L’impact des délais de paiement sur l’activité des entreprises en 2016

À l’occasion du Congrès des DAF 2016, American Express et Ipsos publient une étude sur la trésorerie et l’impact des délais de paiement sur les PME et ETI. 86% des dirigeants d’entreprises estiment ainsi que les délais de paiement ont un impact important sur la santé de leur entreprise (+7 points par rapport à 2014, l'étude avait été menée dans les mêmes termes auprès de dirigeants de PME et ETI). 

Auteur(s)

  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion - Public Affairs
  • Mathieu Gallard Directeur d'Études, Ipsos Public Affairs
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DANS UN CONTEXTE ÉCONOMIQUE GÉNÉRAL TOUJOURS INCERTAIN, LA TRÉSORERIE EST CONSIDÉRÉE COMME ENCORE PLUS DÉTERMINANTE DANS LE PILOTAGE DE L’ENTREPRISE

Globalement, la situation d’un certain nombre d’entreprises est jugée meilleure qu’en 2014 : 37% des chefs d’entreprises interrogés déclarent que leur entreprise est en croissance, un chiffre en hausse de 11 points par rapport à 2014. Ce regain de confiance est particulièrement porté par les entreprises de 10 à 19 salariés (38%, +12 points) et par celles du secteur de l’industrie (42%, +15 points) et du commerce (40%, +17 points). Cependant, 18% des dirigeants jugent que leur entreprise connaît des difficultés. Parmi eux, 5% pensent que ces difficultés pourraient « menacer la survie de leur entreprise ».

Par rapport à 2014, les dirigeants d’entreprises restent nombreux à pointer des difficultés de trésorerie mais ils sont tout de même 27% à déclarer avoir connu ces difficultés dans l’année écoulée. Des difficultés sensiblement en recul par rapport à 2014, dans les secteurs du commerce (34% ont éprouvé des difficultés, -17 points) et des services (18%, -16 points).

Dans ce contexte, le niveau de trésorerie est considéré comme un enjeu encore plus central pour les PME et ETI. Il est l’indicateur que les dirigeants jugent le plus déterminant pour piloter l’activité de leur entreprise : 74% le considèrent comme « prioritaire » (+4 points) et les délais dans lesquels ils sont payés par leurs clients progresse de 7 points par rapport à 2014, pour atteindre 68%.

La gestion de la trésorerie est d’autant plus déterminante que l’entreprise est de petite taille : 75% des dirigeants de PME jugent le niveau de trésorerie comme prioritaire, contre 52% dans les ETI. Cette différence est également notable sur la question des délais de paiement de leurs clients, jugés prioritaires par 68% des dirigeants de PME et seulement par 57% dans les ETI.

LES RETARDS DE PAIEMENT ET LES IMPAYÉS, PRINCIPALES CAUSES DES DIFFICULTÉS DE TRÉSORERIE, RESTENT TRÈS RÉPANDUS

Malgré un recul des problèmes de paiement depuis 2014, les dirigeants de PME et ETI y font toujours largement face : au cours des 12 derniers mois, ils sont 57% à avoir subi des retards de paiement de la part de leurs clients, et 38% ont dû faire face à des impayés. Le secteur de la construction est particulièrement touché, avec 71% des dirigeants ayant subi des retards de paiement et 45% des impayés. A l’inverse, un dirigeant sur cinq (21%) a récemment eu des difficultés pour payer un fournisseur dans les délais impartis.

Les retards de paiement ou les impayés de la part des clients sont d’ailleurs cités comme la principale cause des difficultés de trésorerie des entreprises (37%) par les chefs d’entreprise. Une cause qui devance de loin une diminution des marges (20%) ou une chute inattendue des ventes (18%).

L’impact des délais de paiement déjà jugé très fort sur l’activité des entreprises en 2014, est encore plus important aujourd’hui : en 2016, 86% des dirigeants estiment que ces délais ont un impact « important sur la santé de leur entreprise » soit une progression de 7 points par rapport à 2014. Parmi eux, ils sont même 48% à juger cet impact « très important », c’est 15 points de plus qu’en 2014.

POUR RÉSOUDRE LES PROBLÈMES DE PAIEMENT, PLUS QUE LES PÉNALITÉS FINANCIÈRES, LES PATRONS DE PME ET ETI PRIVILÉGIENT LE DIALOGUE AVEC LEURS CLIENTS

Aujourd’hui, les situations dans lesquelles des pénalités financières sont versées à l’entreprise lésée restent rares : ainsi, 9% des entreprises interrogées ont déjà dû verser de telles pénalités pour avoir payé en retard un fournisseur. Un chiffre plus important parmi les ETI avec 26% d’entreprises concernées (contre 8% dans les PME). Inversement, 13% des entreprises PME et ETI interrogées ont déjà perçu des pénalités financières de la part d’un client n’ayant pas respecté des délais de paiement.

Les chiffres demeurent assez faibles car les dirigeants d’entreprises privilégient le dialogue et la relance, notamment pour ne pas mettre à mal leur relation commerciale : plus d’un patron sur 3 déclare que la perception de pénalités de retard a dégradé leur relation avec leur client (37%). Pour 21% d’entre eux, elle a même cessé.

Ainsi, s’il est « difficile » pour la majorité des chefs d’entreprises (73%) de demander le paiement de pénalités, ils considèrent qu’il est facile pour eux de les relancer pour obtenir le paiement de l’impayé (71%). Cela reste leur recours privilégié : 41% des patrons relancent alors qu’ils ne sont que 24% à chercher à négocier des facilités de caisses avec leur banquier ou 15% à solliciter un découvert.

Malgré le renforcement des mesures gouvernementales depuis 2014, les chefs d’entreprise interrogés sont toujours une majorité à considérer qu’elles n’ont pas d’impact pour les entreprises (46%). Le recours à des solutions externes pour optimiser les délais de paiement clients progresse de 13% à 22%. Les acteurs auxquels les dirigeants ont eu le plus couramment recours sont des sociétés/cabinets de recouvrement (37%) et des huissiers de justice (25% vs. 10% en 2014). Quand on les interroge sur le recours à des solutions externes pour optimiser les délais de paiement avec les fournisseurs, cela ne concerne qu’une part extrêmement faible d’entreprises (2% des entreprises dont 8% parmi les ETI).

Fiche technique : étude réalisée par téléphone du 8 au 23 juin 2016 auprès d’un échantillon de 303 dirigeants de PME/ETI, représentatif en termes de secteur d’activité, de taille d’entreprise et de région d’implantation. L’échantillon a été raisonné en termes de taille d’entreprise afin de permettre l’analyse des résultats des PME de plus de 100 salariés et des ETI.

Auteur(s)

  • Federico Vacas Directeur Adjoint du département Politique et Opinion - Public Affairs
  • Mathieu Gallard Directeur d'Études, Ipsos Public Affairs

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