L’opinion publique mondiale et la crise syrienne
La perspective d’une intervention militaire internationale en Syrie contre le régime de Bachar El Assad s’éloigne. Alors même que l’utilisation d’armes de destruction massive sur place a été avérée, cet argument n’a pas été suffisant pour convaincre l’opinion mondiale du bien-fondé d’une action militaire punitive contre le régime syrien.
Tel est le principal enseignement de l’enquête Ipsos / Global @dvisor pour Reuters réalisée dans 15 pays sur la situation en Syrie. Les résultats mettent en évidence l’hostilité nettement majoritaire de l’opinion publique dans la plupart des pays interrogés, y compris et peut-être surtout dans ceux qui auraient été directement impliqués dans l’opération. Au total, 57% des personnes interrogées ne souhaitent pas que leur pays participe à une intervention militaire visant à prévenir toute nouvelle utilisation d’armes chimiques en Syrie (contre 26% seulement qui s’y montrent favorables). L’opposition est particulièrement forte en Europe, notamment en Italie (76%), en Espagne (66%) ou en Allemagne (60%). Les présidents français et américain, qui ont le plus défendu le principe d’une intervention, n’ont pas réussi à convaincre leurs opinions publiques respectives. 50% des américains sont opposés à une intervention, contre 29% qui la soutiennent. Même chose en France où 57% des personnes interrogées sont contre une intervention, contre 27% qui la soutiennent.
Pourquoi une telle opposition ?
L’explication est à chercher dans l’analyse du contexte propre à chaque pays, mais pas seulement. La manière dont est perçue la crise syrienne est tout aussi déterminante dans le rejet de l’action militaire. Certes, dans leur grande majorité, l’ensemble des personnes interrogées considère que le Gouvernement d’Al Assad est responsable de la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui le pays. En revanche, les sondés se montrent beaucoup plus circonspects sur les responsabilités dans l’utilisation d’armes chimiques. Seulement 36% des personnes interrogées pensent que l’utilisation de ces armes est le seul fait du Gouvernement syrien, contre 8% le seul fait des groupes d’opposition. Il faut noter surtout que pour 26% des sondés : les deux parties ont eu recours à des armes chimiques, tandis que 28% ne savent pas vraiment qui est responsable de leur utilisation. L’idée selon laquelle Bachar El Assad est le seul qui a employé des armes chimiques en Syrie n’est majoritaire dans aucun des 15 pays interrogés. Difficile dans ce contexte de convaincre de la nécessité d’une intervention.