une nette redistribution des priorités. Le temps de travail est devenu la première préoccupation des salariés, et devance désormais régulièrement l’emploi et le salaire. Cela est particulièrement vrai chez les cadres, du privé comme du public.
Naturellement dans ce contexte, les 35 heures ont une résonance toute particulière. 63% des salariés se déclarent "concernés" par le débat sur la réduction du temps de travail (RTT) et l’on mesure des progressions très sensibles sur cette question parmi les salariés du secteur privé (+16 points depuis octobre 1996 chez les cadres) et surtout des entreprises publiques. Effet médiatique ? Sans doute en partie. Mais l’effet de l’embellie économique est bel et bien là, avec les opportunités et les risques que cela comporte.
Les risques ? L’écart qui se creuse entre les salariés et le reste de la population en est sans doute un. On peut en voir un deuxième avec la mise en œuvre proprement dite des 35 heures. D’après notre enquête, fin novembre, 26% des salariés faisaient part d'un accord signé ou mis en œuvre dans leur entreprise. Dans le même temps, plus de 40% des salariés travaillant dans des entreprises de plus de 200 personnes déclaraient qu’un accord était en cours de négociation. On entre donc dans une phase délicate car les anticipations des salariés sur la mise en œuvre de la RTT dans leur entreprise se révèlent de plus en plus négatives. Une proportion grandissante de salariés estiment qu’ils vont être perdants dans le passage aux 35 heures quant à la charge de travail ou au salaire. Beaucoup souhaitent donc que les 35 heures soient l'occasion d'un réel débat sur le temps dédié au travail.
Ces craintes risquent-elles de se concrétiser par une reprise des conflits sociaux ? Les pronostics de conflit sont au plus haut parmi les salariés des entreprises publiques. Mais ailleurs, notamment dans le privé, rien n’est moins sûr. Le niveau de pronostic n’a pas vraiment décollé depuis 1996, et il en de même de l’envie de participer à un éventuel conflit. L’issue des négociations en cours ou qui vont démarrer dans les semaines à venir et l’originalité des solutions qui seront trouvées n’en deviennent que plus déterminantes.